Au Nouvel An, Septime Brichant, enseignant retraité qui versifiait volontiers, aimait présenter ses vœux d’une façon originale en composant un poème de circonstance. Cette fois, pour 2007, il avait évidemment choisi de célébrer le chiffre sept, en rapport d’ailleurs avec ce prénom stupide dont l’avaient affublé ses parents (son père était historien), ce qui lui avait valu souvent des tas de moqueries.

Il composa donc un septain où chaque vers comptait sept pieds. L’ayant terminé, il posa sa plume et relut son pensum. Il était loin d’être satisfait car sept (pardon, cette) fois, ses vœux étaient assez pompiers. Lire la suite


On le disait radin. Il l’était, il vivait chichement malgré une pension généreuse que lui valaient d’anciennes fonctions de cadre dans une entreprise huppée de sa région. Une modeste habitation sans aucun luxe, dans une rue, à l’écart de la ville, un jardin grand comme un mouchoir de poche. Il était resté célibataire, avait vécu avec ses parents, morts depuis longtemps. Ceux-ci lui avaient laissé un beau bas de laine. Sa pingrerie, un rien maladive, lui avait permis, au fil des ans, d’amasser un avoir assez rondelet qui ne lui procurait aucun agrément, sauf celui de s’intéresser de très près à la Bourse et, parfois, d’y jouer. Lire la suite


Elle a quatorze ans. Elle s’appelle Larissa et fréquente le collège de T. Elle n’est plus une adolescente, mais déjà presque une femme avec ces mutations qui l’ont transformée en peu de temps : seins, pubis, aisselles et, chaque mois, ces écoulements qui lui laissent en bouche une saveur un peu fade. Puis, surtout, ce qui se passe dans sa tête. Des idées qu’entretiennent ses nombreuses lectures, des poèmes, des romans. Elle les emprunte à la bibliothèque ou bien des copines lui en passent en douce. Des œuvres où il est beaucoup question de sexe et d’amour. Des passions rabâchées, mais qu’elle prend plaisir à retrouver au fil des pages. Ainsi, tout récemment, l’a bouleversée Lolita, un livre de Nabokov. L’aventure d’une adolescente qui s’éprend d’un homme mûr. Elle a avalé ces pages. Elle en est encore marquée aujourd’hui, à un point tel qu’elle est quasi devenue Lolita. Ne serait-ce que par la ressemblance de leur prénom. Oui, l’amour ! Lire la suite


Depuis son plus jeune âge, Aurélien était un collectionneur passionné. Il amassait les vignettes qu’il trouvait dans les tablettes de chocolat : coureurs cyclistes, footballeurs, animaux. Il en possédait des centaines qu’il s’amusait, des heures durant, à regarder, donc à connaître par cœur. Les boîtes d’allumettes, les capsules de bouteilles et beaucoup d’autres objets avaient également ses faveurs. L’âge venant, et comme il faut bien modérer ses désirs, Aurélien adolescent était surtout devenu un collectionneur de timbres-poste. Son oncle et d’autres parents, employés dans l’import-export, raflaient pour lui des vignettes venant du monde entier. Ses trésors philatéliques furent vite considérables.

Cependant, il comprit peu à peu que s’intéresser aux images émises partout était impossible. Il devait se limiter, d’autant plus qu’il ne roulait pas sur l’or avec son modeste traitement de pion. D’ailleurs, au fil des ans, pour renflouer leurs finances, beaucoup de pays émettaient de plus en plus de séries coûteuses. Lire la suite


Voici vingt ans, il s’était envolé pour l’Indonésie avec un petit groupe de touristes. Il avait toujours rêvé de découvrir ces îles lointaines qui, durant son enfance et son adolescence, le fascinaient. Un voyage en Boeing 747 au départ de Paris. Des escales en Arabie, à Abu Dhabi, puis à Singapour et, enfin, l’arrivée à Jakarta. Que de souvenirs ! Et voici qu’en cette fin 2004, un tsunami venait de labourer toute la région, balayant des plages, des espaces, des pays qu’il avait découverts, ne serait-ce que par le hublot de l’avion. À cette nouvelle, il avait éprouvé un grand choc car, en fait, c’était un peu de son passé que le raz-de-marée avait, en quelques instants, complètement saccagé.

Certes, il n’avait vu ni la Thaïlande, ni le Sri Lanka, pas plus que la Malaisie ni le Bangladesh : mais ces sonorités d’Extrême-Orient éveillaient en lui, en écho, d’autres îles de là-bas qu’il avait abordées : Bali et Sulawesi, par exemple.

Les victimes que la télévision et les journaux révélaient au monde ressemblaient, à n’en pas douter, aux gens qu’il avait côtoyés avec un émerveillement chaque jour renouvelé. Lire la suite


Tout se déglingua quand Louis perdit sa femme. Le couple se préparait à célébrer ses quarante ans de mariage, mais Fleurie décéda. Un joli prénom pour une épouse qu’il avait aimée avec passion dès leur première rencontre. Pourquoi avait-il fallu que ce cancer avec l’ablation d’un sein l’emportât si rapidement ? Deux mois à peine. Alors qu’ils venaient, elle et lui, de prendre leur pension. Ils avaient enseigné la littérature durant plus de trente ans dans le même établissement. Ils lisaient beaucoup, fréquentaient les théâtres. Comme ils n’étaient guère dépensiers et qu’un sou, pour eux, était un sou, ils avaient amassé un petit pactole qui, placé en banque, leur assurait, bon en mal an, des revenus intéressants. D’autant plus qu’au cours des dernières années, à la suite de la mort de leurs parents, des héritages avaient fortement gonflé leur bas de laine.

Fleurie et Louis s’adoraient. Ils avaient eu la chance de voir naître chez eux, coup sur coup, trois enfants. S’il se fût agi de garçons, ils les auraient sans doute appelés Athos, Porthos et Aramis, en raison de leur intérêt pour Dumas. Mais c’étaient trois filles. Comme ils étaient fous de Shakespaere et avaient assisté une demi-douzaine de fois à la représentation du Roi Lear, ils avaient prénommé leur progéniture : Goneril, Regane et Cordelia. Souvent, les filles leur avaient reproché de les avoir affublées de ces prénoms inhabituels dont on se moquait souvent. Lire la suite


On avait viré Pierre et Nicole Debart de l’hôpital où ils travaillaient tous deux au service des urgences. Ils avaient donc dû chercher un autre emploi. Ce ne fut guère facile. Mais, finalement, ils furent réembauchés par la clinique Saint-Joseph, un établissement de soin, sis en bordure de Sambre. Le couple se mit aussitôt en quête d’un logement proche de son nouveau lieu de travail. On était en 1997. Toute la région était encore terriblement traumatisée par l’affaire Dutroux et par la découverte, l’été précédent, des corps de Julie et Mélissa, deux des petites victimes du prédateur, enlevées, séquestrées, torturées, puis mortes de faim dans des conditions horribles.

Les Debart avaient une fille, Lise. Elle accompagnait volontiers ses parents qui, en voiture, parcouraient toute la région en vue de trouver une maison modeste, mais confortable. Lire la suite


Françoise. Une Fillette de dix ans, à la frimousse éveillée, pleine de charme. Un prénom évoquant un parfum de glace à la vanille. « Un vrai garçon manqué, disaient ses parents. » Avec, pourtant, un reste de sentimentalité naïve. Chaque soir, pour s’endormir, ne lui fallait-il pas serrer contre elle son nounours en peluche reçu un jour, à la Noël ? On avait beau se moquer d’elle à ce propos, Françoise ne parvenait pas à trouver le sommeil sans cet ami de toujours. À côté de cela, pas de poupée, pas de dînette, pas de corde à danser. Rien que des amusements plus virils, tels que billes, barres, voire petite guerre que se livraient les gars du voisinage. Lire la suite



Diplômé de l’école hôtelière de Namur, Raoul Fourneau – un nom prédestiné – travailla quelques années en cuisine, puis en salle, dans une maison bruxelloise dotée de trois étoiles dans les guides spécialisés. Il y acquit une formation professionnelle d’excellente qualité. Il pensa alors à s’établir à son compte et à exploiter une auberge à la campagne, un genre d’établissement dont raffolent les citadins cherchant pour leur week-end la tranquillité et une table aux mets raffinés.

À l’époque, Raoul avait retrouvé une élève ayant fréquenté la même école que lui. Francine Gérardy s’y connaissait aussi en cuisine. Elle vous mijotait des plats à vous faire saliver, utilisant surtout des produits du terroir et se souvenant de vieilles recettes familiales. Raoul et Francine avaient l’âge de penser au mariage. Ils se rencontrèrent régulièrement et décidèrent bientôt d’unir leurs destinées. Lire la suite