Notre Dame de Bruxelles et d’ailleurs

Monique Thomassettie,

aux tendres,

empathiques et douloureux

portraits par James Ensor

de son père

 

Notre Dame de Bruxelles et d’ailleurs

reçoit d’Ensor le Christ

chevauchant l’âne poète

qui « réfléchit toujours » *

 

Portant l’amour du monde

ce poète à tous les temps

sous son bonnet conjugue

des verbes faits chair

 

Si je dis nous

mon discours malgré moi

reste non éprouvé

Ma propre réalité

souvent trouve et rejoint

des pluriels ignorés

Ainsi pense un poète

solitaire et au « cœur ulcéré » *

 

Mais le poète va

 

Aux chemins des carrefours

il ajoute celui

vertical s’élevant

du milieu tel un orgue

fugue qui sans la fuir

doit quitter cette terre

pour retrouver l’Espace

le « ciel bleu » *

foncé ou clair

 

Aussi le chemin

descend en elle

« dans l’ombre » * lumineuse

vers les états de grâce

où le poète sait

 

Puis de la terre il en sort

radouci et plus fort

avec sur le dos

un nouveau poids d’humus

aux germinations inquiètes :

la fête

fleurira-t-elle pour tous ?

 

Mais l’âne portait Jésus

Jésus portait la croix

et « le chemin en fleurs » *

les portait au milieu de la foule

 

Donc à Bruxelles ils entrent

Enfin s’arrêtent sur la place

qui rayonne ses multiples branches

Étoile descendue

 

Miracle :

Le Christ est nouveau-né

réchauffé sous l’haleine de l’âne

la laine de Notre Dame

tandis que James et Jammes

offrent l’or

de leur art

 

 

* Francis Jammes

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