Ils venaient de quitter leur chambre habituelle, au deuxième étage, la plus spacieuse, la plus chère aussi, celle que Paola préférait, avec les statuettes kitsch, les grands miroirs et la cabine de douche, et se dirigeaient vers l’escalier lorsque leur parvint un bruit dont l’origine ne laissait aucun doute.

Il provenait de la chambre 9.

Là, derrière la porte, une femme gémissait. Lire la suite


Depuis combien de temps sommes-nous là ? Assis sur ce banc, à l’ombre d’un platane. Tous les deux, je devrais dire tous les trois car c’est lui qui prend le plus de place, il prend même toute la place. Nous nous taisons. Tôt ou tard l’un de nous se jettera à l’eau, mais le moment n’est pas encore venu.

De l’autre côté de l’allée, une petite fille joue au yo-yo, son frère fait des allers et retours à trottinette, leur mère lit sur un pliant. Revoici le jogger fou. Un instant je le suis des yeux. À chaque tour, son maillot est plus trempé mais, depuis qu’il passe et repasse devant nous, sa trajectoire n’a pas varié d’un millimètre, pas plus que son allure n’a faibli, à croire qu’il court sur des rails. Lire la suite



Clément arriva sur le tournage en début de soirée, alors que la grande manifestation venait de s’achever. Il faisait encore chaud, une chaleur lumineuse, pleine de senteurs, et dans le ciel qui commençait doucement à pâlir s’élevaient des milliers, des dizaines de milliers de ballons rouges et blancs. Clément avait en poche une lettre recommandée dont il avait accusé réception le matin même et qu’il n’avait pas décachetée. Comme il sortait de sa voiture, il y repensa. L’ennui, se força-t-il à prononcer, c’est que je n’aime pas boire. Lire la suite


Émile regardait son fils Bert et il se demandait ce qui ne marchait pas dans la tête de son grand gars. Le jeune homme était vautré de tout son long dans un fauteuil, jambes croisées aux pieds. Cela durait depuis des heures maintenant, des jours, des semaines… Des mois… Chaque fois qu’Émile rentrait du travail, il le trouvait dans la même posture, comme si Bert et le fauteuil ne faisaient plus qu’un. Bonjour Bert, comment ça va, tu as passé une bonne journée ?, mais Bert ne bougeait pas d’un millimètre, les yeux sans vie de Bert continuaient à fixer Dieu sait quoi, et, sous l’éclairage du lampadaire, le visage imberbe de Bert ressemblait de plus en plus à un poing fermé. Lire la suite