Tu étais parti depuis longtemps dans un pays lointain et tu es aujourd’hui de retour chez toi, là où tu es né, là où tu as vécu tes premières amours et où se sont forgées tes premières illusions. Tu viens de descendre dans la vieille ville et tu ne reconnais plus rien. Tu te guides avec tes souvenirs, avec ta pauvre mémoire. Tu te souviens qu’à l’angle de cette galerie tu dégustais des glaces au chocolat et qu’un jour une fille t’a heurté et que ton cornet est allé s’écraser sur ta belle chemise Lacoste noire, juste en dessous du crocodile. Tu avais l’air malin. Tu étais prêt à gueuler mais tu t’es retenu car la fille était toute confuse et elle avait un merveilleux visage d’ange. Jusqu’à cet instant de ton histoire à toi, tu n’avais encore jamais vu d’ange et voilà que tu en avais un sous les yeux, en chair et en os. Tu as senti ton cœur qui battait dans ta poitrine. Tu as eu conscience d’être terriblement con avec ce chocolat dégoulinant sur ta chemise, ton cornet de biscuit brisé dans la main. Si tu avais été un ange, toi aussi, ou un diable, tu aurais transformé sur-le-champ ce cornet en bouquet de fleurs. Tu es resté penaud. Tu n’as rien dit à la fille, elle ne t’a rien dit, elle non plus, et tu l’as toujours regretté. C’était le destin qui passait et tu n’as pas osé croire à ta chance. Tiens, ta chance, précisément, est-ce que tu y as jamais cru ? Lire la suite →