« Non ! » – dis-je immédiatement, tout de suite, sans hésiter, pour ainsi dire instinctivement, car il est désormais naturel que nos instincts agissent contre nos instincts, que pour ainsi dire nos contre-instincts agissent à la place de nos instincts, et même les supplantent – je fais de l’esprit, si toutefois on peut considérer cela comme un trait d’esprit, en d’autres termes, si on peut considérer que la vérité pitoyable et nue est un trait d’esprit –, dis-je donc au philosophe qui venait vers moi, après que nous nous fûmes, lui et moi, arrêtés net dans cette forêt mourante rongée par la maladie, peut-être la tuberculose, et qu’on croirait entendre haleter, cette hêtraie, ou comment la nommer : j’avoue mon ignorance totale en matière d’arbres, je reconnais tout juste les sapins, à cause de leurs aiguilles, et puis les platanes, parce que je les aime et malgré mes contre-instincts, je sais encore reconnaître ce que j’aime, bien que ce soit sans cette violence qui me frappe en pleine poitrine, me noue l’estomac, me fait bondir et me galvanise, avec laquelle je reconnais ce que je hais.
Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas, Imre Kertész Lire la suite →