Il y a les marxistes tout court, les marxistes-léninistes, les socialistes marxistes, les trotskistes marxistes, les maoïstes marxistes, les castristes marxistes, les situationnistes marxistes, les post-marxistes, les néomarxistes, les pseudo-marxistes, les crypto-marxistes, les ultra-marxistes, les latinos marxistes, et que sais-je encore.

Moi, je suis freudo-marxiste. Je suis partisan de la psychanalyse de Sigmund Freud et, en même temps, des théories philosophiques, économiques et politiques de Karl Marx. Je les associe. Je les combine. Je ne vois pas la libido sans la société, et à l’inverse, je ne vois pas le capital sans l’un ou l’autre complexe.

Dont celui d’Œdipe. Lire la suite


Je m’appelle Sébastien Monselet et je suis le président de l’Amicale des Sosies Chanteurs, une association sans but lucratif, qui compte quarante membres et qui a été fondée en 1987 par le sosie de Serge Gainsbourg, le défunt Julien Rosier que j’ai bien connu et qui était contremaître chez Michelin, à Clermont-Ferrand. Après sa mort, Julien Rosier a été remplacé par le dénommé Jean-Marc Le Quintrec, le sosie de Claude François, un dentiste de Charleville-Mézières. Lire la suite


Tout a commencé le jour où, pour la première fois, j’ai entendu à la radio le nom d’Emmanuel Macron.

J’ai sursauté. J’ai d’abord cru qu’il était question de moi, puisque je m’appelle Manuel Macron, avant de me dire que c’était impossible.

Pourquoi parlerait-on de moi à la radio ? Qu’est-ce que je suis ? Je ne suis rien – rien qu’un brave pharmacien de quartier, au nord de Lille, rien qu’un bon mari et qu’un bon père de famille, rien qu’un bon fils soucieux de la santé de sa mère, rien qu’un amateur de tir aux clays ne se débrouillant pas trop mal, mais sans pour autant être capable de briller dans les divers tournois organisés par les clubs du département.

J’ai tendu l’oreille. La journaliste présentait Emmanuel Macron comme un des plus jeunes et des plus brillants conseillers de François Hollande, très calé en économie et ayant quelques excellentes idées pour assainir les finances de l’État. Lire la suite


On ne présente plus Désiré Dudu, que certains surnomment DD ou Dédé.

Lors du seul et unique voyage de quatre jours que j’ai effectué dans son beau et vaste pays, j’ai eu l’occasion de constater à quel point il était populaire, à quel point il était aimé par son peuple, et surtout à quel point il était chéri et adoré par les femmes. Les statistiques prétendent que quatre-vingt-cinq pour cent d’entre elles votent pour lui depuis des années et des années – en fait, depuis qu’il est arrivé au pouvoir, il y a plus de trois décennies. Lire la suite


Aux amis de Georges Simenon

Depuis que la NASA a lancé sur le marché la machine à remonter le temps, la vie terrestre – dois-je le rappeler ? – a changé de fond en comble. Tout le monde veut remonter le temps. Tout le monde veut entreprendre au moins un voyage dans le passé, et tout le monde a d’excellentes raisons de le faire, d’être projeté à telle ou telle époque, proche ou lointaine, de l’histoire de l’humanité. Le slogan commercial de la NASA est bougrement malin : « Voyager dans le temps, c’est retrouver le bon vieux temps. » Lire la suite


 

L’aire de repos de La Belette était située à un kilomètre environ du café que tenaient mes parents à La Roche-sur-Selle, non loin de l’échangeur en trèfle de Villeneuve. On y accédait en prenant la route de Sainte-Barbe, après avoir longé un petit bois (on l’appelait le Bois du Pendu) et traversé un champ de betteraves. Elle était entourée d’un grillage, mais il y avait moyen de s’y introduire sans trop de difficultés en passant derrière les toilettes. Insouciante, le cœur léger, je m’y rendais assez souvent, en général en fin d’après-midi.

La Belette était surtout fréquentée par des routiers venus des quatre coins de l’Europe. J’en avais repéré quelques-uns qui s’y arrêtaient à intervalles réguliers et avaient leurs habitudes. Ils formaient de petites bandes de copains heureux de se revoir, de discuter ensemble, de boire un coup, de jouer aux cartes, aux dames ou aux échecs. Lire la suite


Un de mes livres de chevet est le Dictionnaire analogique de la langue française de Jean-Baptiste Prudence de Boissière, édité à Paris en 1862. Je n’arrête pas d’y puiser des bonheurs – bonheurs des mots, dans les mots, par les mots, autour des mots.

L’entrée colère se trouve entre coing et colique. Elle est, selon l’expression consacrée, une mine de renseignements utiles et de découvertes inattendues. En la lisant avec la plus grande attention, j’ai ainsi appris qu’Achille et Ajax étaient « cités pour leur colère » et que les colériques, les courroucés, les emportés, les enflammés, les impétueux, les outrés ou encore les prompts souffrent tous d’avertin, c’est-à-dire d’un « accès ridicule de colère ». Pourquoi « ridicule » ? Mon cher Jean-Baptiste ne le dit pas. Lire la suite


C’est par hasard que je suis tombé l’autre jour sur Gégé Muche. J’entrais chez mon boulanger et lui, il en sortait, une baguette emballée dans du papier de soie à la main. Cela faisait trente ans au moins qu’on ne s’était pas vus.

Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il n’avait pas changé car, bien entendu, tout le monde change, mais il avait l’air d’un fringant jeune homme, alors qu’il approchait comme moi de la cinquantaine.

On s’est jetés dans les bras l’un de l’autre, et je lui ai proposé d’aller prendre un verre. On s’est installés au Nouveau Pont, un café qui est à deux pas du pont Demany, de la station de métro Thieffry et du cours Saint-Michel. Malgré l’heure matinale (huit heures et quart), on a commandé un blanc sec de Touraine. Lire la suite


Philippe Guyot mit d’interminables minutes avant de comprendre que Caroline, sa femme, avait bel et bien pris l’ahurissante décision de se séparer de lui et de demander le divorce : c’était écrit à l’encre bleue, d’une belle écriture très propre et très lisible, dans la lettre qu’il avait reçue au courrier matinal, et ce n’était certainement pas une blague. Fût-ce une blague de mauvais goût.

Elle ne blaguait jamais, Caroline, elle n’était pas une rigolote. D’ailleurs, elle ne riait guère non plus, à peine si elle souriait de loin en loin – un sourire qui ressemblait le plus souvent à une moue de dépit, à une vilaine grimace. Mais rire ou pas, sourire ou pas, il l’avait aimée à la seconde même où il l’avait vue pour la toute première fois, lors d’un vernissage à la galerie La Pierre d’alun, et aujourd’hui, onze ans plus tard, aujourd’hui où le ciel lui tombait brusquement sur la tête, il l’aimait encore et toujours. Lire la suite


Il était une fois un homme qui ressemblait beaucoup à une femme et que ses géniteurs avaient appelé Dominique.

Déjà quand il était jeune, tout le monde se moquait de lui. Les uns le prenaient pour une fille, les autres pour un garçon. Ceux qui le prenaient pour une fille disaient que Dominique était un garçon manqué ; et ceux qui le prenaient pour un garçon disaient que Dominique était par trop efféminé.

L’année de ses six ans, Dominique eut droit à une grande fête d’anniversaire, mais il en fut atrocement malheureux : les enfants qui le prenaient pour une fille lui offrirent des poupées Barbie ; et les enfants qui le prenaient pour un garçon lui offrirent des dinosaures.

Ces cadeaux le troublèrent. Lire la suite