Poutine s’en voulait. Il avait le sentiment de s’être très mal tiré de son entretien avec le roi Philippe. Il croyait avoir si soigneusement préparé cette visite. Mais tout avait foiré. Il aurait mieux fait de s’inspirer de Staline qui obligeait ses visiteurs à vider des bouteilles entières de vodka jusqu’à ce qu’ils roulent sous la table. Comme on lui avait dit que le roi des Belges ne touchait pas à l’alcool, il lui avait proposé de l’Ovomaltine. Mais, à voir la façon dont il tenait sa tasse, il avait compris que le roi n’avait pas apprécié son geste. Peut-être même avait-il cru qu’on se moquait de lui. Les grands hommes sont parfois si susceptibles. Le portrait du roi Léopold II qui avait été ostensiblement affiché à la Douma quand le roi Philippe avait été invité à la tribune n’avait pas eu autant l’effet espéré.

Depuis que la Belgique avait annexé la planète Mars, tout le monde se pressait à Bruxelles. Lire la suite


Il paraît que personne ne se prend plus pour Napoléon depuis au moins cinquante ans. C’est que m’a dit le docteur Rose l’autre jour à la consultation. Il avait l’air extrêmement sérieux.

Jadis, les asiles étaient encombrés de fous qui se prenaient pour Napoléon. Même en Angleterre — peut-être surtout en Angleterre. Mais la dernière guerre mondiale semble avoir mis fin à l’épidémie. Remarquez que Napoléon n’a pas été remplacé. Les quelques tentatives de ressusciter Hitler sont restées sans lendemain. Pas plus de succès pour Mussolini. Ni, bizarrement, pour Staline. Évidemment, le docteur Rose exige des patients qu’ils soient parfaitement rasés, visage, crâne. Sans un poil dès le lever. Or, comment reconnaître Staline sans sa monstrueuse moustache ? Lire la suite


L’histoire remonte à l’époque où, tu t’en souviens sans doute, une bande d’illuminés avait érigé un mur sur le rond-point Schuman, juste devant le siège de la Commission européenne. Un mur sur le modèle exact du mur des lamentations. Même disposition, même dimension, fabriqué avec les mêmes pierres importées spécialement d’Israël.

Profitant d’une nuit de pluie glacée, ils avaient travaillé sans que personne ne remarque leur manège. Avec l’aide très efficace de quelques maçons polonais (catholiques), comme l’enquête l’a montré plus tard. Lire la suite




 Cher Jerry Lewis,

Je compte parmi vos fans depuis le jour où j’ai mis les pieds pour la première fois dans un cinéma. Je vous ai toujours défendu contre mes copains qui méprisaient votre talent et se moquaient de vos grimaces, contre les  filles qui ne supportaient ni votre physique d’idiot ni votre voix de fausset (évidemment, elles se contentaient de la version française de vos films), contre les critiques et leurs sarcasmes (j’ai écrit une quarantaine de lettres de protestation dont une a même été publiée presque intégralement). J’ai encore quelque part une caisse de notes sur chacun de vos quarante-quatre films. Je les ai tous vus. De Ma Bonne Amie Irma jusqu’à Smörgastbord. Et votre silence me rend malheureux. Vingt ans déjà que vous avez déposé votre caméra (vous avez quitté la scène juste à la même époque que moi, étrange coïncidence, non?) Mais c’est fini tout ça, l’oubli, le mépris, les sarcasmes. Ecoutez ça, Jerry. J’ai un script formidable pour vous qui   marquera votre retour -et le mien. Votre consécration et un oscar pour couronner votre carrière -enfin. Il s’appelle L’Homme qui prenait le Messie pour une Lanterne. Lire la suite



Un soir, alors que je rentrais à la maison, mon fils se pré­cipita vers moi, en me demandant si j’avais vu la photo de l’autre côté de la rue. Il était si excité que je pris le temps de déposer ma serviette, d’enlever ma veste et de dénouer ma cra­vate. Quand il préparait une farce, selon un rituel immuable, le jeu consistait à accomplir les gestes routiniers pour lui donner l’impression. d’être tombé dans le panneau. Mais cette fois, Stan ne me laissa aucun répit. « Tu viens ? Tu viens ?  » Il me tira par le bras jusqu’à ce que je le suive à la fenêtre et, là, me désigna du doigt l’affichette collée sur la vitre des voisins, juste en face de nous. Elle représentait la tête d’un homme au regard désabusé qui s’efforçait de sourire à l’objectif mais, en vain. « Maman dit que c’est Johan De Brol  » me précisa mon fils, visiblement déçu de mon absence de réaction. « Alors, qu’est-ce qu’on fait, hein ? Qu’est-ce qu’on fait ? »

Manifestement, il était prêt à tout. A chercher un kalachnikov et à transformer notre rue paisible en allée des sni­pers. Son doigt fixé au bout d’un bras tendu qui ne tremblait pas me mit mal à l’aise. Lire la suite


Le jour de l’évasion de Dutroux, je traînais à la maison. C’était un jour de congé. Pendant cinq jours, nous avions fait la « longue » à l’usine, emballage et expédition des porcelaines vers la Tchéquie, comme chaque mois. Après la faillite, notre usine a été reprise par un groupe d’Europe centrale ou d’Allemagne, je ne sais pas au juste. Nos porcelaines sont désormais estampillées made in Czechia même si elles sont fabriquées entre Marche et Neufchâteau. Qui s’en plaindra ? À côté, dans les installations des anciens établissements Plissotier, on fabrique des T-shirts made in Korea. Grâce aux subventions européennes, la main-d’œuvre coûte moins dans notre zoning industriel qu’en Corée, mais les acheteurs n’ont confiance que dans l’Asie. Made in Wallonia sur un T-shirt ? Paraît que c’est invendable. La radio a annoncé vers 16h que Marc Dutroux s’est fait la malle et qu’il erre dans la région. Je suis allée dans le jardin jeter un coup d’œil, il n’y avait personne. Comme il faisait doux, je me suis installée dans la chaise longue. Mon mari m’a apporté une boîte d‘ice-tea. Et il s’est assis dans l’herbe, à côté de moi. « Qu’est-ce qu’on fait avec Dutroux au cas où… ? » il a demandé en regardant à la ronde avec un air inquiet. Lire la suite