Oranges et citrons, disent les cloches de Saint-Clément, Tu me dois trois farthings, disent les cloches de Saint-Martin, Quand me paieras-tu ? disent les cloches du Vieux Bailey, Quand je serai riche, disent les cloches de Shoreditch.

George Orwell

Crr… crr… crr… crr… Ici Bruxelles… Crr… Crr… Les Européens parlent aux Européens… Crr… crr… crr… Les sanglots longs des violons de l’Europe pleurent dans mon cœur eurotone… Les sanglots longs des violons de l’Europe pleurent dans mon cœur eurotone… Le cresson a étendu ses ramifications… Je répète… Le cresson a étendu ses ramifications… Le parlement a voté la confiance… Crr… crr… Le parlement… crr… crr… confiance… Le marché unique sera florissant… Je répète… Le marché unique sera florissant… Sans Terre n’est pas sans reproche… Je répète… Sans terre n’est pas sans reproche… Crr… Crr… Les ballons se sont envolés… Les ballons se sont envolés… Ici Bruxelles… Crr… Crr… Les Européens parlent aux Européens… Lire la suite


Euro, qui comme Élise, au grand jour a pu naître,

Des soins du Ludwig sourd qui lorgne ses appâts,

Pense qu’il est commode, à l’heure du repas,

De payer d’un billet filigrané du Maître.

 

Au concert des Nations l’on célèbre les lettres,

Qui quatre à quatre auront bientôt sauté le pas,

Ne laissant aux monnaies, au temps de leur trépas,

Qu’un coin de Museum singeant d’antiques aîtres.

 

Élise, il te faudra désormais ne compter

Qu’en bel argent nouveau sans t’en laisser conter :

Le Progrès, te dit-on, réclame un sacrifice.

 

Et si l’Europe un jour aborde d’un œil franc,

Un monde rénové niant tout maléfice,

C’est parce que tu sus faire tomber ton franc !


À minuit précise, il alla consulter le thermomètre dehors. Il était accroché à un arbre dans un petit abri pour oiseau, afin de le protéger contre le vent. Tandis que les premières fusées grimpaient en sifflant vers le ciel et explosaient par-dessus le paysage gelé, il étudiait le thermomètre à la lumière d’une lampe de poche. Il nota la température dans un petit agenda et constata avec satisfaction que son observation recoupait les prévisions météorologiques du journal radio de vingt heures. Il attendit un moment encore jusqu’à ce que la pluie d’étincelles se soit dissipée et que le bruit des explosions soit éteint, et rentra. Lire la suite


Chacun était prêt depuis longtemps à prendre un sommet d’assaut : il suffisait de choisir le plus haut. Lorsqu’une nouvelle secousse sismique ébranla la planète, les habitants bouleversés découvrirent enfin une montagne digne d’être escaladée.

Au pied de la paroi apparurent les premiers aventuriers, les uns à dos d’éléphant, les autres sur des chameaux ou des rennes, puis, lorsque les chemins furent aplanis, arrivèrent les cyclistes, suivis des automobilistes. Les arrivants installaient leurs colonies et leurs campements. Quelqu’un trouva un silex ; ils en tirèrent des étincelles, allumèrent un feu et firent cuire les éléphants, les chameaux et les rennes. Les propriétaires de vélos et de voitures, qui devaient se contenter de conserves, observaient avec envie le festin de ces bienheureux. Lire la suite


La petite maison est très différente de celle où elle a passé une si grande partie de son enfance. Il n’y a pas de roses, pas de cabane de jeu, pas de fauteuil de jardin à l’ombre d’un pin. Il n’y a pas non plus la mer, ni de plage avec des coquillages et des algues apportées par les vagues, ni d’enclos dans lequel un cheval brun puisse paître. La maison de Thérèse est située légèrement à l’intérieur d’un bois de sapins. Dans le jardin ne pousse rien d’autre que de la menthe et de la ciboulette. Et les meubles de jardin blancs dont elle a fait l’acquisition en même temps que de la maison sont maintenant pourris. Lire la suite



L’Airbus se reflète tout entier sur le sol tatoué aux couleurs de l’arc-en-ciel. Les nuages se jouent de la carlingue, ils se donnent l’allure insoucieuse de la mouette. Puis ils filent, à la verticale de la Baltique : au bord de mer, les prés et les parcelles se détachent nettement, on pense à ces panoplies de bois sur lesquelles les enfants ajustent des figurines, en choisissant les alvéoles appropriées. Plaisir de l’apparentement réussi. Au-dessus du Sund, les nuages reviennent au galop. Lire la suite



J’ai eu plusieurs maisons dans ma vie ; je veux parler de celles dont on se souvient, qui vous ont laissé dans les tripes, au cœur ou dans l’âme quelque chose d’inoubliable. Celles qu’on a aimées doucement, passionnément ou qui vous ont empli, à une certaine époque, d’un indicible malaise. Maisons sages, maisons folles, maisons voluptueuses ; enfers, grâces ou refuges, selon les événements ou les êtres qu’on y a rencontrés… Je suis un escargot : j’ai besoin de me retirer dans ma coquille, après avoir déambulé dans le monde. Je dois rentrer en moi-même, reprendre les mesures de mes distances intérieures, j’ai un besoin presque quotidien de solitude et de silence, de lectures et de rêveries. Je suis ainsi, rien ni personne ne me changera. À cause de cette propension à l’isolement, les quatre murs qui m’entourent ont toujours exercé sur moi une forte influence. Ils m’ont protégé, m’ont sauvé dans des moments de désarroi ; une seule fois, ils ont failli me détruire, m’anéantir. Oui, je suis devenu presque fou entre ces horribles murs qui semblaient doués d’un pouvoir étrange, dans cette maison et ce jardin qui voulaient ma mort, où la mort rôdait de façon palpable, s’insinuait dans mon esprit et dans mes os. Lire la suite