Aujourd’hui, un homme est tombé dans la rue. Il n’avait pas mangé depuis trois jours au moins. C’est pourquoi il est tombé si vite, il est tombé si bas, sans être allé bien loin ; – il est tombé si vite, il est tombé si bas, si en deçà de lui, au-delà de lui-même, si loin, si vite, si bas, dans les égouts du monde, les bas-fonds de lui-même, de toute humanité – au sol inexorable. C’était aux derniers jours d’un hiver rigoureux, d’un été déplorable. Cela ne faisait qu’un instant que je le regardais – mon regard vagabond s’était posé sur lui, en un instant saisi, immédiatement requis, intérieurement frappé. Assis sur son banc, cet homme semblait déjà tombé ; il semblait déjà comme chuté en lui-même. Il s’est levé de son banc ; il a fait quelques pas : il est tombé aussitôt : il est tombé dans la rue : il est tombé lui-même de lui-même en lui-même. C’est comme s’il avait trébuché sur lui-même, sur lui-même qu’il a subitement trébuché, à lui-même qu’il a été son propre skandalon, son perfide scandale, le pernicieux caillou laissé sur le chemin, la pierre d’achoppement où tout homme trébuche, à lui-même qu’il a été sa propre chausse-trape, sa propre entrave et son écueil, son obstacle et sa chute – son formidable abîme. Lire la suite