Shakespeare ? Qu’est-ce qu’il a de plus que moi, votre Shakespeare ?

Roméo et Juliette, Othello, Macbeth… Rien d’autre que ce que nous lisons chaque jour dans nos journaux. Des petites histoires d’amour qui finissent mal, du cœur et du cul, de la violence, de la passion, de l’ambition. Haine, vengeance et mort.

Rien de neuf sous le soleil. Ouvrez « Voici » ou « Détective », allumez la télé, vous verrez si je n’ai pas raison. Souvenez-vous de Dallas, il y a quelque vingt ans, de Côte Ouest, de Dynasty. Lisez les bio autorisées ou non des grands de ce monde. Toujours le même topo. Lire la suite


Je ne sais pas. Je ne sais plus. Plus rien, partout rien ou alors nulle part, je ne sais même plus comment il faut dire, comment il faut écrire.

Plus envie non plus, de rien. Le matin, la lumière entre dans ma chambre à travers les tentures mal fermées et trop usées, de toute façon, pour arrêter le soleil. Je me recroqueville dans mon lit, les paupières serrées, ne pas m’éveiller, surtout, ne pas me lever, ne pas entamer une journée encore. J’essaie de rester bien au fond du sommeil, sans rêves si je peux, mais on ne choisit pas. Il y a des images qui prennent vie, au plus noir de mon cerveau fatigué, des figures s’animent, me parlent, me poursuivent quelquefois, et moi je cours, comme si j’en étais capable encore, le souffle me manque, la peur cogne dans ma poitrine et tremble dans mon ventre, je fuis, je m’enfuis, je ne sais pas ce qu’on me veut, mais j’ai peur. Lire la suite


Ils sont partis en vacances, vers le soleil. Comme si du soleil, il n’y en avait pas assez chez nous ! Trop, cette année, beaucoup trop. Mais les gens sont comme ça, ils s’en vont vers le sud, tous en même temps, comme les bêtes qui migrent en troupeaux vers les alpages, comme les saumons qui remontent les rivières ou comme les lemmings qui, dit-on, par milliers se jettent à la mer. C’est pareil chez les hommes. Ils cherchent l’eau, eux aussi, à dates fixes. Ils se couchent sur les plages, serrés les uns contre les autres tels des manchots sur une banquise. Lire la suite


Cela a commencé comme un jeu, presque un jeu de petites filles ou d’adolescentes. France et Suzanne, pourtant, n’ont plus quinze ans, ni même vingt.

– Tu devrais essayer, au moins pour voir. C’est marrant…

– Marrant ? Tu es folle ! Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de marrant là-dedans. Et puis, quand même, je n’en suis pas réduite à ça ! Lire la suite


— Moi, je serai aviateur.

— Et moi, pompier !

— Je serai cosmonaute.

— Pilote automobile. Explorateur. Journaliste. Policier. Soldat. Réparateur de voitures.

— Maîtresse. Infirmière. Actrice de cinéma. Coiffeuse. Mannequin…

Les cris fusent. Les petits garçons rêvent d’uniformes et d’exploits. Tous, ils seront beaux, riches, courageux, admirables et admirés. Chez les petites filles, les images traditionnelles continuent de faire des émules. Personne, bien sûr, ne sera chômeur ou délinquant. Personne non plus pour embrasser la carrière de voyageur de commerce, de marchand à la petite semaine, de tenancier de bar, d’homme de peine, de femme de ménage. Normal. C’est ainsi que fonctionne le monde des enfants, à coups de rêves. La vie, hélas, se chargera de mettre les pendules à l’heure. Lire la suite


Je me souviens. Je devais avoir quatorze ou quinze ans et, déjà, je fréquentais assidûment les bouquinistes, même si je n’avais pas grand-chose à y dépenser. Mais j’aimais fouiner, feuilleter de vieux livres tout couverts de poussière, m’arrêter sur un titre, un nom d’auteur, une phrase qui m’accrochait l’âme. Lire la suite


— Esprit, es-tu là ?

Une soirée entre amis, un peu arrosée, et puis, à la fin, cette suggestion : « Si on faisait tourner les tables ? » Notre hôte, justement, vient d’acquérir, au vieux marché qu’il fréquente assidûment, un joli guéridon ancien. Quelques rires, et nous voilà tous les cinq autour du meuble antique, les mains se touchant par les auriculaires à quelques centimètres au-dessus de sa surface, selon la règle. On a tamisé la lumière, allumé quelques bougies et, un peu à l’écart, le plus sceptique d’entre nous fera le secrétaire. Lire la suite



Cela fait des années, des mois, des semaines, des jours enfin, qu’elle décompte le temps qui lui reste. Au début, cela lui semblait énorme. Elle pensait que le moment n’arriverait jamais. Et puis, petit à petit, le rythme s’est accéléré. Tout est allé de plus en plus vite. Un jour, il n’est plus resté que quelques mois, moins de douze. Elle a regardé derrière elle toutes ces années enfuies. Elle a pensé que la vie, finalement, ce n’est pas grand-chose. Ça ne vaut pas qu’on en fasse tant de cas.

Quand elle était enfant, on lui demandait « que vas-tu faire de ta vie ? » Elle ne savait pas, c’était si long, si terriblement infini, la vie. Cela s’étendait devant elle comme une plage à marée basse, avec la mer, là-bas, qu’on devine mais qu’on ne voit pas, tant elle est loin. Ou comme une route immense, toute droite, qui s’enfonce dans les nuages là où le ciel et la terre se confondent à l’horizon, et peut-être continue au-delà. Les enfants sont comme ça, ils vivent dans le présent, dans l’instant, sans imaginer que les choses pourraient changer. L’avenir leur paraît incertain, comme l’un de ces rêves qui peuplent leurs nuits. Ils les attendent pourtant, ces lendemains merveilleux, avec impatience. « Quand je serai grand… » Ils se voient policier, avec un bel uniforme et un gros revolver, ou astronaute, explorateur, garagiste. Les filles se projettent en infirmière, en maîtresse d’école, parfois en avocate. Elles jouent à la poupée, gravement, berçant sans savoir leurs enfants à venir. Elles lisent des contes de fées ou se gavent de feuilletons télévisés et, toujours, elles s’attardent sur le prince charmant ou le bel étudiant qui, un jour, déboulera dans leur existence pour y apporter le bonheur. Oh oui, ils pensent à l’avenir, les enfants, comme on pense à la récompense promise et rarement obtenue, au Noël rutilant de paquets mystérieux sous le sapin étincelant. L’avenir, c’est quelque chose de flou et de vague qui peut-être n’arrivera jamais, enfin jamais vraiment. Lire la suite


Avertissement : Oui, je sais, les puristes reprocheront au chroniqueur du jeune règne de l’illustre Adolphe-Bénito quelques majuscules intempestives. Que l’on ne s’y trompe pas cependant : elles sont volontaires, en dépit des règles d’une grammaire désuète. Car rien n’est trop grand ni trop beau pour célébrer la gloire Wallonne (et ceci est un premier exemple de la nouvelle orthographe que le chroniqueur se propose de faire reconnaître par l’Académie Royale de langue et de littérature Wallonne nouvellement sise en la bonne ville d’Eghezee, promue au rang de capitale du nouvel État).

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