Après une tranche de vie 7h-15h dévolue quotidiennement à la création solitaire, Frédéric, la quarantaine confortable, traverse la rue, gagne son deuxième bureau et ce job étudiant prolongé, un coup de foudre pour un microcosme et des horaires, s’immerge dans la matière humaine.

Vers 15h30, il monte l’allée en zigzag qui mène au bâtiment scolaire centenaire lové dans l’angle d’un plateau arboré. Avec plaisir, toujours. Ah, il aperçoit Juliette, la douzaine d’années blonde et azur, et son père, une sorte de hippie BCBG descendant le pan supérieur du Z. Lire la suite


À Arnaud de la Croix

Phil : HALLYDAY MANIA, STOP !

Amaury : Tu vas te faire lyncher ! Même notre philosophe Daniel Salvatore Schiffer s’y est mis, dans Le Club de Mediapart : « Samedi, 9 décembre 2017, midi. La France s’apprête à rendre un hommage populaire, des Champs-Élysées à l’église de la Madeleine, à Johnny Hallyday, disparu à l’âge de 74 ans, emporté par un incurable cancer des poumons, trois jours plus tôt, dans la nuit du 5 au 6 décembre. » Lire la suite


Le détecteur ne m’a pas trompé. Le buste incliné vers l’extérieur, je distingue, entre les jalousies, l’essaim qui tourbillonne par-dessus ma longère normande. Après les drones…

« C’est fini, me dis-je à voix haute, j’aurai tenu dix ans. »

Dix ans. Une vie ! Car oui, tel un chat, dont j’avais le ronronnement et le coup de griffe, j’aurai eu plusieurs vies. Combien ? N’avais-je pas droit à sept vies ?

Je parle au passé. Oubliant mes devises et mon volontarisme. Ne sois pas, deviens. Sois toujours demain plus que ce que tu es aujourd’hui, qui est plus que ce que tu étais hier. Lire la suite


« Vous devez apprendre le peuple, mon jeune ami ! Savoir percevoir ses attentes, ses émotions, pouvoir lui parler, le toucher, l’emporter jusqu’au fond de votre poche ! »

Les mots de Louis-Ferdinand Sauveur carillonnent dans mon crâne à m’en éclater les tympans au moment où la foule me comprime, où je glisse sur le sol au milieu des youyous, encaisse un coup de coude en pleine mâchoire, me relève, me heurte à un buste qui passe et m’expulse. Lire la suite


J’ai quitté le Oud Gemeentehuis et me fige devant l’église Saint-Quentin, dévalant le clocher au milieu d’un essaim de corbeaux, me diluant parmi les tombes moussues du vieux cimetière, enjambant son muret circulaire d’un œil enamouré. Je pivote. Les murs blancs chaulés, les clins de bois vert ou noir. La silhouette massive du moulin aussi, à un saut de mouton de la place du village.

C’est cela, c’est exactement cela, me dis-je en savourant la douceur de l’air. Lire la suite


 

La silhouette, puissante et svelte, s’est faufilée à travers la haie qui sépare les deux propriétés, elle rampe en paracommando sur le gazon en pente, traverse les pas japonais qui mènent à une aire dallée, se redresse lentement, prudemment, en s’abritant derrière le mur de la villa.

À l’intérieur, un jeune homme d’une vingtaine d’années lit assis sur le parquet, les jambes croisées. Soudain, son corps se raidit, une sueur glacée le tétanise, il se jette en boule sous le lit, attend, écoute. Le choc, à nouveau. Si proche. Sec. Répété. On frappe à la fenêtre. Sami lève la tête. Un buste apparaît derrière l’encadrement. Qui lui sourit. Un peu cruellement. Il le reconnaît. Nizar ! Un camarade du Centre. Un type d’Alep. Comme lui.

Sami ouvre la porte. Lire la suite