Cent jours.

Aucun éditorialiste ne doutait de la symbolique impériale de ce délai.

Cela sembla long. Cent jours à mûrir un texte si court. Le plus bref connu des juristes de la république. Deux mois de discussions houleuses aboutirent à une capitulation des extrêmes. L’unanimité à laquelle le Président tenait s’imposa.

La guerre est abolie. Lire la suite


Freak out, place au délire !

Le vrai, c’est faux !

Le Fake, c’est chic !

Avec le recul, je ne verse pas une larme sur mes engagements du temps où je me voulais un révolutionnaire et justicier du Net, toujours en chasse des escroqueries et mensonges dont tant de margoulins de la finance, des sentiments et des news sévissent encore. Une époque où je me gargarisais du titre quelque peu sulfureux d’irrégulier, voire d’anarchiste des réseaux sociaux et de la communication en ligne. Avant de laisser tomber ces postures de pirate d’opérette et d’opter pour ce que d’aucuns, me voyant à la tête d’une start-up florissante, ont pu prendre pour de l’embourgeoisement. Lire la suite


De toute façon, c’était plié, et même déjà rangé, remisé au fond d’une armoire pour cinq ans. On avait suivi ça à la télévision sur l’île. En tout cas au début, quand il y avait encore un enjeu, une forme d’espoir. Même si cet espoir ne concernait pas vraiment les insulaires. La métropole, d’accord. Mais ici ? Au milieu de l’océan, sur ce rocher perdu au milieu d’autres rochers, au milieu d’autres passions. Sur la plus petite des îles éparpillées, tout cela relevait de la fiction. Une belle mise en scène, savamment orchestrée, avec des images, beaucoup d’images, des petites apothéoses, des rebondissements, des chutes magnifiques et des remontées épiques. On n’avait pas mal picolé dans les bistrots du port en commentant les événements marquants de la campagne électorale, mais sans trop s’impliquer, comme on lève de temps en temps la tête vers l’écran pour suivre l’évolution d’une course cycliste – les écarts étaient importants. Certains soirs, les esprits s’étaient échauffés. Les verres successifs, les trains de bouteilles sur le zinc, les liquides sang et or avaient fait ressortir les vérités de chacun, les craintes, les frustrations. La présidentielle et les législatives étaient loin. Place aux élections municipales, place au concret. Lire la suite


— Dis-moi, grand-père, tu en penses quoi toi de ce clown de Micron-Macron- Macrounet ?

— Pardon ma petite Bérangère, de ce clone d’Emmanuel Macron.

— Pourquoi tu dis ça ?

— Parce que ce jeune homme surdoué n’est rien moins qu’un avatar du grand Charles de Gaulle.

— Comme tu y vas grand-père ! Lire la suite


L’homme de Macro-Mignon

À Madame la comtesse de la Verdière, en ses domaines de Provence

Eh bien, très chère amie, nous voici entrés dans l’ère de la macronitude active. Madame de Penajouir a dû provisoirement rentrer sa hargne et économiser son rictus, mais nous ne sommes pas sortis de l’auberge, comme me disait un tenancier de relais de poste. Avez-vous remarqué, chère amie, que dans l’ensemble de la province du Var, où nous avons nos terres, cette virago a recueilli quarante-neuf virgule cinq pour cent des suffrages d’une population apeurée par l’invasion des nomades étrangers qui viennent jusque dans leurs bras égorger leurs fils et leurs compagnes ? Aux larmes, citoyens, a-t-on envie de clamer. Lire la suite


L’Atlas vient de faire signe aux cerveaux amnésiques d’Acéphalopolis, en exhumant de son djebel Irhoud le crâne du plus vieil homo sapiens (300 000 ans). Pendant que les vivants se résignent à l’amnesthésie programmée, notre ancêtre parle : il exige d’être baptisé Amen (eau en langue amazigh).

Depuis cette lointaine source, à travers de multiples méandres, Amen est mémoire d’une histoire ouvrant, par-delà tous les horizons, sur un océanique destin commun…

« Make our planet great again ». Qui mieux qu’Atlas pouvait-il ressentir le poids sur ses épaules d’une aussi grave sentence ? Décochée par Baby Mac en réponse à Killer Donald, elle fut saluée comme la preuve d’une force de frappe jupitérienne. La tour Panoptic célébrait un nouveau leader de l’Olympe, jugé le plus apte à servir les intérêts de Kapitotal. Dans cette compétition mondiale entre deux champions ayant conquis le titre suprême, sur chaque rive de l’Atlantique, par de peu communes constructions de situations, la victoire symbolique devait aller au plus situationnisteLire la suite


Ce 17  avril 2017.

J-6 avant le premier tour de l’élection présidentielle.

L’aveu de Micro, quidam.

J’ai tiré une seule fois. La balle a percuté l’homme en plein crâne. Elle a eu raison de sa grande gueule. J’ai remballé mon flingue et dévalé l’escalier de secours de l’immeuble. J’ai sauté dans l’auto planquée dans la cour intérieure et pris le large. J’ai rempli mon contrat. Je suis l’assassin de Nicodème Dubois Gnangnan, un des candidats à l’élection présidentielle. Rien de plus facile après trente ans d’exercices à mon club de tir sportif. D’ici quelques petites minutes, mon commanditaire saura que j’ai réussi. Il n’a rien voulu me dire de ses motivations. Cela m’est complètement égal. L’important c’est le fric qu’il versera sur un compte off-shore aux îles Caméléon. Et la vie que je pourrai y avoir. Lire la suite


Assistons-nous à la projection d’un remake de « La grande Illusion » ? Admettons qu’un tiers d’année depuis son élection, le président français nous en fait voir de toutes les couleurs. Ce n’est sans doute pas étranger à ses intentions, de la part d’un penseur acquis au simultanéisme, dont le syntagme favori est « en même temps », et qui devient du fait de ce brouillage involontaire aussi insaisissable que le furet. La politique, on le sait, ne fait pas dans la dentelle, et les mailles tour à tour à l’endroit et à l’envers du nouveau capitaine de la France ne s’accommodent pas de la dictature du tweet que pratique son confrère yankee qu’il a diverti récemment en l’invitant à un régal à sa mesure : un défilé de soldatesque.

Avec son collègue de l’autre camp de ce qu’on appelait la « guerre froide », il a adopté un style différent. Le hasard a bien fait les choses : une évocation de Pierre le Grand occupant le palais de Versailles, il y a promené Vladimir Poutine. Cette façon finement ourdie de pratiquer une diplomatie à grand spectacle et aux registres contrastés lui a valu, dans un premier temps, un état de grâce qui, pour être plus court que d’ordinaire, transgressa les frontières de l’hexagone. La France n’aime rien tant que voir redoré son blason et elle en avait bien besoin, provoquée par la stupidité du Brexit et les démonstrations discrètes mais fermes d’Angela Merkel. Lire la suite



 

Lisa, pourquoi reviens-tu ?

L’e-mail de confirmation transmis par Lisa s’affiche sur l’écran, entre deux fenêtres de code défilant à vive allure. Pendant qu’une moitié de son cerveau observe les sauts d’exécution du logiciel en mode de débogage, l’autre moitié médite le sens du message et fait silence Lire la suite