Pourquoi le Français laisse-t-il pendre le bras le long de la portière de son automobile ? D’abord pour montrer qu’il n’est pas manchot, du moins à gauche (ceci sans faire de politique). Subséquemment, pour signaler qu’on est en France, pays de privilèges malgré la Révolution (ceci, non sans faire de politique).

A-t-on déjà vu un étranger, l’avant-bras pendu hors de l’habitacle de sa limousine ? Que nenni ! Car le touriste jouit de la climatisation et parcourt des milliers de kilomètres en vase clos. Tandis que le Français s’émancipe dans les courants d’air, trop satisfait de surcharger sa Citroën des mille et un plaisirs du camping-caravaning. Lire la suite


Toutes les révolutions ont secoué le joug et l’oppression, sauf la toute dernière. Qui voit les jeunes gens adorables déambuler le long des avenues équipés d’oreilles technologiques.

Ces prothèses sont des éclats d’obus ; leurs saccades tirent au bazooka dans la tête.

Libre ?

Est-ce liberté de déambuler en autiste ? Lire la suite


Frontière linguistique, identité et substrat flamands dans l’œuvre de Gaston Mairette, tel était le titre de ma thèse universitaire. Suis-je assez clair à ce stade de mon questionnement ? Il me semble que je décolle comme un hélicoptère sans rien maîtriser des commandes. Disons que Gaston Mairette était ma sagesse et mon goût artistique ; tout ce qui touchait de près ou de loin au grand homme me touchait aussi. En lui, je saluais l’athlète de la forme et le chirurgien du concept, et j’admirais ses bonds au-dessus de l’abîme, opérés à l’instar des géants de l’art contemporain. Je veux parler de cette déconstruction du monde au profit d’une création inscrite dans un désir dont les pales et autres hélices jettent le soupçon sur l’acte même de peindre ou de sculpter.

Pour être plus précis, au terme de longs mois dans la poussière des bibliothèques, ce qui hantait mes heures d’insomnie et de bavardage au coin du bar, c’était toute cette problématique autour du refus de la peinture au profit du pot de colle. Lire la suite


La poubelle accepte tout, au contraire de l’homme. Qui pratique le tri sélectif, y compris dans les miracles de la vie. On ne s’étonnera pas que l’homme soit si seul et si vide. C’est la revanche de la poubelle de ne l’être jamais. Un rien la comble, tout la déride.

Un mégot, un programme télé : à lui seul, ce conclave libère une fumée vaticane.

C’est un moment intime, à l’abri des regards, et d’une portée si mystérieusement commune qu’on dirait de la religion. Lire la suite


Le guide touristique a plus d’un tour dans son sac. Contrairement au mari, il reste toujours vert. Mieux : c’est un objet facile à manipuler. Il brille par son savoir, déroule des phrases limpides comme un ruisseau, s’illustre par des schémas d’un génie tout militaire. À se demander s’il faut vraiment partir en vacances. Plus la peine de boucler ses valises, ni sa ceinture dans l’avion. Monsieur et madame posés dans le fauteuil, au salon, devant un verre d’exotisme et des amuse-gueules de saison. Chacun ouvre son exemplaire en soupirant d’aise et se plonge dans la lecture. Les panoramas dévoilent leurs villages de nains. Les cathédrales exposent leur profil doublement masculin. Les torrents déversent la petite histoire dans la grande qui se répand dans la Meuse, puis dans l’oubli.

Monsieur se demande comment leur couple a pu vivre si longtemps en ne sachant pas. Lire la suite


Le Belge n’a pas de brique dans le ventre, tout juste une pierre à la vésicule. Il la conserve précieusement dans un flacon. C’est la preuve qu’il a vécu comme un homme. D’abord pour se maçonner l’organe, ensuite pour se l’arracher du ventre, enfin pour en parler le reste de sa vie.

Parler est le propre de l’homme, les statistiques le démontrent.

Elles démontrent surtout qu’il se trouve en Flandre moins de pierres aux reins et davantage de briques. Ce côté carré tient-il à la richesse de l’eau courante ? Non point, car l’eau s’écoule en fleuves depuis la France profonde. À l’épaisseur du sable ? Point non plus, car le sable se répand sur les fonds marins où ne s’érigent que peu d’édifices en briques. Alors ? Le plat pays est un vide menacé par la mer, laquelle contient davantage de minéraux qu’une bouteille de Vichy.

C’est dire le danger d’y boire la tasse. Lire la suite


La machine à café est une vache à lait sans le fumet de la campagne. Pas de mouches tout autour, mais une nuée de fonctionnaires qui cherchent une pièce de monnaie au fond de leur poche. La vache, elle, mâche de l’herbe et fait mousser le seau. La machine, après sélection chimique, grogne et produit un jet brunâtre. Dans le pré, le jet susciterait la grimace, même chez un écologiste. Mais là, dans la salle des professeurs, les yeux cillent d’un contentement rituel tandis que les doigts réduisent la surface de contact avec le gobelet dans le but légitime d’éviter la surchauffe précédant l’incapacité de travail.

Hors de la file, sacrebleu ! File allongée par tous les candidats à l’ulcère du duodénum. Lire la suite