Je suis venu, calme orphelin,

Riche de mes seuls yeux tranquilles,

Vers les hommes des grandes villes.

Ils ne m’ont pas trouvé malin.

Verlaine

Le premier poème rencontré sur mon chemin, vers les dix ans, je ne savais ni que c’était, ni ce qu’était – un poème. Retiens la nuit, craché par les haut-parleurs des auto-scooters sur la place communale de Jette, faisait rayonner des paroles sublimes dans l’obscure grisaille. J’ignorais qu’elles résonneraient un jour avec le plus génial de tous les titres de romans : Voyage au bout de la nuit… Le voyage au bout de l’ennui que serait la décennie des années 60 me ferait dix ans plus tard chanter par cœur La Mémoire et la Mer de Léo Ferré, pour en appeler à une aube entrevue dans ce crépuscule infini qui depuis lors n’en finirait pas d’opacifier les horizons… Lire la suite


Quel est celui qu’on prend pour moi ?

Aragon

 

Marx fut le totem et le tabou du XXe siècle. Supposons que, pour lui rendre hommage, en son honneur s’ouvre un coin d’espace public. J’entends s’égrener d’ici le chapelet de clichés : l’inventeur du Goulag a dominé le ciel des idées jusqu’au salutaire décret de sa mort, mais le cadavre se rebiffe et bouge encore… Lire la suite


Si un anneau était attaché au ciel et un autre à la terre, j’en saisirais un de la main droite, un de la main gauche, et je relierais la terre au ciel.

Sviatogor (héros de légende épique russe)

De quelle histoire est-on le personnage à peine consentant ? Qui en conçoit la trame et en écrit le scénario ? Qui décide les dialogues, plus ou moins conflictuels ou consensuels ? Qui régit la dramaturgie ? Qui invente la mise en scène ? Quels comédiens jouent quels rôles, sous quels oripeaux ? Qui modifie les décors et les éclairages ? Pour quel public, dans quelles intentions ?… J’ai traversé le salon pour me diriger vers la baie vitrée donnant sur un jardin gardé par des hommes à oreillettes en tenues de combat. Juste avant de l’ouvrir, afin de respirer l’air frais, ma poitrine s’est libérée d’une interrogation : quel intérêt les Russes auraient-ils à saloper leur image internationale, après avoir déployé tant d’efforts pour faire briller chez eux la vitrine d’une compétition mondiale de football ?… Lire la suite


En guise de prélude à notre prochaine ode contre un anthropocide,

Les accords d’un vieil oud sur une longueur d’onde bien peu de propagande,

Puisés au fond de l’oued qui arrose Bagdad berceau des Abassides,

Adressent à votre bled secoué d’algarades allant jusqu’à l’immonde,

Hélas où tout se scinde en querelles morbides et funestes apartheids,

Ce chant bizarroïde lancé par un aède à sa Shéhérazade.

Qui où quand suis-je ? Capturé par la police des Affaires humanitaires et de l’Immigration, mon seul refuge est un asile intérieur en suspens hors l’espace et le temps. Je ne veux d’autre sépulture, pour ma geste ancestrale, que la langue des origines. Lire la suite


L’Atlas vient de faire signe aux cerveaux amnésiques d’Acéphalopolis, en exhumant de son djebel Irhoud le crâne du plus vieil homo sapiens (300 000 ans). Pendant que les vivants se résignent à l’amnesthésie programmée, notre ancêtre parle : il exige d’être baptisé Amen (eau en langue amazigh).

Depuis cette lointaine source, à travers de multiples méandres, Amen est mémoire d’une histoire ouvrant, par-delà tous les horizons, sur un océanique destin commun…

« Make our planet great again ». Qui mieux qu’Atlas pouvait-il ressentir le poids sur ses épaules d’une aussi grave sentence ? Décochée par Baby Mac en réponse à Killer Donald, elle fut saluée comme la preuve d’une force de frappe jupitérienne. La tour Panoptic célébrait un nouveau leader de l’Olympe, jugé le plus apte à servir les intérêts de Kapitotal. Dans cette compétition mondiale entre deux champions ayant conquis le titre suprême, sur chaque rive de l’Atlantique, par de peu communes constructions de situations, la victoire symbolique devait aller au plus situationnisteLire la suite


Je parle pour dans mille ans, et je prends date.

Léo Ferré

Qu’aperçoit un Titan posté aux confins du Couchant, sinon les feux et le sang du Levant ? Que voit-il se dévoiler d’autre au crépuscule du divin et de l’humain, qu’une prochaine aurore de l’humain et du divin ?

De toutes les personnes rencontrées durant ma vie, la seule à qui j’ai dit je t’aime c’est toi, Schéhérazade. L’abîme où tu m’as fait plonger relie des altitudes abyssales à des profondeurs astrales, non moins qu’il associe les plus vieilles fables occidentales à tes légendes orientales. Lire la suite


 

Extrait d’Acéphalopolis, juin 2014

1

Un grand silence noir déploie son voile sur Jérusalem en Atlantide. L’acteur en scène devine sous lui l’abîme sans visage des origines, puis il regarde le plafond de la voûte céleste avec ses nuages et ses anges. La force tellurique ne se représente pas, quand la puissance cosmique génère une pléthore de créations imaginales. Si figurent des monstres au sein du peuple des statues, ces chimères ailées métamorphosent les énergies naturelles en œuvres de culture. Mais le chaos n’a guère de langage pour se dire. Le propre de l’homme n’est-il pas de contempler les nuages ? Lire la suite


À Eleusis, les mythes qui recelaient le savoir secret du culte étaient présentés aux initiés sous forme de danses rituelles. L’ancienne institution des mystères avait deux principaux degrés d’initiation. L’on révélait dans le premier les mystères de la naissance physique, et dans le second ceux de la naissance et de la vie spirituelles. Le symbolisme du mariage représentait l’union définitive. Mener de front la transformation de soi avec celle de la nature était le principe fondamental de l’initiation rituelle : son but essentiel était la transsubstantiation. Lire la suite


L’heure est venue de parler à l’univers. Ne fut-il pas, dans certain système solaire, une planète agitée de spasmes qui ne s’apaisa, cette année-ci, que par la grâce d’un traitement pharmaco-poétique ayant mobilisé toutes les forces de l’esprit ?

Sans quoi peut-être, enivrée de fumées, la Terre n’eût-elle plus jamais retrouvé sa tête…

Qu’était-ce d’autre, cette planète, que les chiffres de balances commerciales et de finances publiques en concurrence dans une compétition globale où l’hypothèse de toute autre finalité pour l’humanité relevait de la pensée magique ?

Et quel était le sens de cette compétition, sinon pour chaque terre de se rendre plus séduisante que les autres aux yeux d’une divinité céleste soucieuse d’accorder ses faveurs au taux de rentabilité le plus attractif. Ainsi l’immense Russie constituait-elle une promesse d’inestimables profits pour cent mille milliards en errance à l’aube de ce millénaire… Lire la suite


Soleil !

Le jour se lève.

La brume se retire.

Pourquoi se cacher sur scène ?

Je m’y lave à la lumière d’une mer infinie.

Sur la rive orientale me parvient l’haleine de l’Atlas.

Les spectres de la nuit se sont enfuis mais la chanson demeure.

Moi qui n’ai plus de voix ni ne sais chanter : combien d’yeux me voient ? Lire la suite