On dirait « coquetterie », comme un lapsus pour « comédie », mais qui serait devenu principe de base.

Pour être un bon acteur, il faut pouvoir se sentir à l’aise dans les formes de la préciosité et, parfois, avoir le nombril plus près du centre.

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L’homme politique n’a plus à être éduqué, il est déjà surfait.

Et le spectateur sait d’emblée, même s’il semble l’oublier, comment le spectacle va finir. Lire la suite


Quelque chose viendrait dans la transparence, dans cet air insouciant qui enrobe le vert des végétations. Dans ces lueurs solaires qui parfois trouent la canopée pour chauffer l’humus et faire briller les couleurs des grenouilles venimeuses.

Une respiration inusitée, un souffle traversé.

*

Accorder au serpent ses raisons d’être lent. Lire la suite


Aussi loin qu’il m’en souvienne, une année, un jeune homme au talent reconnu assurant à la télévision que sa participation était prématurée.

Et l’année d’après, une victoire avec un écart en dizaines de minutes sur les poursuivants.

*

Il est des moments où grandir semble n’appartenir qu’aux autres, où la gloire se trouve déjà dévolue. Lire la suite


Ce qui s’échafaude n’offre pas toujours la stabilité de ses origines. Boiter n’empêche pas d’avancer.

Se mettre en réserve dans les projets et la géographie. De profil, regarder l’inconnue.

*

Naître est une forme étonnante de grandir. Après surprendre devient le mot d’ordre.

* Lire la suite



À quand la récolte de l’abîme ?

René Char

1.

promeneur inaccompli

à chercher la trace d’anciens nuages

à prodiguer pour l’or

les ressources de la fièvre et des sueurs

sous les charpentes de l’azur

l’éphémère souverain veille le fragile

les sentinelles s’émeuvent de transparence Lire la suite


Réaliser un désir, c’est accepter d’y jouer son rôle.

Roland Dubillard

Dix-neuf heures. C’est fini, maintenant. Les bureaux sont fermés, il ne reste plus qu’à attendre. On m’a dit que ce ne serait pas long, un gros quart d’heure, pas plus. À ce moment-là, les premiers chiffres tomberont et nos experts feront les comptes, arrondissement par arrondissement, ou même bureau par bureau. Il y a deux écrans géants au mur : le premier transmet l’émission spéciale de la télévision officielle, qui vient de commencer, l’autre s’éclairera dans quelques minutes, pour afficher nos résultats ou les prévisions chiffrées. L’estrade et les micros sont prêts. Lire la suite


Il bourra sa pipe puis l’alluma. Il s’assit sur le petit tabouret, les coudes posés sur les genoux, sur le tablier maculé qui lui couvrait les jambes, les deux mains serrées autour du fourneau ; il faisait froid dans l’atelier. Il aspira une bouffée, leva les yeux.

Le tableau lui faisait face, dressé sur le chevalet. Fini. Du moins, il lui avait semblé qu’il était achevé. Il avait déposé les pinceaux, puis les avait nettoyés, sûr qu’il ne faudrait pas les reprendre pour une dernière touche, une correction. Maintenant, il vérifiait tout du regard, serrant sa pipe sans y penser, scrutant le tableau à travers les volutes de fumée. Il observait les formes, les couleurs, les tons, les ombres, l’équilibre de l’ensemble. Lire la suite


J’écumai le marché du travail, comme on disait alors, mais découvris que ce n’était que routine assommante et inutile.

Charles Bukowski

Il posa les journaux sur la table de marbre, tira vers lui une chaise en la soulevant par le dossier, puis s’assit. Lentement. Le geste tenait d’un rite ou d’un exorcisme, d’une mise en condition. Il fallait savourer le moment, trop rare, et, en même temps, se préparer à affronter la corvée, malgré la lassitude. Évidemment, il ne savait jamais ce qu’il allait découvrir, mais il se doutait que ce ne serait pas grand-chose, qu’il allait sans doute s’énerver et, certainement, perdre, une fois de plus, le temps nécessaire pour tout consulter. Cela ferait une heure, au moins, deux, sans doute ; la matinée y passerait. Il ébaucha un sourire, comme pour se moquer de lui-même. Effectivement, il était agacé par la situation, mais après tout, il avait décidé de jouer le jeu et, s’il continuait à se plonger dans ce fatras informe, comme d’autres misent sur des numéros de loterie, c’est qu’il espérait toujours y rencontrer une bonne surprise. Il commanda un café. Lire la suite


Scène : L’intérieur d’un café. De grandes vitres donnent sur une petite place et laissent passer la lumière d’après-midi d’un jour gris. Au-dessus du comptoir, une télévision allumée dont le son est coupé.

Personnages : les personnes attablées et le patron du bistrot. Ton parlé, familier.

Première table

Deux hommes, sans doute pensionnés, devant deux verres de bière à moitié vides. Chacun a gardé sa casquette sur le crâne ; celui qui parle peu a un mégot éteint au coin des lèvres.

— Il y a mon beau-frère qui vieillit mal… Trente-cinq ans qu’il s’est acheté une petite maison en dehors de la ville, et, maintenant, tu sais ce qu’il dit ?

— …

— Il dit qu’il supporte plus les arbres. Et tu sais pourquoi ? Lire la suite