Ils n’ont en tant que personnes rien à voir l’un avec l’autre. L’un s’est manifesté par un libelle, quelques pages comparables à celles qui, sous l’ancien régime, ont contribué à mettre le feu aux poudres. Édité dans une officine confidentielle, son Indignez-vous ! a connu une incroyable diffusion, à laquelle aucune règle du marketing n’a présidé.

La circulation de cet appel au non-alignement sur les normes du temps n’a été fomentée par aucune agence de relations publiques, confiée à la moindre entreprise de promotion. Elle s’est trouvée, par une transmission qui relève des signaux de fumée, susceptible de répondre à une attente diffuse, à un désir contenu qui ne demandait qu’une juste formulation pour se manifester.

L’autre est responsable d’une vaste opération de ce qui pourrait être l’abolition de l’ère Gutenberg. L’imprimerie, rendue possible par des techniques venant de l’Orient, a mis de nombreuses années à s’imposer. Mais cette lente imprégnation a été profonde, au point que l’on peut dire que le Codex a été le principal mode de communication durant un demi-millénaire. À cette domination, Steve Jobs a mis, en quelques années à peine, un terme qui pourrait bien être inéluctable. Lire la suite


Le nez de Cléopâtre, s’il eut été plus court,

toute la face de la terre aurait changé.

Blaise Pascal

Pendant la minorité de Louis XV (1715-1723), sous la régence de Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, la situation du royaume de France était désastreuse. Pourtant, des Cassandre avaient osé stigmatiser le pouvoir absolu et suggérer des réformes, mais, comme la princesse troyenne, ils ne furent pas entendus.

En 1645, Mazarin, sous la régence de la reine Anne, avait fait voter une nouvelle constitution de tendance démocratique : liberté des personnes et des biens, interdiction de détenir un prisonnier plus de vingt-quatre heures sans l’interroger, interdiction de créer un impôt ou un office nouveau sans vote du parlement, abolition d’un quart des impôts.

René Descartes (1596-1650) avait pour principe de maîtriser ses passions et de n’admettre que la raison dans les matières scientifiques. Lire la suite


Ça y est, c’est fait : l’écran de télévision est aujourd’hui détrôné par ceux des smartphones, des PC fixes et portables, des baladeurs multimédias et autres tablettes. Finis donc les séries débilitantes, les talk-shows interminables, les spots de pub, les docus chiants. Oufti ! Mais, depuis un mois, les petits écrans individuels se sont mis à bombarder la population d’une kyrielle de chiffres en milliards d’euros, de dollars, de roubles, de yens, vantant une croissance qui frise le choquant, tout en évitant soigneusement — c’est l’été, les vacances — les nouvelles déprimantes comme l’annonce de faillites en cascade, la détresse profonde de millions de chômeurs et autres réelles tragédies sociales :

« 90 milliards pour mettre en place des mécanismes de couverture du risque de taux en baisse. » Lire la suite


Pour les vacances de 1995, Michel et moi projetions d’aller « vivre » un mois en Amazonie. Mais laquelle ? La péruvienne ou la brésilienne ? J’avais été élevée dans la connivence avec Blaise Cendrars, donc avec le Brésil.

Des arbres géants aux branches desquels pendent des lichens blanchâtres qui ressemblent à la barbe des vieillards et que la plus légère brise balance. Barbe fleurie de Charlemagne

C’est plein de Charlemagne

C’est plein d’arbrisseaux dont le fruit s’appelle vulgairement camboui.

… et avec sa capitale

São Paulo est selon mon cœur

Ici nulle tradition

Aucun préjugé

Ni ancien ni moderne

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La mauvaise foi seule expliquerait que, soutenue par les puissants lobbies africains dont s’exerce le despotisme sur l’Amérique depuis l’élection d’un nègre à la magistrature suprême, je m’en tienne à nier le viol dont fut ma victime un homme connu pour investir sa libido dans l’exclusive défense du bien public.

S’il fut soumis par ma faute à une suite ininterrompue d’humiliations ; si sa réputation fut bafouée sans le moindre scrupule moral et plus encore, s’il souffrit dans sa chair autant qu’au plus profond de son psychisme, sans bénéficier de ce baume consolateur qu’eût constitué la plus petite expression de remords dans la bouche de sa tortionnaire ; plus encore, si le calvaire enduré par lui dans la chambre 2 806 fut travesti en son contraire par l’un de ces simulacres dont usent les ennemis de l’État d’Israël quand ils déguisent en persécutés les fanatiques islamistes jouissant de sa sollicitude pour présenter l’État juif comme colonial et raciste, allant jusqu’à interdire l’hypothèse de faire observer quelle écrasante proportion de Palestiniens grouille au sommet des industries de la communication planétaire, toute affirmation de pareille évidence assurant son auteur d’être traîné devant les tribunaux pour complicité de génocide ; il me plaît d’avouer ici quel vénal mobile motivait un tel amas de turpitudes : l’ambition d’une esclave de mater l’esprit des maîtres par une spéculation mystique, en forme de pièce de théâtre, qui serait jouée à la Comédie Française. Lire la suite


On dit de William qu’il est l’écrivain des ténèbres comme le confirme, d’année en année, chacun de ses romans. Il les écrit dans le bunker qu’il a restauré et aménagé à Saint-Idesbald face à la mer du Nord. Chaque jour, à marée basse, il effectue de longues marches à la lisière des vagues. Il aime à arpenter les vastes étendues de sable au-delà de la frontière séparant la Belgique de la France. Il se laisse aller au plus loin que sa rêverie le porte. Lorsqu’il se promène ainsi il songe à son métier, à tous ces « articles », en réalité des nouvelles puisqu’il s’agit de fiction, qu’il s’acharne à écrire, persuadé qu’en racontant le quotidien, il sensibilisera dans la France d’en haut celles et ceux qui décident du destin de chacun. Il se persuade qu’il parviendra à arracher aux encriers les mots, les phrases, les constructions de l’imaginaire qui dévoilent les zones d’ombre et éclairent, comme des torchères tremblantes, les cavernes de la conscience. Plonger la plume d’or et d’acier du stylo dans le sang, dans les viscères tourmentés, y fouailler dans chaque méandre obscur et visqueux, en arracher plaintes, cris, pleurs qui s’y dissimulaient ; sur les parois du crâne, là où cela cogne, là au bord de l’éclatement, des terres tremblent, des continents entiers sont prêts à se détacher de leur socle terrestre et de précipiter des falaises de glaces, de terre, de craie dans la nuit des abysses océanes. C’est cela que raconte William et qui le hante et que la mer ne console ni efface. Lire la suite


Dodo et Nico étaient les meilleurs amis du monde. Deux vieux potes qui se connaissaient depuis la maternelle et qui avaient fait les quatre cents coups ensemble… Deux sales gamins. À l’âge adulte, ils s’étaient un peu perdus de vue, comme c’est souvent le cas pour des amis d’enfance. Leurs idées ayant divergé, leurs chemins s’étaient écartés, bien que restant parallèles, à une distance respectable. Chacun chez soi, chacun menant sa vie professionnelle avec juste quelques contacts épisodiques, une tape sur l’épaule à un cocktail et quelques rires autour de vieux souvenirs. La vie qui va !

Aujourd’hui, Dodo est en prison. Comment en est-il arrivé là ? Il ne comprend pas… Ce qu’il a fait n’était pas si dramatique, il a juste voulu s’amuser un peu, comme toujours : on ne peut donc plus rigoler, outre-Atlantique ? Et si c’était un complot ourdi pour le couler, maintenant qu’il est un homme important ? Dodo se perd en conjectures. « En fait, pourquoi Nico ne fait-il rien pour me sortir de là ? Vu sa situation, ce ne devrait pas être si difficile… » Lire la suite


Pourquoi le Français laisse-t-il pendre le bras le long de la portière de son automobile ? D’abord pour montrer qu’il n’est pas manchot, du moins à gauche (ceci sans faire de politique). Subséquemment, pour signaler qu’on est en France, pays de privilèges malgré la Révolution (ceci, non sans faire de politique).

A-t-on déjà vu un étranger, l’avant-bras pendu hors de l’habitacle de sa limousine ? Que nenni ! Car le touriste jouit de la climatisation et parcourt des milliers de kilomètres en vase clos. Tandis que le Français s’émancipe dans les courants d’air, trop satisfait de surcharger sa Citroën des mille et un plaisirs du camping-caravaning. Lire la suite


Les cloches sonnèrent huit heures. C’était le moment du journal télévisé. Les rues étaient désertes. Seules les feuilles jaunies s’y promenaient encore. Novembre. La fraîcheur piquante du soir retenait les villageois prisonniers chez eux. Les volets jamais repeints s’étaient refermés sur les façades en crépi sale. L’église romane du xiiie siècle pouvait s’assoupir à nouveau, ramassée sur elle-même. La pierre, gravée en lettres dorées, des morts de 14-18 avait retrouvé son silence sépulcral qui lui convenait si bien. Un avis à la population tapotait nerveusement le bois où il était mal punaisé. Peut-être cherchait-il à attirer l’attention ? Il tentait de faire écho au drapeau tricolore qui frottait sa hampe au fronton de la mairie. Leur dialogue discret ne parvenait pas à perturber le calme de Retigny-le-Château. Dans la nuit, la masse du vieux donjon et de ses remparts ne se détachait plus sur la crête toisant le hameau. Lire la suite