traduit par Stéphanie Follebouckt

Mercredi 11 novembre 2015

On est la onzième heure du onzième jour du onzième mois.

En fait, pas exactement. Plutôt neuf heures et demie après la onzième heure du onzième jour du onzième mois. Mais on est tout près (c’est pas comme si c’était Noël).

Steven Hardcastle est assis à la fenêtre, à l’une des tables centrales du côté gauche de la pièce, et dispose d’un large angle de vue sur les évènements et les clients. L’observateur. Il a l’habitude d’appeler la partie avant du bar « L’Arène ». À l’arrière se trouve un espace composé de boxes, plus obscur (au sens propre et figuré), qu’il faut franchir pour atteindre les toilettes. Une forêt digne des frères Grimm, tout en bois sombre, tables sombres, fausses poutres (peinture utilisée : « Bois foncé »), chaises en velours rouge usées, reproductions surannées de portraits déformés et bric-à-brac lugubre. Il a toujours soupçonné que des deals de toutes sortes y avaient cours. S’il lui arrive de jeter un œil sur les occupants lors de son passage, il récolte des regards qui lui coupent l’envie potentielle de demander l’heure ou le temps qu’il fera le lendemain, encore moins le prix du jour pour cent grammes de coke. Sans grande imagination, il appelle cette partie du bar « La Forêt ».

Le Shakespeare, car tel est le nom de cet établissement, est une brasserie-pub hybride, le genre de bar que les Français considèrent comme un pub anglo-irlando-américain, mais qui est simplement une vieille (bonne) brasserie dotée de meubles en bois de (mauvaise) imitation pub, de signaux lumineux Guinness, d’une musique disco assourdissante (du disco, de nos jours ?) et d’un gigantesque écran suspendu diffusant du foot ou des clips MTV. La Happy Hour (Boissons à moitié prix – 19 h 30 à 21 h 30 !) bat son plein, la clique habituelle de clients bigarrés a pratiquement envahi L’Arène à présent. C’est précisément cette diversité que Steven apprécie. Chaque soir, ils sont différents : gens, styles, classes sociales, tempéraments, ethnies, dragues, disputes et bagarres éventuelles.

Il est bien installé, occupé à observer, réfléchir, décompresser, en attendant que la serveuse vienne prendre sa commande d’un deuxième cocktail. Il a terminé sa première Macbeth Margarita et a décidé de prendre le Hamburger Hamlet (frites et salade incluses), avec une carafe de Rosé Roméo (de Provence heureusement, pas de Vérone comme on aurait presque pu l’imaginer). La ringardise totalement inconsciente et décomplexée qui caractérise les idées des propriétaires est pour lui une autre raison d’aimer l’endroit.

— C’est pour quoi ces drapeaux ? demande Mo. Deux chapelets de petits drapeaux tricolores avec têtes de mort surimprimées s’étendent de chaque coin du bar pour se rejoindre au centre.

— Ils ont dû les trouver dans une foire pour pas cher. Le symbole pirate ne devrait pas y être. Quoique…, dit Fred.

— Ils sont pour quoi alors ?

Fred et Mo arrivent habituellement au début de la Happy Hour, cela rend leurs soirées économiquement plus viables, sans compter qu’il y a autant de femmes que d’hommes à ce moment-là, mais ce soir ils étaient au cinéma pour voir le film Avengers donc ils sont arrivés plus tard. Ils sont assis à l’une des tables hautes avec tabourets de bar qui occupent une grande partie de L’Arène. Les tables faites pour draguer. Le reste de l’espace est occupé sur les côtés par d’autres tables où s’installent les clients pour manger leurs hamburgers, steaks ou fish & chips (oui parfaitement, de nombreux vacanciers britanniques des bateaux de croisière s’arrêtent ici pour leur repas du soir avant d’être ramenés sur leur colosse et son trajet de nuit vers la prochaine étape méditerranéenne).

Les croisiéristes contemporains.

— La fin de la Première Guerre mondiale. 1918.

— Mais ça fait presque un siècle, putain. À quoi ça sert ?

— Ça sert à ce qu’on n’oublie pas. Cette guerre a duré cinq ans, a été menée dans les pires conditions imaginables, seize millions de personnes en sont mortes. Elle s’est terminée par un traité, signé à onze heures le 11 novembre 1918 (tu piges, Mo ?). Un vrai foutoir, une erreur monumentale, qui a rendu furax les vaincus allemands. Donc vingt ans après les Allemands furax ont déclenché la Seconde Guerre mondiale, qui a duré six ans et a fait soixante millions de morts, y compris les onze millions de l’Holocauste et le demi-million de civils allemands qui ont fondu comme des figurines en cire sous les bombes incendiaires dont les Britanniques les pilonnaient.

— Beurk ! T’as fini ?

— Sans oublier les quatre millions qui sont morts pendant la guerre du Vietnam et (alors que tu étais déjà né, enfoiré) le demi-million de personnes tuées en Irak depuis 2003. Et ça continue… Ça s’appelle l’Histoire et on peut en tirer beaucoup d’enseignements. Si tu m’écoutais de temps en temps, même toi tu pourrais apprendre des choses.

Steven a observé les drapeaux lui aussi. Depuis son départ en préretraite des institutions européennes à Bruxelles, il dispose de plus de temps pour étudier ce qu’il considère à présent comme une obsession, la Première Guerre mondiale, afin d’y trouver du sens. C’est difficile à supporter. La banalité de la mort, le massacre incompréhensible, l’absurdité et l’horreur hantent ses périodes les plus sombres. Dans ces moments-là, c’est souvent la lecture de ses poètes préférés, en particulier Wilfred Owen, qui lui procure du réconfort.

Il est aussi pratiquement certain que cela l’affecte davantage maintenant à cause de ce qui se passe en Europe. La montée de l’extrême droite, du populisme, du racisme, du nationalisme. Jusqu’à ce risible référendum en Grande-Bretagne : quitter ou rester dans l’Union européenne. Quels que soient ses bons et mauvais côtés (et il ne les connaît que trop bien pour y avoir travaillé pendant trente ans), elle a évité des guerres en Europe pendant soixante-dix ans et a vu trois dictatures fascistes se transformer en démocraties. Elle a amené les pays à discuter, se disputer et négocier plutôt qu’à s’entre-tuer. Pour cette seule raison, cela valait le coup d’y rester. Et si la Grande-Bretagne la quittait, qui serait le prochain ?

Une rupture ranimerait les vers de la guerre. Ils s’insinueraient dans les failles. Ils parviendraient en grignotant au cœur des débris. Et ils pondraient leurs œufs.

Steven tend la main vers son verre de whisky et voit qu’elle tremble.

« Hé Fred, regarde ! »

Mo pointe discrètement en direction d’une table presque cachée derrière le bar, dans La Forêt. Sur les chaises en velours les plus proches sont assises deux jeunes femmes, et l’une d’elles vient de regarder Mo et de lui sourire (du moins c’est ce qu’il croit). Elles semblent britanniques, mais n’ont pas l’air de touristes en croisière, plutôt en séjour promo d’une semaine. Et dire qu’on n’est que mercredi !

Fred leur jette un œil, regarde Mo et tambourine des doigts sur la table.

Ils se dirigent nonchalamment vers les jeunes femmes et leur demandent s’ils peuvent se joindre à elles. En français. Regards interrogatifs. Fred essaie à nouveau, plus lentement, avec des gestes. Elles se regardent, mi-agacées mi-amusées, et répondent « Ouais, pourquoi pas ».

Steven a évidemment observé les deux garçons, d’abord à leur table haute puis leur approche décontractée des deux filles dans La Forêt (« garçons », « filles » ? À son âge il appelle « fille » ou « garçon » n’importe quel jeune de moins de trente ans). Il devine que ces quatre-là doivent avoir plus ou moins dix-huit ans et sont probablement étudiants.

Alors qu’il passe à côté d’eux en route vers les toilettes, il les entend chercher un mot en anglais. Ils souffrent manifestement tous d’une déficience linguistique. Les filles sont britanniques.

— Vous savez comme dans les Avengers, « vengeance », dit le plus grand des garçons en français. Puis il essaie avec un accent anglais. « Vengeance », vous devez savoir ce que c’est. Regards vides, les filles ne savent pas.

— Ouais, bon, on peut dire vengeance mais…

— Excusez-moi, je peux peut-être vous aider, dit Steven. Je crois qu’il veut dire « revanche ».

— Ouais, revanche, dit l’autre fille. C’est ça, la revanche.

Soupir de soulagement général et remerciements fusant de toutes parts, dans divers accents anglais et français.

Steven poursuit son chemin dans La Forêt.

Et c’est ainsi qu’après environ une heure de maladresses interculturelles, d’apprentissages linguistiques divertissants, de rires bêtes et de drague collective, les filles s’en vont non sans avoir promis aux garçons de les retrouver là vendredi pendant la Happy Hour.

En passant devant lui, elles lui sourient et le remercient pour son aide.

— Il n’y a pas de quoi.

Pause… Osera-t-il ?

— Puis-je vous poser une petite question ?

— Ouais, du moment que ce n’est pas trop perso ! (Gloussements).

— Vous êtes jeunes, l’avenir vous appartient, une page blanche. Que pensez-vous du départ de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ? Vous savez, le référendum. Brexit ?

Sans hésiter, l’une d’elle répond :

— Ouais, carrément. Mon père dit qu’on peut se débrouiller bien mieux sans toutes ces règles et tout, qui nous disent quoi faire. Comme avant. Choisir avec qui on veut commercer. Après tout, qui a gagné la guerre ? (Steven ne croit pas ce qu’il entend). C’est nous. On a battu les Allemands, d’après mon grand-père, et maintenant ce sont eux qui veulent nous dire quoi faire. (Son niveau d’incrédulité a grimpé radicalement et se trouve à présent en zone rouge.) Et mon père dit que l’Europe tombe en ruine de toute façon, donc à quoi ça sert d’y rester. On est mieux dehors. Par nous-mêmes. Comme avant. Comme au bon vieux temps, d’après mon grand-père.

Il sait qu’il est impossible de contrer, voire de discuter cela. Ces gosses veulent de nouvelles manières de vivre, des vieilles manières de vivre, et récolteront probablement de nouvelles guerres. Elles n’ont pas compris cette partie-là. La partie concernant les vers.

— Au revoir, à plus.

Et elles s’en vont joyeusement sur leurs hauts talons et leurs grands espoirs.

— Vous draguez nos gonzesses, vieux pervers ? Dit sur le ton de l’ironie, avec le sourire. Le plus grand des deux. Les garçons s’en vont eux aussi.

— Laissez-moi vous offrir un verre avant que vous ne partiez.

— T’as vu, Mo, maintenant c’est nous qu’il essaie de draguer ! Il doit être bi ou transgenre. Ils se marrent tous les deux puis lui tapent amicalement l’épaule.

— On rigole, mon pote. Vous êtes pas mal… pour un vieux. Regain d’hilarité. La consommation prolongée de bières a fait son effet.

— Je suis Steven Hardcastle. Et vous êtes… ?

— Fred.

— Mo.

Ils s’asseyent. Il commande. Ils choisissent une bière plus chère puisque c’est lui qui paie. Ils parlent. Ils sont tous deux issus de familles modestes et ont grandi ensemble dans un des nombreux HLM des alentours de Nice. Ils sont amis depuis toujours, mêmes écoles, mêmes loisirs. Ils se sont serré les coudes contre la violence et les gangs. Ils aiment sortir le soir à Cannes parce que la ville est plus calme, moins à cran, moins agressive et distante seulement de vingt minutes et quatre euros en train. Tous deux ont été de bons élèves, à fort potentiel mais, alors que la famille de Fred l’a encouragé à étudier, au point d’être admis à l’université de Nice en histoire contemporaine (actuellement en seconde année), la famille algérienne de Mo s’est montrée fidèle aux clichés. Seul garçon, il a été pourri gâté par sa mère, a évité les corvées et la discipline, a traîné dans la rue avec ses pairs algériens (mâles) au lieu de faire ses devoirs, alors que ses deux sœurs devaient aider pour le nettoyage, la cuisine, les courses et autres tâches ménagères, après quoi elles étaient priées d’aller dans leurs chambres pour étudier. N’importe qui aurait deviné le résultat. Mo a quitté l’école avec un diplôme assez nul et ses sœurs ont réussi. L’une s’apprête à entrer à l’université, l’autre a été embauchée dans une banque. Toutes deux ont des futurs radieux, font preuve d’un sain mélange de respect pour leurs parents et leur religion ainsi que d’un besoin d’être modernes et contemporaines, sans négliger le fait qu’elles ont de l’ambition.

— Pourquoi as-tu choisi l’Histoire, Fred ? C’est l’un de mes sujets préférés.

— Oh non, pas cette foutue Histoire encore ! dit Mo.

— En fait ce qui me fascine c’est l’histoire de la guerre. Je pense que sa signification a beaucoup changé. Il y a de nouveaux paradigmes, dictés par Internet, les médias sociaux, les avancées en technologie numérique, et il nous faut les comprendre pour survivre. Je voudrais faire ma dissertation là-dessus. Puis j’espère continuer avec un master.

— Excellent choix, Fred. L’un de mes sujets de prédilection. On doit en reparler davantage une autre fois, quand nous serons tous un peu moins saouls. C’est tout à fait exaltant !

— Cool, M. Hardcastle. Je n’arrête pas de le dire à Monsieur le Débile ici présent. Il ne veut jamais m’écouter, ni apprendre quoi que ce soit.

— Il n’arrête pas de me dire de commencer par l’Algérie, dit Mo.

— Évidemment. Tu ne sais rien du passé de ta famille ou de la colonisation française, ou de la guerre d’Algérie, ou même du merdier qui y règne maintenant. Dites-lui, M. Hardcastle, dites-lui l’importance de l’Histoire.

— Mais s’il ne veut pas apprendre ?

— Il est juste buté. Il n’est pas con. En fait il est même plutôt futé. Il ne veut simplement pas le montrer. Tu n’as pas besoin d’être à l’université pour apprendre et étudier, crétin. Parfois, discuter avec des gens comme M. Hardcastle est aussi bien, même mieux.

— Cause toujours, dit Mo.

Jeudi 12 novembre 2015

Le fait de collectionner les voitures anciennes (bon, soyons honnêtes, juste vieilles) dépend, pour la plupart des enthousiastes, d’un peu d’argent, de beaucoup d’optimisme et d’un prisme rose qui permet au propriétaire de croire que sa voiture est presque parfaite, dénuée de ces attributs rouillés, ternis, bruyants et fumants qui, pour être ignorés, nécessitent une défaillance volontaire de lucidité de la taille d’une Rolls-Royce.

Il y a de nombreuses vieilles voitures parfaites, bien entendu, restaurées jusqu’à la dernière poignée en chrome, mais il a fallu à leur propriétaire des années de patience et d’efforts pour leur redonner leur apparence d’antan, ou des tas de billets pour que des garages et ateliers le fassent pour lui. Dans les deux cas, elles coûtent de l’argent.

La Morris Minor 1954 décapotable de Steven Hardcastle, convoyée spécialement en France lorsqu’il a pris sa retraite, est l’une de ces défaillances de lucidité. Bien qu’elle démarre et roule correctement, le moteur est fatigué, la boîte de vitesses et l’embrayage se disputent constamment, la carrosserie marque son âge comme les taches sur une coccinelle et il faut éprouver la suspension grinçante pour y croire.

Il a pris la décision de limiter ses pertes et de la revendre, dans l’espoir d’acheter une autre voiture populaire des années cinquante avec ce qu’il en tirera. Une Coccinelle Volkswagen peut-être, ou pourquoi pas une Citroën 2 CV ? Il ne serait pas cher de la réparer, de l’entretenir et de remplacer des pièces en France.

M. Garnier arrive un peu en retard à dix heures, jette un œil à la Morris et émet un son entre le soupir et le grognement. C’est loin d’être un début prometteur. Il est accompagné par un jeune homme, resté dans la voiture, que Steven a l’impression de reconnaître malgré la distance. Après une assez courte inspection et tout aussi courte vérification du moteur, M. Garnier débite son discours.

— Vous savez M. euh…

— Hardcastle.

— Harcastle, c’est ça, vous savez M. Harcastle, de nos jours les gens veulent des voitures anciennes immaculées. Ils ne veulent pas payer pour acheter une voiture et payer encore pour la rendre… respectable. Comprenez-vous ce que je dis ?

Steven comprend très bien.

— Mais c’est une jolie petite chose, et je suis sûr de trouver quelqu’un qui serait d’accord de mettre un peu plus pour la rendre parfaite.

Steven comprend encore mieux.

Le garçon – jeune homme – sort de la voiture et se dirige vers eux. C’est Mo.

— Hé M. Hardcastle, je vous ai reconnu ! Il nous a aidés avec des tas de mots anglais hier soir dans un café, M. Garnier. Quelle coïncidence.

— La synchronicité (Mo, va voir sur Google). Content de te voir.

Garnier semble s’en moquer éperdument, occupé à lire un texto qui vient de sonner. Mo se tourne vers Steven et murmure :

— Et les filles, M. H ! Merci beaucoup. On les revoit demain soir. Happy Hour. On va forcément y arriver une fois qu’elles seront un peu bourrées. Il lui fait un clin d’œil salace.

Garnier est à présent plongé dans la rédaction d’un message.

— Bon, pourquoi vous achetez et conduisez ces vieilles bagnoles, M. H ? Elles sont lentes, dépassées, polluantes, n’ont ni direction assistée ni GPS ni ABS ni correcteur d’assiette automatique…

— Merci Mo, je crois que j’ai compris.

Mais Mo, manifestement de nature curieuse (et Steven a toujours placé la curiosité très haut sur l’échelle de l’intelligence), le fixe avec le plus charmant des sourires.

— Alors, c’est quoi que vous aimez tant dans cette vieille voiture ?

Steven prend une lente inspiration, ouvre la portière passager, invite le jeune homme à s’asseoir et s’installe sur le siège conducteur.

— Tu te souviens de ce que Fred t’a raconté hier soir ? À propos des guerres. Des millions de morts. Depuis des lustres et jusqu’à aujourd’hui.

— Ouais, bien sûr.

— Tu n’étais pas trop bourré ? dit Steven en souriant.

— Moi ? Ça va pas ! Je tiens l’alcool.

— OK, alors écoute.

Et Steven parle à Mo de la guerre sous ses nombreuses formes, aspects et tailles. Des choses semblables à ce que Fred lui a dit la veille, mais assorties de causes, d’explications, de théories, de détails supplémentaires, de dates, du nombre de tués et de blessés (forces armées et populations civiles). Cela dure un certain temps, mais l’intérêt de Mo ne faiblit pas.

Steven s’interrompt, enfin.

— M. H, ça va ? Vous tremblez.

— Oh vraiment ? Désolé. Je me suis emporté. Un peu perdu. Ce sujet, en particulier la Première Guerre mondiale, me fascine depuis des années mais il commence à me faire un drôle d’effet. Comme s’il prenait le dessus. Et il me semble que ça empire.

Il se redresse sur son siège, se tourne vers Mo et esquisse un sourire.

— Mais je vais bien maintenant.

— Comment vous connaissez tout ça au fait ?

— Lectures, recherches, prises de notes. Tu serais étonné comme peu de gens savent tout cela.

— Je ne savais pas. Mais maintenant bien. C’est… difficile à encaisser.

Le visage de Mo s’anime et s’épanouit. Steven le regarde et pourrait lui dire que ce qu’il éprouve est une mini-fulguration (Mo, va voir sur Google) mais il garde le silence. Il attend jusqu’à ce que Mo soit prêt à mettre des mots sur ses pensées.

— M. H ?

— Oui, Mo.

— Je peux vous dire quelque chose que je n’ai jamais dit à personne avant ?

— Je t’en prie.

— Mon grand-père m’a un jour parlé de trucs à Paris dans les années soixante, où des Algériens manifestaient pacifiquement mais ont été arrêtés, torturés, tués dans un stade sportif, d’autres ont été battus et jetés dans la Seine pour y être noyés. Il dit que près de deux cents personnes sont mortes. Je le soupçonne d’avoir été là mais il ne me l’a pas dit. Et il y avait encore des choses mais il n’a pas voulu me les raconter. J’avais seulement quatorze ans. Mais bon, c’est le passé, pas vrai ? Je suis français maintenant. À quoi ça sert ? Qu’est-ce que ça m’apporte maintenant ?

Steven demeure silencieux pendant un moment, les yeux rivés sur le pare-brise. Le soleil commence à briller sur les mimosas et les eucalyptus.

— Mais ça t’a déjà apporté quelque chose. Le fait de m’avoir raconté cette histoire était un acte courageux de ta part et le début de quelque chose, je ne sais pas quoi, ça dépend de toi. Apprends seulement ceci, pour l’avenir. Ça a beau être un cliché (Mo, va voir sur Google) : la connaissance est un pouvoir.

S’ensuit une longue pause. Steven a l’air épuisé. Tous deux regardent par-delà le pare-brise. M. Garnier semble les avoir oubliés, constamment sur l’un ou l’autre de ses téléphones portables. Il faut avoir un certain tempérament pour être vendeur de voitures d’occasion.

C’est Mo qui finit par rompre le silence.

— La voiture, M. H.

— Ah oui ! Il sourit. Ça, c’est la partie agréable, après cette accumulation de mort et de destruction. Le bon vieux temps. Tu vois, après la Seconde Guerre mondiale, une grande partie de l’Europe était décimée, ce qui veut dire qu’il n’en restait pas grand-chose, même dans les pays victorieux. Tout le monde était pauvre et ne désirait que trouver du boulot, gagner un peu d’argent, acheter de jolies choses et être normal pour un temps. Au cours des années cinquante, les constructeurs automobiles partout en Europe se sont mis à fabriquer ce que j’appelle les « voitures du peuple », petites et pas chères, idéales pour aller voir la famille, les amis, la mer… La Morris Minor, Fiat et Seat 500, Coccinelle Volkswagen, BMW Isetta, Citroën 2 CV, Renault 4, et bien d’autres. En fait, tu vois, avant la guerre les gens n’avaient pas de voiture, ils avaient seulement un vélo et la plupart des gens allaient au travail à vélo. Certains avaient des side-cars mais la majorité prenait le bus, ou le train pour des trajets plus longs. C’était donc une révolution. En même temps, les gens ont commencé à reconstruire leurs vies et les rendre plus faciles, plus confortables. Ils ont acheté des frigos, des cuisinières, des machines à laver. Il s’agissait de réels besoins, surtout après de telles privations. C’était une sorte d’âge d’or après-guerre, un Temps de l’innocence.

— J’ai un peu décroché à la fin mais jusque-là je crois que je vous suivais.

— Puis sont arrivés les téléviseurs. Jusqu’à environ 1952 il n’y avait que des radios. Ce fut le début de la fin du Temps de l’innocence.

Il s’interrompt, sa respiration s’accélère. La colère commence à l’envahir.

— Et puis on s’est mis à tout foirer, on est allé trop loin, on a construit une société basée seulement sur ce que l’on achetait, sur ce que la pub nous disait d’acheter, sur ce qui nous rendait plus beaux que nos voisins, tout ça nous a donné trop de choix. La société de consommation était née. Le monde de la matérialité.

— Hé, comme Madonna, la Material Girl. Je l’aimais bien mais elle est devenue vachement vieille. Elle est naze. Alors que Lady Gaga, ça, c’est quelque chose.

Mais Steven était lancé, de plus en plus furieux, Madonna et Lady Gaga loin derrière lui.

— Et les valeurs que nous avions – aider, donner, écouter, travailler ensemble pour des vies meilleures – ont été remplacées uniquement par des objets et de l’argent. Nous avons perdu notre être intérieur, notre être spirituel (désolé si ça paraît ringard) et nous avons vendu notre boussole morale pour des voitures plus spacieuses, des maisons plus sophistiquées, des cartes de crédit… et nous nous sommes perdus.

Il s’interrompt, fixant au-delà du pare-brise les mimosas et les eucalyptus, à présent tachetés de toutes les nuances de vert par le soleil du matin.

— Et nous sommes devenus décadents (Mo, va voir sur Google). À présent, nombreux sont ceux, essentiellement parmi les jeunes, qui rejettent cette décadence, chacun à sa manière. Certains vivent de façon alternative, New Age, fermes bio, etc., mais d’autres, surtout dans la région du monde dont tes parents sont originaires, voudraient détruire notre société décadente et sans dieu, et nous avec, pour la remplacer par la leur. Bien sûr ils ne peuvent pas. Ils n’ont pas assez d’adeptes, de pouvoir et de soldats pour y parvenir, mais ils essaient. Tu te souviens de Charlie Hebdo ? Treize morts. Ça aussi c’était la guerre, Mo.

Il cesse de parler, prend une grande inspiration, se tourne vers le gamin et sourit.

— Voilà la raison pour laquelle j’aime collectionner et conduire des voitures populaires des années cinquante. Leur simplicité, pour qui et pour quoi elles étaient conçues, tout ça représente pour moi un âge innocent, de valeurs simples, réelles. Peut être vais je trop loin, par nostalgie, mais j’y trouve beaucoup de vrai. J’espère que tu comprends ce que je veux dire…

Il regarde sa montre.

— Merde, j’ai parlé trop longtemps. Désolé. M. Garnier doit penser que nous fomentons une révolution ensemble.

— Non, M. H, franchement, c’était super intéressant. Comme de se réveiller. Des choses que je ne connaissais pas, donc auxquelles je ne pouvais pas penser. J’ai pas tout pigé évidemment, mais j’ai de quoi tenir. Vous savez comme Fred essaie de m’apprendre des choses, comment penser aux choses. Mais c’est peut-être parce que c’est lui, mon vieux pote, mon partenaire de picole, mon associé en drague, que je n’écoute pas, que je ne veux pas écouter. De la jalousie peut-être. Fred le petit malin, qui est allé à l’université et moi pas. C’est de ma faute en fait, je suis un crétin d’avoir glandé au lieu d’étudier.

Il s’interrompt, pensif, un peu perdu.

— Mais après tout ce que vous avez dit, je vais mieux l’écouter maintenant. Apprendre des choses. Et en parler. Et faire des choses si je peux. Et peut-être que vous, moi et lui, nous pourrons en reparler de temps en temps au Shakespeare ? OK ?

Steven obtient 4 000 euros pour sa voiture, considérablement moins qu’il n’eût voulu mais assez, s’il rajoute un peu, pour acheter une Coccinelle ou même une vieille Renault 4 CV. Il décide de ne pas sortir au Shakespeare ce soir-là (c’est devenu un peu trop régulier, trop obsessionnel et il est convaincu que les margaritas sont en train de faire grimper son indice glycémique au niveau d’un diabète de type deux). Il est temps de se calmer un peu, surfer sur internet à la recherche de voitures à vendre et pourquoi pas faire des lectures sur la guerre d’Algérie ?

Mais demain, vendredi, il ira. TGIF, Thank God It’s Friday, ainsi commence le week-end. Difficile de se débarrasser des vieilles habitudes acquises durant la jeunesse. En plus il pourra observer comment les garçons se débrouillent avec les deux filles.

Vendredi 13 novembre 2015

Steven Hardcastle pénètre dans Le Shakespeare et se dirige vers une de ses tables favorites, à gauche à côté des fenêtres, d’où il peut boire, manger et observer. Fred et Mo sont déjà installés à une des tables hautes et ont gardé deux places pour leurs rencards. Il commande une margarita (les meilleurs cocktails de ce côté-ci de New York, comme il dit souvent) puis se dirige vers les garçons.

— Salut M. H, dit Mo.

— Sympa de vous revoir, dit Fred.

— Vous avez eu votre train avec… ?

— Vous rigolez ! Ils étaient en foutue grève, les enfoirés. On a dû prendre un putain de bus. Ça nous a pris une heure. On ne sait pas si on arrivera à rentrer ce soir. Et Mo a dû quitter le boulot plus tôt. Garnier n’a pas apprécié. Il va probablement le déduire de sa paie, le sale radin.

Il est inhabituel pour Fred de se mettre dans un état pareil. C’est en général lui le plus calme et réfléchi. Il est probablement nerveux à cause des filles. Il regarde (un peu trop) souvent vers la porte.

— Ne vous inquiétez pas, je vous laisserai quand vos deux beautés arrivent. Je ne voudrais pas qu’elles passent trop de temps avec moi. Elles pourraient se rendre compte à quel point un homme de cinquante-sept ans est plus séduisant et intéressant que deux hommes de dix-neuf ans… Et plus riche.

— Allez-vous faire foutre M. H, si vous me permettez.

Ils éclatent tous de rire, lèvent leur verre et les garçons se détendent un peu. C’est exactement ce que Steven espérait : relâcher la tension avant qu’ils ne retrouvent les deux Anglaises, aussi jolies que joliment stupides.

— Et si vous avez besoin d’aide en traduction, appelez-moi. Mon vocabulaire est très étendu, très approfondi et très moderne !

— J’avais dit que c’était un vieux pervers, pas vrai Mo ?

Nouvelles taquineries, puis il retourne à sa table alors que les deux filles font leur entrée.

— Salut Monsieur…

— Steven.

— Steven. Comment allez-vous ? Vous êtes tout beau, habillé classe pour un vendredi soir !

— Et vous alors ! Fred et Mo vont devoir faire reculer les hordes mongoles ce soir.

— Merci, vous êtes gentil. C’est vendredi soir pour nous aussi. TGIF. Dans le monde la moitié des gens qui ont notre âge, et certains du vôtre aussi (elles se regardent et gloussent, mais gentiment), sort le vendredi, boit, s’amuse, oublie le boulot et le monde. Et c’est notre dernier soir donc c’est sûr qu’on va en profiter. À plus.

Tout en minijupes, tops moulants et talons hauts, elles se dirigent vers la table de Fred et Mo, où Steven l’observateur assiste à nombre de bises et de sourires.

Les filles commandent du vin blanc. S’ensuivent davantage de cliquetis de verres, tchin-tchin, santé, quiproquos linguistiques amusants et super compliments concernant les tenues « sensationnelles » des filles.

— Vous savez, dit l’une d’elles, la blonde (l’autre est brune), nous ne connaissons même pas nos prénoms. Je suis Penny, mais tous mes amis m’appellent Pens. Et voici Chloë, mais tout le monde l’appelle Clo. Nous, c’est Pens et Clo. C’est un plaisir de vous rencontrer, chers Messieurs !

— Et nous sommes Fred et Mo, dit Fred.

— C’est de la triche, ça doit être vos diminutifs. Quels sont vos vrais prénoms ?

— Eh bien moi c’est Frédéric et lui, c’est Mohammed.

Les garçons sourient.

Les filles pas.

Pause.

Clo : Donc tu es quoi, musulman ?

Mo : Oui mais je ne pratique pas beaucoup, juste les bases, certaines prières du vendredi avec mon père, et le ramadan. Ça c’est pénible, surtout en été lorsque nous étions petits.

Pens : Et tu viens d’où ?

Mo : Mon père est algérien et ma mère est moitié française, moitié algérienne.

Clo : Ah donc ta mère n’est pas musulmane alors ?

Mo : Si, elle s’est convertie après avoir épousé mon père.

Pens : J’imagine que c’est pour ça que tu n’as pas l’air tellement…

Mo : D’un Arabe ?

La Happy Hour est une des composantes américaines les plus brillantes de la société de consommation : vendre le maximum de produits et toujours plus que ce dont vos clients ont besoin. Il y a longtemps aux États-Unis, entre dix-sept et dix-huit heures, toutes les boissons étaient à moitié prix. Juste après le boulot. Les gens en profitaient, buvant plus que de raison (moitié prix !) et à la fin de l’heure, ils continuaient à boire. Ils ne pouvaient plus s’arrêter. Et ils mangeaient. Des hamburgers, des frites, des côtes de bœuf, des steaks. Ils s’en allaient à une heure du matin ivres morts et allégés de quelques centaines de dollars.

Depuis lors c’est devenu une institution mondialisée (comme nous avons bien appris la leçon) au point que les bars de l’Alaska jusqu’à l’Australie proposent des Happy Hours, qui débutent et finissent à l’heure que leur propriétaire choisit.

Le Shakespeare est bondé. Heureusement c’est une soirée douce pour un mois de novembre et le trop-plein de clients se répand sur le trottoir (où ils peuvent aussi fumer…).

La Happy Hour (Boissons à moitié prix – 19 h 30 à 21 h 30 !) est terminée mais elle a eu l’effet escompté. À l’intérieur comme dehors, la soirée est lancée, faite de bruits, rires, gros mots, cris, comme tout bon vendredi soir qui se respecte. La télévision dans le bar est une de ces méga Samsung que l’on peut voir à près de cinquante mètres, tournée vers L’Arène et l’entrée. Elle est perpétuellement allumée, diffusant du football (la semaine) ou MTV (le week-end), et les clips musicaux sont à fond, en Full HD, mégapixels, Double-Dolby Surround Sound. Si le 3D Live existait, les propriétaires l’auraient aussi.

Légèrement comprimé à sa table et incapable de voir « ses » garçons et filles, Steven est occupé à boire sa dernière margarita et à prendre des notes. Mais le niveau sonore est devenu trop élevé pour lui et il glisse progressivement dans l’un de ses « états ». Il le sent. Ses connaissances micro-détaillées et obsessionnelles de la Première Guerre mondiale vont commencer à remplir son esprit d’images insoutenables, de chiffres incalculables, d’horreurs, prenant le dessus jusqu’à ce qu’il retrouve son calme. Il se met à paniquer, piégé comme il l’est par tous ces gens, tout ce bruit. Il se lève pour s’en aller mais est incapable de bouger, écrasé par ces gens de plus en plus oppressants, leurs rires et leurs cris de plus en plus tonitruants. Il faut qu’il sorte. Maintenant.

Soudain MTV s’arrête. La musique s’arrête. Les images s’arrêtent. Une grande banderole « FLASH INFO » apparaît. Rouge vif.

Puis il entend des tirs, tourne la tête et voit deux jeunes hommes en noir avec des fusils d’assaut se frayer calmement un chemin parmi la foule et tirer sur tous et n’importe qui. Les rires et les cris se transforment en hurlements de panique, de douleur, d’hystérie, à mesure que les gens tombent, tentent de se cacher, s’enfuient, se retrouvent coincés par la foule, se font piétiner. Il voit deux serveuses touchées à la tête et à la poitrine, le sang explosant sur leurs uniformes noirs alors qu’elles s’effondrent dans la foule. Il voit Mo et Pens pulvérisés de leurs sièges par un tir automatique nourri, le sang giclant de leurs poitrines sur Fred et Clo au cours de leur chute. Puis c’est au tour de Fred et Clo de tomber quand l’assaillant mitraille dans l’autre sens. L’homme lance une grenade derrière le bar. Des bouteilles éclatées, des verres, des bras et autres membres non identifiés encore vêtus de leurs oripeaux sanglants volent dans l’air comme des feux d’artifice multicolores. Les tirs, les hurlements et les gémissements sont insupportables. Sa tête va exploser.

Jusqu’à présent il a eu de la chance parce que les tireurs ont commencé à droite et au milieu de L’Arène, or il est à gauche. Mais les tirs se dirigent maintenant de son côté. Deux jeunes femmes tombent sur sa table, leur sang coule le long du bord, il est absorbé par des serviettes jusqu’à ce qu’elles en soient pleines et dégorgent leur contenu sur le sol. L’une des deux femmes est tombée sur son verre de vin brisé et de son cou lacéré coule un ruisseau de sang qui goutte le long de la table et va rejoindre la rivière en crue. Il est pétrifié par cette vision de la nature au sein de la mort.

Puis il entend d’autres tirs, beaucoup plus près, et il dégringole sous la table, glisse dans le sang, se roule en boule. À travers un interstice entre bras ballants, pieds de table et cascade de perles sanglantes, il voit les deux tireurs se retourner et partir, mitraillant dans la rue. À ce moment, la plupart de ceux qui se trouvaient dehors ont détalé, en panique. Il entend des sirènes. Il parvient tout juste à voir les hommes monter dans une voiture noire et s’en aller, même pas vite, juste comme s’il s’agissait d’une journée de boulot ordinaire.

La télévision est allumée. Le bar est silencieux. Il ouvre les yeux, il est assis sur sa chaise, à sa table. Il regarde autour de lui, tremblant. Il n’y a pas de sang, pas de morts, pas de blessés, pas de chaos. Juste un bar plein de gens en train de regarder la télévision en silence.

Des images de rues parisiennes, de bars, de sang, de gens pris en charge par les ambulanciers, de voitures de police, de camions pompiers, de hurlements, de sanglots, tout ça en Full HD, mégapixels, Double-Dolby Surround Sound.

— Pour ceux qui viennent de nous rejoindre, il y a eu une attaque terroriste coordonnée dans plusieurs endroits de Paris. Une tentative d’attentat a eu lieu au Stade de France, où le Président de la République se trouvait pour un match amical contre l’Allemagne, mais les trois auteurs de l’attaque-suicide n’ont pu pénétrer dans l’enceinte et ont déclenché leurs ceintures d’explosifs à l’extérieur, provoquant leur mort et celle d’un passant.

Au centre de Paris, des cafés et restaurants des dixième et onzième arrondissements ont été la cible d’attentats. Les attaques semblent avoir été bien préparées et coordonnées. Les terroristes ont quitté les lieux mais nous avons reçu des informations concernant une attaque majeure au Bataclan, où a lieu un concert de rock. Nous ne disposons pas de chiffres précis concernant le nombre de morts et de blessés, mais les premières estimations font état de plusieurs centaines. Nous vous tiendrons informés des….

Steven fixe le sang et les victimes en Full HD et mégapixels. Toutes les images qu’il a vues et collectionnées de la Première Guerre mondiale sont des photos en noir et blanc ou en sépia, instants de douleur, d’agonie, de mort récente, d’épreuves extrêmes et de désespoir. Il contemple à présent du sang réel en temps réel, du sang carmin foncé qui s’écoule des gens sur leurs visages, leurs vêtements, la rue, les ambulanciers. C’est un choc terrible. Comme tous ceux de sa génération, il n’a jamais dû faire l’armée, aller à la guerre et la voir de première main. Car ceci est la guerre, comme toutes les autres avant elle, petites ou grandes. Cela ne change rien qu’elle ne soit pas menée soldats contre soldats. Des civils ont été la cible d’agressions militaires et idéologiques des milliers de fois depuis des milliers d’années.

Le bar commence à s’agiter. Les gens étaient sous le choc mais se mettent à parler. Et ils parlent de deux choses.

Personne n’aurait pu imaginer que des attaques d’un tel sang-froid seraient menées contre des civils innocents lors d’une soirée sympa dans les bars de Paris. C’est trop près de chez eux. C’est chez eux.

Selon les premiers témoignages, les assaillants, dont aucun ne portait de masque, étaient « d’origine nord-africaine ». Ce qui signifie marocaine, algérienne ou tunisienne. Une poudrière d’opinion publique et de politique nationale est sur le point d’être allumée, qui sait ce qu’elle emportera avec elle lorsqu’elle explosera ?

Un silence embarrassé règne du côté de la table de Fred, Mo, Pens et Clo. Ils ont tous été instantanément calmés par les infos. La routine du vendredi soir, alcool et rituel d’accouplement, a été dévastée. Cela n’aurait pas été pire si leur serveuse était tombée raide morte en leur apportant leurs boissons.

C’est Pens qui ose le dire.

« Est-ce que tous les mecs comme toi pensent comme ça ? Est-ce que vous planifiez secrètement de tuer des gens comme nous lorsque vous traînez dans la rue ou vous rencontrez après la prière ? » Elle s’adresse manifestement à Mohammed.

Il ne peut donner à ces filles aucune réponse claire, univoque ou compréhensible. Et même s’il le faisait, même s’il en était capable, elles ne comprendraient pas. Elles ne sont pas des flèches, ils l’ont constaté assez rapidement au cours de la soirée. Donc à quoi ça servirait ? Après ce qu’il a vu à la télé et la manière dont ça l’a affecté, davantage qu’aucun d’eux ne pourrait comprendre, pas même Fred, il n’est clairement pas prêt à affronter une paire de racistes débiles, aussi jolies qu’elles soient, aussi belles que soient leurs tenues.

Mo jette un coup d’œil à Fred, qui hoche légèrement la tête, et ils descendent de leurs tabourets de bar, font deux bises à chaque fille, leur disent bonne nuit et s’en vont.

Le dernier bus part dans dix minutes. Avec un peu de chance, ils l’auront.

Steven commande un expresso et un whisky.

Son esprit déambule dans les ruelles du temps et parvient à la porte de Wilfred Owen. Qui d’autre ? Il sonne.

— Tu sais, Wilfred, le vers que tu as tiré d’Horace, en 1917, « Dulce et decorum est pro patria mori » ? Que tu as utilisé dans ce poème ? Tu étais le premier à l’appeler « Ce Mensonge de toujours ».

Wilfred garde le silence, tout ouïe.

— Eh bien tu n’es pas allé assez loin, tu vois. Donc, avec tout le respect que je te dois, et à Horace bien sûr, j’ai inventé ma propre version pour le monde d’aujourd’hui. Tu veux l’entendre ?

Wilfred garde le silence mais penche la tête de côté, ce que Steven interprète pour de l’intérêt. Et il esquisse le sourire des morts, qui savent tout ou ne savent rien.

Dulce et decorum est pro patria, fide, doctrina, potestate, religio mori.

Il est doux et juste de mourir pour un pays,
une foi, une idéologie, un pouvoir, une religion.

C’est ça. C’est la clé, l’énorme erreur qu’ils ont commise pendant toutes ces années, chacun d’entre eux. Pro patria mori signifie mourir pour un pays, pas son pays. Pas nécessairement. Cela inclut tout le monde : les victimes, les civils, tout le monde ! Donc c’est de la merde, Wilfred. Exactement comme tu l’as dit lorsque tu as retourné l’argument pour la première fois. Surtout quand ce n’est pas son pays, sa foi, son idéologie ou sa religion. Cela donne au tueur une raison, ou peut-être juste une excuse. Mais pour le tué ce n’est PAS doux et juste de mourir pour le pays, la foi, l’idéologie ou la religion d’un autre. C’est MAL, Wilfred. Et c’est MAL de se tuer en emportant avec soi des centaines de victimes. Tout comme c’était MAL de la part de ces imbéciles incompétents de vous envoyer à la mort, toi et tes millions de camarades. Ils ne vous ont pas tués pour leur pays, ils vous ont tués pour leur idéologie.

Il est temps d’enseigner un peu de révisionnisme latin aux guerriers, décideurs de politique étrangère, factions dissidentes, « complexoteurs » militaro-industriels, sionistes, escadrons de la mort financés par l’État, unités spéciales d’intervention, pilotes de drones, djihadistes, tueurs d’écoliers, groupes terroristes privés, milices terroristes gouvernementales… et les enfants terrifiés qui doivent grandir en connaissant le sens réel des mots, afin de les utiliser comme leurs armes.

Steven est clairement en train de sombrer, sa voix réduite à un murmure.

« Je vais en parler à Fred. Ça sera bien pour ses études. Suis sûr que Mo se joindra à nous. Gars intelligent. A seulement besoin d’un peu d’aide… Tu n’aurais pas pu savoir, Wilfred. La guerre, ses rejetons, ses sous-espèces, sont contemplés par des milliards de gens à présent. En temps réel. En couleur. Un tireur muni d’un fusil d’assaut et d’une intention est vu par un million de fois plus de gens qu’un million de fusiliers avec l’intention d’un autre il y a cent ans. Lorsque tu es mort. Un de mes amis étudie cela. « La mort dans un monde numérique – redéfinir la guerre à l’ère d’internet ». C’est bon ça. Je viens d’y penser. Ça doit être le whisky. Rappelle-moi de le dire à Fred… ».

Il pose la tête sur ses bras et s’endort.

Wilfred tend la main, retire doucement les lunettes de Steven et les met dans sa poche pour éviter qu’elles ne se brisent.

Il veille sur lui pendant un moment, puis rentre chez lui et ferme la porte.

*

Version originale

Wednesday 11 November 2015

 

It was the 11th hour of the 11th day of the 11th month.

No, actually it wasn’t. It was more like about nine-and-a-half hours after the 11th hour of the 11th day of the 11th month. But it was in the ballpark (it wasn’t, like, Christmas Day or anything.)

Steven Hardcastle sat by the windows on the left, in the middle of the row of tables, with a wide-angle view of events and customers. The observer. He called this front part of the bar ‘The Arena’. Behind, there was an area with booths that was darker (literally) and shadier (metaphorically), which you had to cross to go to the toilets – a Grimm-like forest of dark wood, dark tables, false beams (colour on the paint can ‘Dark wood’), worn red velvet chairs, and ye olde England repro prints of twisted portraits and scary bric-à-brac. He’d always suspected deals of all sorts were done here. If he ever looked down at the suspects as he passed them, huddled in the booths, he got looks that would put him off even asking for the time or whether it would be sunny tomorrow, let alone today’s price for 100g of coke. Unimaginatively, he thought, he called this part of the bar ‘The Forest’.

‘Le Shakespeare’ (for that was the name of the establishment) was a mongrel pub-brasserie, the type of bar the French think is actually an Anglo-Irish-American pub but is really just a (good) old brasserie with (bad) imitation pub wood furniture, lighted Guinness signs, loud bass-heavy disco (disco, today?) and an enormous overhanging TV showing football or MTV. Happy Hour (Drinks Half-Price –7:30-9:30!) was in full swing and the usual motley crew of customers had, by now, almost filled The Arena. It was precisely this motleyness Steven liked about it. Every night there were different people, genres, classes, characters, races, flirtings, arguments, and the occasional fight.

He was nicely settled in, observing, musing, relaxing while he waited for the waitress to take his order for a second cocktail. He had drunk his first Macbeth Margarita, and had decided to have the Hamlet Hamburger tonight (fries and salad included), with a carafe of Rosé Romeo (de Provence luckily – he’d half expected Verona). The sheer unabashed, unaware tackiness of the bar owners’ ideas was another reason he liked it.

 

“What are those flags for?” Mo asked. The two strings of skull-and-crossbones-over-the-French-national-tricolour flags stretched from each corner of the bar and crossed in the middle.

“I think they must have got them cheap from a fair or something. They’re not supposed to have the pirate bit. Although … .” This was Fred.

“So what are they for then?”

Fred and Mo usually came in at the beginning of Happy Hour (it made their evenings more economically viable and there were always as many women as men) but tonight they’d been to see a film, ‘The Avengers’, so they arrived later. They were sitting at one of the high tables with bar stools which took up most of The Arena. The drink-and-pick-up tables. The rest of the room had normal tables round the sides for the patrons to eat their hamburgers, steaks, and fish and chips (yes, fish and chips – many British holiday-makers from the cruise ships stopped here for their evening meal before being ferried back to their leviathan and its overnight departure to the next Mediterranean beauty spot).

The new cruisers.

 

“The end of the First World War. 1918”.

“But that’s almost a fucking hundred years ago. What’s the point?”

“The point is so we don’t forget. That war lasted five years, was fought in the worst conditions imaginable, and sixteen million people died. It ended with a treaty, signed at 11 o’clock on the 11th of November 1918 (get it, Mo?), which was a big mess and a big mistake and really pissed off the Germans, who’d lost. So 20 years later the pissed-off Germans started the Second World War, which lasted six years and killed 60 million people, including 11 million in the Holocaust and half a million German civilians who melted like wax figurines under the fire-bombs the Brits dropped on them.”

“Yuk! You through?”

“Not forgetting the four million who died in the Vietnam War and – in your lifetime, dickhead – the half a million people who’ve died in Iraq since 2003. And so it goes on … . It’s called History, and we can learn a lot from it. And if you’d listen to me from time to time, you might learn something.”

 

Steven had also been looking at the flags. Since his early retirement from the European institutions in Brussels he’d had more time to study what he now realised had become an obsession – the First World War – in an effort to find some kind of meaning in it. There were times when he found it difficut to cope with. The banality of death, the incomprehensible slaughter, the lack of meaning and the horror haunted his darker moments. At those times, he often found relief in reading his favourite war poets, particularly Wilfred Owen.

And he was fairly sure that it affected him more now because of what was happening in Europe. The rise of the extreme right, populism, racism, nationalism – and now this ludicrous referendum in the UK – leave or stay in the EU. Whatever its good and bad points – and he knew them all too well, he’d worked there for 30 years – it had prevented war in Europe for 70 years, and had seen off three fascist dictatorships which had then become democracies. It had made countries talk, argue and negotiate rather than kill each other. For that alone, it was worth remaining in it. And if the UK left, who would be next?

A break-up would wake the worms of war. They would crawl into the cracks. They would eat their way into the hearts of the broken pieces. And they would lay their eggs.

Steven reached for his margarita and saw that his hand was shaking.

 

“Hey Fred, look.”

Mo nodded to a table almost hidden behind the till, in The Forest. On the nearest velvet chairs sat two young women, one of whom had just looked across at Mo and smiled (or so he thought). They looked English, but didn’t look like cruisers, probably here on a cheap week’s package. And today was only Wednesday!

Fred looked over, looked back at Mo, and did a little drum-roll on the table.

They sauntered over (real cool) and asked the two young women if they could join them. In French. Uncomprehending stares. Fred tried again, more slowly, with hand signals. They looked at each other, half-shrugged, half-smiled, and said “Yeah, sure.”

 

Steven had noticed the two boys of course, first at their pick-up table and then coolly walking over to chat to two girls sitting in The Forest (boys, girls (?) – at his age anyone under 30 looked like boys and girls.) He guessed these four would be about 18-19, students maybe.

Passing them on his way to the toilet he heard them looking for a word in English. They were all clearly linguistically challenged. The girls were British.

“You know like in The Avengers. ‘Vengeance’, the taller boy said in French. Then tried with an English accent. “Vengeance. You must know what it is.” Blank, the girls didn’t. “Well, like, yeah you can say vengeance but …”.

“Excuse me, maybe I can help.” Steven. “I think he means ‘Revenge’”. “Yeah, revenge” the other girl said. That’s what it is, revenge.” General sigh of relief and thanks all round, in various English and French accents.

Steven walked on into The Forest.

 

And so it was that after about an hour of more cross-cultural faux-pas, entertaining out-of-hours language lessons, giggling, and general flirting, the girls left, with a promise to meet the boys here again at Happy Hour on Friday.

As the girls passed him, they smiled and thanked him for his help.

“You’re welcome.”

Pause … Should he?

“Can I ask you a quick question?”

“Yeah, sure, as long as it’s not too personal!” (giggles).

“You’re young, you have your futures, a clean slate. What do you think about Britain leaving the European Union? You know, the referendum. Brexit?”

Without hesitation one of them said “Oh yeah, definitely. My dad says we can go it alone much better without all them rules and things, telling us what to do. Like before. Choose who we want to trade with and that. After all, who won the War? (he’s not believing what he’s hearing). We did. Beat them Germans, my grandad says, and now they want to tell us what to do.” (his level of disbelief has shot up several points and is now in the red zone). “And my dad says Europe is falling apart anyway, so why bother staying in. We’re better out. On our own. Like before. Like the good old days, my grandad says.”

He knew it was impossible to argue, even discuss, any of this. These kids wanted new ways, old ways, and would probably get new wars. They hadn’t understood that bit. The bit about the worms.

“Bye, see you later.” And they pranced prettily out on their high heels and high hopes.

 

“You chatting our women up, you old lecher?” Said mockingly with a smile. The taller one. The boys were leaving too.

“Let me get you both a drink before you go.”

“See, Mo, now he’s trying to pick us up! Must be bi- or transgender.” Both laughed, then slapped Steven on the shoulder. “Just joking, mate. You’re alright … for an old guy”. More laughter. A couple of hours of beer had had its effect.

“I’m Steven Hardcastle. And you are … ?”

“Fred”. “Mo”.

They sat. He ordered. They chose a more expensive beer as he was paying. They talked. They were both from modest familes and had grown up together in one of the many social housing high-rises around Nice. They’d been friends forever, same schools, same leisure activities. They’d stuck together against the aggro and the gangs. They liked to come into Cannes for their evenings out as it was calmer, less edgy, less aggressive, and only 20 minutes and 4 euros on the train. Both had been good at school and shown potential, but while Fred’s family had encouraged him to study, resulting in a place at Nice University studying Modern History (now in his second year), Mo’s Algerian family had played to type. The only boy, he’d been spoilt silly by his mother, spared tasks and discipline, and hung around street corners with his Algerian peers (male) instead of doing his homework, while his two sisters had to help with the cleaning, cooking, shopping and general household chores, after which they were told to go to their rooms and study. Anyone could have guessed the outcome. Mo left school with a pretty useless diploma, and his sisters succeeded. One was now entering university, the other had joined a bank. Both had bright futures, as well as a healthy mix of respect for their family and religion and a need to be modern and contemporary … and they were ambitious.

 

“Why did you choose history, Fred? It’s one of my favourite subjects.”

“Oh no, not bloody history again!” Mo.

“Actually what fascinates me is the history of war. I think its meaning has changed a lot. There are new paradigms – all informed by the internet, social media, advances in digital technologies, and we have to understand these if we are to survive. I’m hoping to do my dissertation on that. Then hopefully a Masters.”

“Great choice, Fred. One of my fetish subjects. We must talk more about this another time, when we’re all a bit less drunk. This is really quite exciting!”

“Cool, Mr Hardcastle. I keep trying to tell that to Mo, Mr Dumbo there. Idiot. He never wants to listen to me, learn anything.

“He keeps telling me to learn about Algeria to start with.” Mo.

“You bet I do. You know nothing of your family’s past or French colonisation, or the Algerian War, or even the shit that’s going down there now.”

“Tell him, Mr Hardcastle, tell him the importance of history.”

“But if he doesn’t want to learn?”

“He’s just stubborn. He’s not stupid. In fact he’s pretty bright. Just doesn’t want to show it. You don’t have to be at university to learn and study, dickhead. Sometimes talking to people like Mr Hardcastle here is just as good, even better.”

“Whatever,” said Mo.

 

 

Thursday 12 November 2015

 

Collecting vintage cars – or let’s be honest, old cars – relies for most enthusiasts on a little money, a lot of optimism, and a pink filter which leads the owners to believe that their car is near-perfect and has none of those annoying rusty, tarnished, noisy and smokey attributes that it takes a Rolls-Royce-sized willing suspension of disbelief to ignore.

There are many perfect old cars of course, fully restored down to the last chrome door handle, but these either took the owner years of effort and patience to restore to their pristine former selves, or pots of money for garages and bodyshops to do it for them. In either case they cost money.

Steven Hardcastle’s 1954 Morris Minor convertible, specially transported to France when he retired, was one such suspension of disbelief. Although it started and drove well enough, the engine was “tired”, the gearbox and clutch were constantly having a domestic, the bodywork showed its age like the black spots on a ladybird, and the creaking suspension had to be felt to be believed.

He’d decided to cut his losses and sell it now, hoping to buy another “1950s People’s Car” for what he got for it. A Volkswagen Beetle perhaps, or why not a Citröen 2CV? Cheap to repair, service and find spare parts in France.

 

Mr Garnier arrived a little late at 10am, took one look at the Morris and made a noise somewhere between a sigh and a grunt. Not an auspicious start. He had a young man with him who stayed in the car, and whom from a distance Steven thought he recognised. After a somewhat short inspection and a short turnover of the engine, Mr Garnier made his pitch.

“You see Mr … err”, “Hardcastle”, “Harcastle, yes, you see Mr Harcastle, people want spotless restored cars these days. They don’t want to pay for a car and then pay again to make it … respectable. Do you understand what I’m saying.”

Steven understood very well.

“But she’s a pretty little thing, and I’m sure I could find a buyer who’d be willing to add a little to make her perfect.”

Steven understood even more.

The boy – young man – got out of the car and walked over to the Morris.

“Hey Mr Hardcastle, I thought it was you!” Mo. “He helped us with a load of English words in a café last night, Mr Garnier. What a coincidence.”

“Synchronicity, Mo (look it up). Good to see you.”

Garnier was totally uninterested, reading a text message that had just pinged in. Mo turned to Steven and whispered “And the girls, Mr H. Thanks a lot. We’re seeing them again tomorrow night. Happy Hour. Bound to get lucky after they’re a bit drunk. He winked lewdly.”

Garnier was now sending a long text.

“So why do you buy and drive these old cars, Mr H? They’re old, noisy, pollute, go slow, don’t have power steering, on-board computers, ABS, automatic suspension correction … .”

“Thank you Mo, I think I understand.”

But Mo, clearly the curious type (and Steven had always rated curiosity high on the rungs of the intelligence ladder), looked back at Steven and grinned his most winning grin.

“So what is it with this old car that you like it so much?”

Steven breathed in slowly, opened the passenger door, beckoned for the lad to sit inside, and himself took the driver’s seat.

“You remember what Fred told you last night. About the wars. The millions of dead. Going way back into the past and right up to the present?”

“Yeah, sure.”

“You weren’t too drunk?” A smile.

“Me, no way. I can take my drink.”

“OK. Then listen.”

So Steven talked to Mo of War – in its many forms, shapes and sizes. Similar things to what Fred had told him the night before, but with causes, explanations, theories, more details, dates, and numbers killed and wounded (armed forces and civilians). It lasted some time, but Mo never lost interest.

He stopped, finally.

“Mr H. You alright? You’re shaking.”

“Oh. Am I? Sorry. Got carried away. A bit lost. This subject, and particularly the First World War, have fascinated me for years, but it’s beginning to have strange effects on me. Like it’s taking over. And it seems to be getting worse.”

 

He sits up in the seat, looks at Mo and smiles.

“But I’m alright now”.

“How do you know all this stuff, anyway?”

“Reading, researching, writing it down. You’d be amazed how few people know all this.”

“I didn’t. But I do now. It’s … difficult to take it all in.”

Mo’s face was alive and opening. Steven watched and could have told him he was having a mini-epiphany (look it up, Mo) but he said nothing. He sat and waited until Mo was ready, slowly trying to formulate his thoughts.

“Mr H?”

“Yes Mo.”

“Can I tell you something I’ve never told anybody before?”

“Please.”

“My Grandad told me once about some stuff in Paris in the 1960s, where Algerians were, like, demonstrating peacefully, but got arrested and tortured and killed in a sports stadium, and others were beaten up and thrown in the river Seine to drown. He said up to 200 died. I suspect he was there, but he didn’t say so. And there was more, but he didn’t want to tell me. I was only 14. But like, that’s the past isn’t it? I’m French now. So what’s the point. What good does it do me now?”

Steven was quiet for a while, still staring through the windscreen. The sun was beginning to shine on the mimosas and eucalyptus.

“But it already has. Telling me that story was brave of you – and the beginning of something – I don’t know what, that’s up to you. Just learn – for the future. This is a cliché (look it up, Mo) but knowledge is power.”

There was a long pause. Steven looked exhausted. Both looked through the windscreen. Mr Garnier seemed to have forgotten them and was permanently on one of his two mobiles. It takes a special kind of person to be a second-hand car dealer.

It was Mo who finally spoke.

“The car, Mr H.”

“Ah. Yes.” Smiling. This is the good bit, after all that death and destruction. The good old days.

You see, when the Second World War was over, most of Europe was decimated – that means there wasn’t much left of it, even the countries that won – everybody was poor, and all anyone wanted was to get a job, make some money, buy nice things and be normal for a while. During the 1950s car manufacturers all over Europe started making what I call ‘People’s Cars’, small and cheap, perfect to go to see family, friends, the seaside … . The Morris Minor, Fiat and Seat 500, Volkswagen Beetle, BMW Isetta, Citröen 2CV, Renault 4, and many more. Because, you see, before the war people didn’t have their own transport, they only had bikes – most people went to work on their bikes. Some had a motorbike and sidecar, but most took buses – and trains for longer journeys. So this was a revolution. And at the same time people started rebuilding their lives and making them easier, more comfortable. They bought fridges, cookers, washing machines. These were real needs, especially after so much hardship. It was a kind of Post-War Golden Age, an Age of Innocence.”

“You lost me there a bit at the end, but till then I think I got it.”

“And then along came TVs – until about 1952 there were only radios. And that was the beginning of the end of the Age of Innocence”.

 

He pauses, starts to breath faster. He’s beginning to get angry, is Steven.

“And then we started fucking it up, went too far and built a society based only on what we bought, what advertising told us to buy, what made us look better than our neighbours, which gave us too much choice. The Consumer Society was born. The Material World.

“Hey, that’s Madonna. The Material Girl. Used to like her, but she’s got really old. Lost it. Now Gaga – she’s something else.”

But Steven was on a galloping horse, angrier and angrier, Madonna and Lady Gaga nowhere in the race.

“And the values we used to have – helping, giving, listening, working together for better lives  – gave way to just objects and money. We lost our inner selves, our spiritual selves – sorry if that sounds corny – and we sold our moral compass for bigger cars, fancier houses and credit cards … and we lost our way.”

He pauses, stares through the windscreen at the eucalyptus and mimosa trees, now dappled in the morning sun in every shade of green.

“And we became decadent (look it up, Mo). Now many people, mainly young people, are rejecting that decadence, each in their own way. Some are living alternative lifestyles – New Agers, organic farmers, whatever – but others, especially in that part of the world around where your parents came from, would like to destroy our decadent godless society and us with it, and replace it with their own. Of course they can’t. They don’t have the people or the power or the forces, but they’re trying. Remember Charlie Hebdo? Thirteen dead. That too was war, Mo.”

He stopped, took a deep breath, turned to the lad, and smiled.

“So that’s why I like to collect and drive 1950s People’s Cars. Their simplicity and who and what they were designed for represent an age of innocence for me, of basic, real values. Maybe I’m stretching it a bit, being nostalgic, but there’s a lot of truth in it for me at least. I hope you see what I mean … .”

He looked at his watch.

“Shit, how I’ve talked. Sorry about that. Mr Garnier must think we’re plotting a revolution in here or something.”

“No, Mr H. Honestly, that was really interesting. Like kind of waking up. Stuff I didn’t know, so couldn’t think about. Didn’t get it all of course, but I’ve got enough to go on. You know Fred keeps trying to teach me things, how to think about stuff. But because it’s Fred, my old friend, my drinking mate, my pick-up partner, maybe I don’t listen, don’t want to listen. Envy maybe, clever-dick Fred, went to university and I didn’t. My stupid fault really. Hanging out instead of studying.”

He paused, thinking, slightly lost.

“But after everything you’ve said I’ll listen to him a bit more now. Learn stuff. And talk about it. And do stuff if I can. And maybe you and me – and him – we can talk more about it from time to time in Le Shakespeare? Yes?”

 

Steven got €4 000 for his car (quite a bit less than he’d wanted), but enough, if he added a bit, to buy a Beetle or 2CV or maybe an older Renault 4CV. He decided he wouldn’t go down to Le Shakespeare tonight (it was becoming a bit too regular, too obsessive, and the Margaritas must be pushing his blood sugar index up to Type 2 Diabetes level). Time to take it easy a bit, go online and check out cars for sale, read up on the Algerian War perhaps.

But tomorrow, Friday, he’d go. TGIF, Thank God It’s Friday, the weekend starts here. Old habits from youth die hard. And he could see how the boys got on with those girls.

 

 

Friday 13 November 2015

 

Steven Hardcastle walked into ‘Le Shakespeare’ and headed for one of his favourite middle tables by the windows on the left, where he could drink, eat, and observe. Fred and Mo were already at their drink and pick-up high table, with two places left free for their dates. He ordered a Margarita (best cocktails this side of New York he always told people), then went over to the boys.

“Hi there Mr H” said Mo. “Good to see you again”, said Fred,

“Get the train OK, because …. ?”

“You must be joking. They were on bloody strike. Assholes. We had to get the fucking bus. Took us an hour. Don’t know if we’ll get home tonight. And Mo had to leave work early. Garnier didn’t like that. He’ll probably take it out of his pay, tight bastard.”

It was unusual for Fred to be so wound up. He was usually the quiet, reflective one. Probably nerves about the girls. He was glancing (a bit too) regularly at the doors.

“Don’t worry, I’ll leave you when your two lovelies arrive. I wouldn’t want them to spend too much time with me. They might realise how much more attractive and interesting one 57-year-old is compared to two 19-year-olds. … And richer.”

“ Bugger off Mr H, if you’ll excuse my language.”

They all laughed, raised their glasses and the boys relaxed a bit. Just what Steven had hoped for  – relieving their tension before meeting these two pretty, but pretty dumb, English girls.

“And if you need any more help with translation, call me over. My vocabulary is very large, very deep, and very modern!”

“I said he was a dirty old lecher, didn’t I, Mo?”

More teasing, then he went back to his table, just as the two girls came in.

“Hello Mr … .”

“Steven.”

“Steven. How are you? You’re looking good. All dressed up for a Friday night out!”

“You can talk, look at you two. Fred and Mo are going to have to fight off the Mongol hordes tonight.”

“Why thank you. It’s Friday night for us too. TGIF. Half the world our age – and some of yours too of course” (they look at each other and giggle, but nicely) “goes out on Fridays and drinks and has fun and forgets work and the world. And it’s our last night, so you bet we’re going to make the most of it. See you later.”

They short-skirted, tight-topped, and high-heeled their way over to Fred and Mo’s table, where much cheek-pecking and smiling was to be seen by Steven the observer.

The girls ordered white wine and there followed more chinking of glasses, cheers, santés, amusing cross-linguistic confusions, and uber-compliments on the girls’ ‘stunning’ outfits.

“You know,” said one of the girls, the blonde (the other was a brunette) “we don’t even know each other’s names. Well, I’m Penny, but all my friends call me Pens. And this is Chloë, but everybody calls her Clo. So we’re Pens and Clo. Nice to meet you, kind sirs!”

“And we’re Fred and Mo” said Fred.

“Now that’s cheating, that must be your short names. What’s your real names?”

“Well, I’m Frédéric and this is Mohammed.”

The boys smiled.

The girls didn’t.

Pause.

Clo: “So you’re, like, a Muslim then?”

Mo: “Yes, but I don’t practise much, just the basics – occasional Friday prayers with my dad, and Ramadan. That’s a pain, especially in summer when we were kids.”

Pens: “And you’re from?”

Mo: “My dad’s Algerian and my mum’s half-French, half-Algerian”.

Clo: “Ah, so your mum’s not a Muslim then?”

Mo: “Yes she is. She converted after she married my dad”.

Pens: “I guess that’s why you don’t look too much …”

Mo: “Like an Arab?”

 

Happy Hour was one of the more brilliant of the American components of the Consumer Society – sell as much of your product as possible, and always more than your customer needs. In the old days in the US, between five and six o’clock, all drinks would be half-price. It was after work. People took advantage, drank more than they should (Half-Price!) and after the end of the hour, they just continued drinking. Couldn’t stop. And ate. Burgers and fries and ribs and steaks. And left at one in the morning blind drunk and a couple of hundred dollars lighter than when they went in.

Since then, it’s become a global institution (how well we’ve learned) so bars from Alaska to Australia have Happy Hours, starting and ending at any times the owner decides.

 

‘Le Shakespeare’ was packed. Luckily, it was a balmy night for November and the oversflow spilled out into the street (where they could also smoke …).

Happy Hour (Half-Price 7:30pm to 9:30pm Fridays!) was over, but it had had its desired effect. The party was in full swing – inside and out – with noise, laughter, swearing, shouting – a good old normal Friday night. The TV in the bar was one of those mega-Samsungs that you could almost see 50 metres away, and faced out into The Arena and towards the door. It was always on – either football (in the week), or MTV (at weekends) and music videos were blasting out in Full HD, Mega-Pixel, Double-Dolby Surround Sound. If 3D live had existed the owners would have had that too.

 

Slightly squashed by now at his table, and no longer able to see ‘his’ boys and girls, Steven was drinking his latest margarita and taking notes. But the noise was getting too loud for him and he was slipping into one of his ‘states’. He could feel it. His obsessive micro-detail knowledge of the First World War would start filling his mind with the unbearable images, the uncountable numbers, the horror – and take over until he could find some calm again. He started panicking, trapped as he was in all these people, all this noise. He stood up to get out, but was hemmed in, couldn’t move, everybody pressing harder and harder, laughing and shouting, louder and louder. He had to get out. Now.

Suddenly MTV stopped. The music stopped. The picture stopped. A big “BREAKING NEWS” banner came on. Bright red.

Then he heard firing, turned his head, and saw two young men in black with assault rifles pushing calmly through the crowd and firing at anybody and everybody. Laughter and shouting became screams of panic, pain, hysteria, as people fell, tried to hide, run, got stuck in jammed crowds, were trodden on. He saw two waitresses shot in the head and chest, blood exploding onto their black uniforms as they crumpled into the crowd. He saw Mo and Pens blasted off their bar stools by a sustained round of automatic fire, blood squirting out of their chests and onto Fred and Clo as they fell. And then Fred and Clo went down as the gunman did a reverse sweep. The man lobbed a grenade behind the bar. Smashed bottles, glasses, arms and unidentifiable body parts still wearing their bloody clothes flew into the air like multicoloured fireworks. The gunfire, screaming and moaning were unbearable. His head was about to explode.

So far he had been lucky because the gunmen had started at the right and middle of The Arena, and he was on the left. But now the shooting was aimed at his side. Two young women fell onto his table, their blood running over the edge, or soaked up by his serviettes until they too filled and poured their contents onto the floor. One of the women fell onto his wine glass and the jagged edge in her neck started a rivulet of blood which trickled across the table and joined the river in flood. He was transfixed by nature in death.

But then he heard more firing, much closer, and he clambered under his table, slipping in the blood, and rolled himself into a ball. Through a small gap between dangling arms, table legs, and a curtain of dripping blood beads, he saw the two gunmen turn and leave, shooting into the street. By now most of those outside had run away in panic and fear. He heard sirens. He could just about see the men get into a black car and drive away, not even at speed, but just as if it was part of a day’s work.

 

The TV was on. The bar was silent. He opened his eyes and he was on his seat at his table. He looked around, shaking. There was no blood, no dead people, no injured, no chaos. Just a bar full of people watching the TV in silence.

Images of streets in Paris, bars, blood, people being treated by ambulance crews, police cars, fire trucks, screams, weeping – all in Full HD, Mega-Pixel, and Double-Dolby Surround Sound.

“For those who have just joined us, there has been a coordinated terrorist attack on a series of targets in Paris. An attempt was made to attack the Stade de France, where the President of the Republic was watching a friendly match against Germany, but the three suicide bombers failed to gain entry and set off their explosive belts outside, killing themselves and one bystander.

In the centre of Paris, several attacks have taken place in and outside cafés and restaurants in the 10th and 11th arrondissements. The attacks appear to have been well planned and coordinated. The terrorists have left these scenes, but we are getting news of a major attack at the Bataclan Theatre where a rock concert is in progress. We have no figures yet for the number of dead and wounded, but first estimates are in the hundreds. We will keep you up-to-date as … .”

Steven looked at the blood and victims in Full HD and Mega-Pixel. All the pictures he had seen and collected from the First World War had been photos in black-&-white or sepia, moments of pain, dying, post-death, and extreme hardship and despair. Now he was looking in real time at real blood, dark crimson blood running out of people onto their faces, their clothes, the street, their carers. It was a major shock. Like all of his generation he had never had to join the army, go to war and see it at first hand. Because this was war, just like all the others before it, big and small. It didn’t matter that it wasn’t soldiers against soldiers. Civilians had been the targets of military and ideological aggression thousands of times in thousands of years.

 

The bar was beginning to stir. People were in shock, but were starting to talk. And they talked about two things.

Nobody ever imagined that such cold-blooded attacks on innocent civilians could happen on a fun Friday night in bars in Paris. This was much too near home. It was home.

According to the first eyewitness reports, the attackers, none of whom were wearing masks, were “of North African origin”. That meant Moroccan, Algerian or Tunisian. A powder-keg of public opinion and national politics was about to be lit, and who knew who it would take with it when it blew?

 

Over at the bar table of Fred and Mo, of Pens and Clo, there was an embarrassed silence. They had all been instantly sobered up by the news. The Friday night routine, the booze and mating ritual had been destroyed. If their waitress had dropped dead while serving their drinks it couldn’t have been worse.

It was Pens who dared to say it.

“Do all you guys think like that? Do you secretely plan killing people like us when you’re hanging around street corners or meeting after the Mosque?” Addressed to Mohammed, obviously.

There was no clear, unambiguous, understandable answer he could give to these girls. And even if he did, even if he could, they wouldn’t understand. They were no rocket scientists, that much had become clear during the first couple of hours of the evening. So what was the point? After what he’d seen on TV, and how it had affected him in more ways than any of them could understand, even Fred, he was certainly not ready to take on a couple of dumb racists, however pretty they were, however lovely they looked in their outfits.

Mo glanced across at Fred, who nodded slightly, and they both got down from their bar stools, gave the girls a couple of pecks on the cheek, said goodnight, and left.

Their last bus left in 10 minutes. With a bit of luck they’d catch it.

 

 

Steven ordered an espresso and a whiskey.

His mind wandered through the backstreets of time and came to Wilfred Owen’s door. Who else? He rang the bell.

“You know that phrase you got from Horace, Wilfred, in 1917, “Dulce et decorum est, pro patria mori”? And used it in the poem? You were the first one to call it “The Old Lie”.

Wilfred was silent, listening.

“Well, you didn’t go far enough, you see. So, with all due respect to your good self, and to Horace of course, I’ve come up with my own version for today’s world. Do you want to hear it?”

Wilfred remained silent, but tilted his head to one side in what Steven took for curiosity. And he smiled the smile of the dead, who know either everything or nothing.

 

Dulce et decorum est, pro patria, fide, doctrina, potestate, religio mori.

It is sweet and right to die for a country, a faith, an ideology, power, religion.

 

That’s it. That’s the key, the big mistake they’ve made down the years, all of them. Pro patria mori means to die for a country, not your country. Not necessarily. It includes everybody – the victims, the civilians, everybody! So it’s bullshit, Wilfred. Just like you said when you first turned it on its head. Especially when it’s not your country or faith or ideology or religion. It gives the killer a reason, or maybe just an excuse. But for the killed it is NOT sweet and right to die for somebody else’s country or faith or ideology or power or religion. It is WRONG, Wilfred. And it is WRONG to kill yourself and take hundreds of others with you. Just as it was WRONG for those incompetent imbeciles to send you and your millions of comrades to your deaths. They didn’t have you killed for their country, they killed you for their ideology.

It’s time to teach a bit of Latin revisionism to the warriors, foreign policymakers, splinter groups, industrial-military-complexers, Zionists, state-funded death squads, special ops teams, drone drivers, Jihadists, school killers, private terror groups, state terror militia … and the terrified children who need to grow up knowing what words really mean so they can use them as their weapons.”

 

Steven was seriously beginning to fade, his voice dwindling to a whisper.

“I’ll talk to Fred about it. Fit well into his studies. Sure Mo will come on board too. Bright lad. Just needs a bit of help. … You couldn’t have known, Wilfred. War, its offspring, its sub-species are seen by billions now. In real time. In colour. One gunman with an assault rifle and intent is seen by millions more people than a million riflemen with somebody else’s intent 100 years ago. When you died. Friend of mine studying it. “Death in a digital world – re-defining war in the internet age.” Good, that. Just thought of it. Must be the whiskey. Remind me to tell Fred … .”

 

He put his head on his arms and fell asleep.

Wilfred reached over, gently took off Steven’s glasses and put them in his pocket, so they wouldn’t break.

He watched over him a little while, then went back inside and closed the door.

Partager