« Ethan Storm, le porte-parole de la Ligue Porneia, se refuse encore à tout commentaire. Il est toujours impossible d’affirmer avec certitude que les actionneurs qui ont fait la une ces dernières semaines sont membres de la Ligue. »

— Roh, ces putains d’actionneurs ! On va en entendre parler encore longtemps ?

Phil changea de chaîne, jusqu’à tomber sur la rediffusion d’un match de baseball. Suzan restait silencieuse. Elle ne savait qu’en penser. Elle n’était pas née à l’époque de l’adoption du décret de 12. Elle n’avait donc pas connu l’avant. Les actionneurs soulevaient le lourd couvercle posé par le décret. Ça la titillait, elle n’était pas certaine de comprendre pourquoi. Elle aurait voulu en parler à Phil. Ça n’était sans doute pas une bonne idée.

*

« Je trouve cela révoltant ! Comment ces gens… ces… ces… ces monstres ont-ils osé concevoir une… une chose pareille ? Et l’exposer à la vue de tous ! Je n’ose même pas imaginer tous les pauvres enfants qui auront vu cette atrocité avant que les services de la ville ne l’éliminent. »

*

Ethan raccrocha. C’était un mécène de plus, qui tenait à soutenir leur cause, discrètement. C’était le cinquante-troisième depuis le début des actions ouvertes de la Ligue. Il ne s’attendait pas à un tel résultat ; ça l’attristait de devoir recourir à de tels procédés. Il avait connu l’avant décret de 12 ; il savait ce qu’ils rataient, depuis. Il savait aussi pourquoi ce décret avait été conçu et adopté, et le soutien inconditionnel qu’une vaste majorité de la population lui apportait, pour tant de raisons. Par moments, il se demandait si ces actions étaient le meilleur moyen de procéder. Quand il voyait leur impact, il ravalait ses scrupules. « La fin justifie les moyens », sempiternelle devise des causes désespérées.

*

« Je ne comprends pas ce qu’ils cherchent à faire, ces actionneurs — c’est comme ça qu’ils se font appeler, c’est ça ? Qu’est-ce que ça leur rapporte de montrer un truc pareil ? Ils veulent juste que tout le monde les déteste, c’est ça ? Franchement, une sorte de Bibendum pornographique, franchement. C’est même pas beau. Ils veulent juste faire parler d’eux, c’est ça ? »

*

Ce n’était jamais vraiment la routine ; chaque action était différente. Abigail commençait pourtant à prendre ses marques. Il/elle (1)avait été formé(e), modelé(e), comme tou(te)s les autres, par les meilleur(e)s de la Ligue.

C’était plus qu’utile. Les actions nécessitaient une maîtrise de chaque mot, chaque geste, chaque élément de la chimie corporelle. Le plus surprenant pour Abigail, c’était à quel point tout se passait la plupart du temps comme sur des roulettes. Sa cible précédente, par exemple. La Ligue tentait de s’approcher des postes clés. Cette fois-là, ça avait été le directeur d’un centre Philia-Gama ; l’objectif était d’influencer le processus d’embauche des médecins-contrôle Philia, pour avoir un rayon d’action plus large. C’était critique. C’était la raison pour laquelle on avait envoyé Abby. Ille avait accompli sa mission. Le directeur ne pourrait pas du jour au lendemain engager n’importe qui n’importe comment, bien sûr. Il avait néanmoins été sensible aux arguments de l’actionneur/se. Il sonderait discrètement les — délicates — convictions des candidats en matière de procréation, leurs réactions au décret de 12. Il laisserait entendre au personnel identifié comme pro-Ligue que les ordonnances pouvaient être distribuées plus généreusement, et les contrôles être moins fréquents, voire fictifs. Une belle pièce de plus sur l’échiquier. Abby étudiait déjà attentivement le prochain dossier : la fille de Ron Sanders, un sénateur qui menait une croisade anti-Ligue. Un coup très risqué, qui pourrait aussi bien ébranler le système Philia-Gama sur ses bases que mettre en danger toute la Ligue. Ça ne faisait pas peur à Abigail. Au contraire, ça l’excitait. C’était parfait pour sa mission.

*

« Leur action est critiquable, certes. Je ne suis pas partisan de l’envahissement de l’espace public par des installations. Le Street Art est par essence en bordure de la légalité. Cette dimension le rend intéressant au-delà même de la démarche artistique. À moins qu’elle n’en fasse partie ? Leur dernière réalisation a le mérite d’être tout à fait cohérente avec leur idéologie, tout en proposant au regard du plus grand nombre une œuvre à l’esthétique aboutie qui questionne. De la pornographie, vous dites ? Ah, tiens, je ne voyais pas cela sous cet angle. J’y percevais plutôt une métaphore onirique de la sensualité qui nous habite tous, qu’on le veuille ou non. »

*

Suzan le faisait sans conviction. C’était leur ordonnance trimestrielle. Elle avait attendu le plus tard possible pour l’utiliser. Ils avaient été contrôlés plusieurs fois depuis la dernière. Ils étaient réglo. Suzan ne voulait pas d’ennuis. Phil encore moins, même si parfois il manifestait l’envie de le faire plus souvent. Cette fois-ci, Suzan était au-dessus. Phil était ravi. Suzan le faisait pour terminer plus vite. On sonna. Encore un contrôle, sans doute. Suzan s’arrêta, descendit du lit, enfila un peignoir et alla ouvrir. Un contrôle, en effet. Deux hommes seulement, le médecin et l’assistant de sécurité.

— Bonsoir, Docteur.

— Bonsoir, Madame… Boyle. Contrôle Philia-Gama.

— Suivez-moi. Vous buvez quelque chose ?

— Sans façon, la soirée est chargée. Pouvez-vous me montrer la chambre, s’il vous plaît ?

Suzan les précéda dans la chambre conjugale. L’assistant resta à la porte, qu’il ferma derrière le médecin. Phil était dans le lit, les draps remontés jusqu’au haut du torse, par réflexe.

— Bonsoir, Docteur.

— Bonsoir, Monsieur Boyle. Pourrais-je avoir votre ordonnance ?

Phil sortit le papier d’un tiroir de la table de chevet.

— Très bien.

Il cacheta l’ordonnance et la glissa dans son carnet.

— Puis-je vous inspecter, Madame ?

Suzan écarta les pans de son peignoir. Phil détourna la tête. Le médecin commença à inspecter. Le médecin eut fini après quelques minutes. Suzan referma son peignoir, sans un mot.

— Monsieur ?

Phil lâcha le drap, se leva et se plaça face à l’homme, qui remplit son office. Cela ne dura pas plus d’une minute. Phil resta debout, les bras ballants. Le médecin prit quelques notes dans son carnet, les regarda tous les deux en souriant.

— Parfait. Tout m’a l’air en ordre.

Il tendit à Phil un feuillet de papier.

— Voici votre ordonnance pour le prochain trimestre. Pas de remarque à formuler ? Les modalités vous conviennent ?

Phil ouvrit la bouche, se ravisa, ouvrit la bouche à nouveau.

— Tout est très bien, Docteur. Suzan et moi sommes ravis.

— Très bien. Dans ce cas, je vous laisse. De ce que j’ai vu, vous pouvez encore pratiquer quelques minutes pour cette fois-ci. Pas d’excès, hein ? Ne me raccompagnez pas, je connais le chemin. Bonne fin de journée.

— Bonne fin de journée, Docteur.

La porte s’ouvrit, le médecin sortit, la porte se ferma. Suzan et Phil se regardèrent. Phil se coucha sur le lit et fit signe à Suzan de le rejoindre. Suzan hésita un moment, puis fit tomber son peignoir et rejoignit Phil. Encore quelques minutes.

*

« C’était une de ces nouvelles publicités géantes en trois dimensions. Je vous avoue que je n’avais pas bien compris pour quoi. Je ne suis plus très au goût du jour. Ce n’en est pas une, alors ? C’est un artiste contemporain qui a fait ça ? Les actionneurs ? Encore eux ! »

*

Abigail leva à peine le menton, faisant légèrement pivoter son cou vers la droite dans le même mouvement. Comme on le lui avait appris ; comme ille l’avait expérimenté maintes fois. Ille fixait Gwen en souriant.

— C’est génial, ton boulot !

— Oui, j’aime beaucoup. J’ai de la chance que mon père m’ait trouvé le poste.

— Oh, je suis sûr (2) que ton père n’a rien à voir dans l’histoire. Tu as tout ce qu’il faut pour l’emploi.

— Merci.

Gwen rougit. Très peu. Assez pour qu’Abby le remarque ; ille était entraîné(e).

— Tu ne me crois pas ?

— Si, si. Non. Enfin… Mon père m’a dit qu’il avait appelé le président de la chaîne.

— C’est normal que ton père ait voulu mettre toutes les chances du côté de sa petite fille adorée. Il n’empêche que je suis persuadé que ça n’était pas nécessaire.

Abigail avança le tronc, entrouvrit la bouche. Gwen ne bougeait pas. Son sourire restait figé. Ses yeux se plissèrent légèrement. Abby y perçut une étincelle. Ille tendit le bras, toucha la main de Gwen, qui frémit, mais resta en place.

— Je…

Abby pressa ses lèvres contre celles de Gwen. Un nouveau tressaillement. Les bouches s’ouvrirent, doucement. Abby poussa la langue, qui toucha les dents de Gwen. Le reste s’enchaîna rapidement. Main sur la joue, dans la nuque. Attire, presse, suit, courbe. Souffles, langues, tendues, tirées, glissées. Peau, mains, chaleur, tissu, duvet, moiteur. Gwen était maintenant nue, étendue au sol, haletante. Abby était à genoux au-dessus d’elle, torse musclé, plat et nu. La porte de la pièce s’ouvrit. Abby sursauta. Ce n’était pas prévu. Gwen était seule tous les jeudis après-midi dans l’appartement du couple. Son compagnon ne rentrait qu’entre 19 h 20 et 20 h 30. Il était 18 h 42. Ille se redressa, attrapant sa veste d’un geste et la revêtant tandis qu’ille se levait. C’était bien Stan Getz, le compagnon de Gwen. Abby passa en revue les alternatives possibles. Imprévu. Repli stratégique. La seule issue était barrée par Getz. Baraqué ; le combat n’était pas une option. Baratin ou mutisme ? Attendre les réactions. Getz était surpris. Normal. En colère. Normal. Gwen était encore à moitié en extase, surprise, aussi. Abby n’était pas rassuré(e). La surprise de Gwen était mêlée à de la panique. Mauvaises perspectives. Gwen parla la première.

— Je ne le connais pas, chéri, je te jure !

Elle dit cela en se levant, puis tenta de se rhabiller, maladroitement, en trombe. Abby la savait stupide ; ille n’avait pas imaginé qu’elle l’était autant, et qu’elle était si lâche. Getz était maintenant pivoine. Il brandit un poing serré.

— Qu’est-ce que tu fous là, toi ? T’es qui ? Écarte-toi de Gwen ou je te fracasse le crâne !

Abby recula.

— Gwen m’a invité à…

— Il ment, chéri ! Il m’a forcée à…

— Vos gueules, tous les deux ! Gwen, habille-toi ! Toi, je veux ton nom. Et tu bouges pas.

— Ronald Wells. Je…

— Ta gueule ! Tu bouges pas et tu la fermes !

Getz sortit son téléphone de son étui, composa un numéro.

— Allô. Je voudrais rapporter une intrusion avec tentative de rapport charnel non autorisé. Oui. Sur la personne de Gwen Sanders, la fille du sénateur Ron Sanders. Non, je suis son compagnon. On habite ensemble au 4020 de la 5e avenue, appartement 1201. C’est là qu’a eu lieu l’intrusion. Oui, l’agresseur est toujours là, un certain Ronald Wells. Je ne crois pas qu’il soit armé. Non, je n’en sais rien. Faites vite, sinon je vais salement l’amocher.

Abby n’avait pas d’arme. La mission n’en réclamait pas. Ça ne pouvait pas déraper. Un grain de sable. Ille espérait encore s’échapper avant l’arrivée de la police. Ille fit mine de s’effondrer en larmes. Aucune réaction chez Getz ; il restait crispé, un poing tendu, son regard passant de Gwen, qui se débattait encore avec ses vêtements, à Abby au sol, en sanglots. Ille tenta le tout pour le tout. Ille bondit et fonça tête la première vers la porte. Getz ne se laissa pas surprendre. Il abattit son poing sur la furie, toucha Abigail de plein fouet sur le côté du crâne. Ille s’effondra, sous le choc et la douleur. Son oreille commença à saigner.

— Sale con, tu bousilles mon tapis, en plus !

Getz s’approcha et décocha un coup de pied dans le thorax d’Abby. Ille poussa un râle, tenta de reprendre son souffle, et s’évanouit.

*

« Sans commentaires. »

*

Abigail était menotté(e) à une chaise, les bras dans le dos. Le sénateur Sanders arpentait rageusement la pièce. L’inspecteur Thompson était assis face à Abigail, de l’autre côté d’un bureau.

— Calmez-vous, sénateur. Vous voyez bien que vous n’en tirerez rien comme ça.

— Vous allez voir si je ne vais rien en tirer ! Cette atrocité a touché à ma fille. Elle n’en sortira pas indemne, et elle crachera le morceau.

— Sénateur, s’il vous plaît. Vous êtes dans un poste de police. Je veux bien fermer les yeux sur certaines de vos pratiques, mais évitez de me les mettre sous le nez.

Le sénateur s’arrêta net, se tourna vers le policier.

— Ne me parlez pas sur ce ton, Thompson. Votre carrière peut s’arrêter du jour au lendemain. Mes pratiques, elles vous concernent aussi, mettez-vous cela dans le crâne.

Thompson fit mine de ne pas avoir entendu.

— Ronald, vous ne rendez de service à personne en vous taisant de la sorte. Vous avez été pris sur le fait. Vous pourriez alléger votre peine en nous expliquant pour le compte de qui vous agissez. Si vous êtes un pion, le cerveau paiera pour vous.

Abby restait muet(te). Le sénateur aboya.

— Dis-nous qui est le fils de pute qui a manigancé tout ça. C’est Storm, hein ? Tu es une créature de la Ligue ? Qu’est-ce que vous cherchez à faire ? Vous croyez pouvoir m’atteindre ?

— Sénateur… Ronald, vous savez que vous parlerez un jour ou l’autre. Épargnez-vous de longues procédures douloureuses.

Abby restait muet(te). Le cirque dura un temps indéterminable. Les cris et les mots s’enchaînaient. Ille était loin ; on lui avait appris à se retirer dans des cas comme celui-ci. Ille attendait que ça se termine ; ça se terminait toujours. Ille vit du coin de l’œil la porte s’ouvrir, une personne entrer dans la pièce, s’approcher. Ille connaissait cette personne, son esprit le lui indiqua, au loin. Un visage se détacha, familier.

— Ethan !

Le sénateur lui tomba dessus.

— Storm ! Votre présence est un aveu ! Thompson, foutez-le au trou !

— Storm, que faites-vous ici ? Nous sommes en interrogatoire.

— Je viens disculper votre suspect.

— Ah, vous avouez ! C’est encore la Ligue qui est derrière ces effroyables manigances ! C’est vous aussi, cette putain de sculpture gonflable où on me voit faire une saloperie ?

— Sénateur Sanders, s’il vous plaît. Storm, veuillez sortir. Nous terminons d’interroger Monsieur Wells ici présent et nous nous occuperons de vous ensuite, si vous avez des pièces à verser au dossier.

— Monsieur Wells n’a rien à dire de plus que ce qu’il vous a déjà dit. Laissez-le partir, je vous livrerai ce qui vous intéresse.

— Qu’en savez-vous ?

— Il est coupable, foutez-le au trou une bonne fois pour toutes !

— Sénateur ! Storm, que savez-vous du motif de l’interrogatoire de Monsieur Wells ?

— C’est moi qui ai organisé l’opération.

— Ethan !

Storm regarda Abigail, froidement. Abby perçut un éclair de tristesse. Ethan fit un geste péremptoire de la main.

— Monsieur Wells, la Ligue vous remercie pour vos convictions et s’excuse de vous avoir mis dans une si vilaine position. Je m’occupe de vous en sortir. Inspecteur, est-il possible de libérer Monsieur Wells sous caution ? Quelle est la charge retenue contre lui ?

— Intrusion dans un domicile privé. Tentative de rapport charnel non autorisé sans consentement mutuel. Oui, une liberté sous caution est possible ; ça va vous coûter cher.

— Peu importe le prix. Monsieur Wells n’est pas responsable de la situation.

— Un peu trop facile, ça, Storm ! relança le sénateur. Thompson, ils doivent tomber tous les deux, pas question de caution ! Ils tomberont, un point c’est tout. Et toute la Ligue avec eux !

— Sénateur, j’appliquerai la loi. Il y a eu délit. Le ou les coupables seront punis, ne vous en inquiétez pas.

— Oh que si, je m’en inquiète. Cette justice laxiste laisserait même cette merde sortir contre remboursement ! Hors de question !

L’inspecteur continua à essayer de tempérer Sanders. Storm lançait des regards à Abby. Tristesse, peur. Ille ne pipait mot ; ille ne savait que penser de l’intervention d’Ethan. On lui avait appris à se taire. Ille aurait tenu le temps qu’il fallait, puis serait sorti(e). Ethan avait tout chamboulé. À cause de leurs sentiments ? On lui avait appris que la mission était plus importante ; Ethan le lui avait appris. Et il était là. Tout était chamboulé. Le sénateur hurla.

— Ça ne se passera pas comme ça !

Thompson fit un signe. La porte s’ouvrit. Sanders sortit de la pièce sans se retourner. On referma la porte derrière lui. Thompson se tourna vers Ethan.

— Vous avez mis les pieds dans un sacré plat, Storm.

— C’était un risque à prendre.

— C’est vous qui le dites. Vous allez me raconter tout cela.

— Tout ce que vous voulez, inspecteur.

*

« Waw, je kiffe grave ! Trop bien la pipe ! On reconnaît super-bien le sénateur Sanders. Et le trans qui se fait sucer, de la bombe ! Nichons classe et bite de tueur. Les actionneurs, moi je dis oui ! »

*

« On nous confirme que le corps d’Ethan Storm, porte-parole de la Ligue Porneia, a été retrouvé carbonisé dans les restes de son logement, qui a pris feu la nuit passée. Les pompiers qui ont exploré le site après l’incendie dévastateur y ont découvert Monsieur Storm dans son lit en compagnie d’un multigenre dont l’identité est encore inconnue. Il est impossible de dire à l’heure actuelle si l’incendie est d’origine criminelle. Ethan Storm avait récemment été interrogé suite à une plainte du sénateur Sanders. L’inspecteur Thompson, responsable du dossier, se refuse à tout commentaire. Sports, maintenant. »

— Ah, ben ça risque de les faire taire un bon moment, ces fauteurs de trouble ! Ça leur fera les pieds.

Suzan ne savait qu’en penser. Elle sentait comme un pincement au cœur, sans bien comprendre pourquoi. Elle repensa à la sculpture subversive du sénateur, qu’ils avaient pu voir brièvement avant qu’on la démantibule. Elle repensa aux discours de Storm sur le décret de 12, sur la liberté d’aimer, sur les bienfaits de l’amour physique. Elle repensa à leur ordonnance trimestrielle, aux envies de Phil, aux siennes. Elle soupira. Phil regardait attentivement les extraits du match de la veille, s’égayant par moments. Suzan l’observa. Elle aurait voulu parler de tout cela avec lui. Ce n’était sans doute pas une bonne idée.

1 Pour faciliter la lecture, l’auteur utilisera dans la suite du texte « ille » comme pronom de genre multiple, en remplacement de « il/elle ».

2 Abigail arbore à ce moment une identité de genre mâle, qu’ille expose dans son discours.

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