— C’est que notre vieux monde se démonde, Monsieur le philosophe…

— Encore une chopine de vin nouveau, Rameau ?

— Non merci, j’ai bu beaucoup déjà. C’est bientôt l’heure du grand dérèglement des comptes, le grand chamboulement approche…

— Il te monte à la tête, ce pot de beaujolais ? Tu veux autre chose ? Une partie d’échecs, peut-être ? Lire la suite


De toutes parts, les nouveaux évangélisateurs, les imams barbus, les prédicateurs hystériques, les chroniqueurs échevelés, les voyants et les mages extralucides et surtout les gourous de toute farine annonçaient l’ultime apocalypse qui, vingt ans après l’implosion du communisme, préparait la ruine du capitalisme mondialisé.

Comme au temps de Jésus, on attendait le messie — fils de l’homme, de dieu ou du hasard — sous les traits d’un Gandhi, d’un Mohamed, d’un prince Siddharta, d’un Daniel, d’un Krisnamurti.

Il n’en fut rien. Lire la suite


Salam aleikoum, cousin Rhédi. Cela fait longtemps que je ne t’ai écrit. Je n’en ai guère trouvé le temps ni le loisir. Sache que je suis arrivé sain et sauf à Paris grâce à l’argent de l’oncle, Allah le protège dans sa grande miséricorde. Trois ans après mon arrivée, enfin je prends la plume pour t’écrire sur du papier ligné et non pas sur mon laptop de récupération. C’est que d’abord je n’ai pas trouvé ici de clavier en lettres persanes et surtout c’eût été bien trop dangereux de t’écrire de la sorte, car un PC n’oublie rien, mon cher cousin. C’est comme le Tout Miséricordieux, il retient tout et il t’attend au tournant du jugement. Hamid, mon jeune frère, Allah le protège, s’est fait alpaguer justement à cause de son portable et renvoyer au pays, vite fait, sans aucune forme de procès. Il a eu beau faire valoir ses droits de réfugié politique réclamant l’asile républicain, en sa qualité d’opposant au régime des Mollahs, rien n’y fit, retour immédiat à Téhéran suivi d’une condamnation à croupir dans leurs sinistres geôles. Lire la suite


Elles sont belles, très belles, grandes et terriblement brillantes.

Elles sont seules, très seules : on vit en solo et entre femmes en nouvelle Amazonie.

Qui sont ces nouvelles prêtresses de la parité, ces mutantes ravissantes ?

Vous avez dit ravissantes, du verbe ravir : conquérir, vamper, vampiriser ? Lire la suite



Ma mère a voulu se mettre à l’informatique, à 90 ans.

Je l’en ai dissuadée, son médecin également. Nous avons eu tort tous les deux, c’est évident. Aujourd’hui, elle nous en veut.

Une quinquagénaire dynamique lui ayant demandé son adresse numérique, elle lui avait répondu, en s’excusant qu’elle n’en avait point.

— Mais madame, rétorqua la présidente des femmes diplômées des universités, une superwoman cybernétique très branchée, vous êtes une infirme. Lire la suite


Deux maisons de bouche ostendaises se disputaient naguère la palme du restaurant portuaire le plus couru. Deux usines du mal manger, disait ma grand-mère. Elle ne jurait que par les « armes de Bruxelles ».

Ils ne désemplissaient jamais. Le Belgica, on y parlait français, fut rasé après la faillite et remplacé par une construction hideuse. Bye, bye Belgica. Son concurrent chanceux, le « Flandria » tourne encore à plein régime, tandis que les touristes d’un jour engloutissent leurs douteuses barquettes de poisson mayonnaise vendues trois euros sur les quais.

Belgica ? Aucun vaisseau ne porte désormais le nom du vaillant navire d’Adrien de Gerlache détruit par les glaces de l’Antarctique en 1898. La Belgica n’est plus qu’un vaisseau fantôme, une belgitude volante qui hanterait nos inconscients. Lire la suite


— Dis moi, papy, t’en connais beaucoup, toi, des homos ?

— Euh, oui… non… enfin quelques-uns : Elio, Pasolini, Oscar Wilde, Proust, que sais-je, pourquoi cette question ?

— Mais non, papy, qui te parle des gays ! Ce que je cherche, moi, c’est des homos du genre homo erectus, homo australopithecus, homo neanderthalensis.

— Ah oui, je vois, pourquoi tu veux savoir ça ? Lire la suite