Trop de raisons de sentir monter aux lèvres des signifiants de colère — ah ! les saintes colères ! — de réagir et d’agir par les temps qui mutent en presque toutes choses : où que l’on se tourne, où que l’on arrête son regard, crises et crisettes, petites apocalypses ou petites renaissances, fin d’une ère ou éclosion saignante d’une nouvelle humanité ou inhumanité, qui sait ?

Personne ne sait vraiment, surtout pas les présumées élites, mais ça se passe : ça navigue, ça surfe, ça trimarde à vue sur fond de syndrome Titanic, de prolifération numérique et virtuelles, de technologies de science-fiction et de croyances moyenâgeuses, de fractures sociales et de factures financières, de guerres larvées et de terrorisme à répétition… Lire la suite


Un homme ou une femme s’avance d’un pas joyeux sur la scène de ce monde, s’arrête devant le micro placé au beau milieu et y va de son allocution :

Vous tous ici présents,

vous tous, si nombreux, qui me voyez et m’entendez grâce aux relais satellites,

vous tous aussi, innombrables, qui nous suivez via les réseaux sociaux,

c’est à moi que revient l’incommensurable plaisir de vous annoncer la grande nouvelle, l’immense nouvelle, la fabuleuse nouvelle.

Musique ad hoc Lire la suite


 

Peut-être aurais-je dû intervenir avec plus de détermination, ne pas me laisser entraîner par les voix pernicieuses qui vous soufflent à l’oreille des conseils de sagesse et de prudence. Si j’avais agi avec le cœur en oubliant la raison, rien de ce qui suit ne serait arrivé. Je suis en colère contre moi-même. Il y a tout à regretter, mais les regrets sont vains. Lire la suite



Impossible de le dissimuler plus longtemps : la manie qui affectait William Beatty allait en se détériorant et faisait de plus en plus parler autour de lui. Si, au début, elle n’était apparue qu’épisodiquement, elle s’exprimait déjà alors d’une manière particulièrement éloquente. Et ces temps-ci, les espaces entre chacune de ses manifestations avaient tendance à raccourcir : de sorte que plus personne ne prêtait attention aux déclarations de son porte-parole qui, comme dans un rituel à présent suranné, continuait à soutenir que les propos de son patron avaient été « sortis de leur contexte » Lire la suite


Rien comme le temps pour faire mûrir les rancunes, nées il y a longtemps à l’ombre d’une injustice, engraissées par des offenses répétées et patiemment cultivées pendant des années, jusqu’à éclore – ou dois-je dire éclater ? – dans des colères foudroyantes. Rien comme la haine pour accélérer les temps des vengeances et tuer à bout portant sans remords ni arrière-pensée.

D. Ghazali, Extrait de ses Journaux Lire la suite


Le rédacteur en chef du « Sacré peuple » est guilleret : il a trouvé le beau sujet : La guerre, un privilège. « L’heure est grave » dit-il à la bécasse et son air jovial se teinte de gravité. « Les guerres qui surgissent de partout, mettent l’humanité en danger. Je pense aussi aux enfants dont on parle à peine et au-dessus desquels se battent et se déchirent les adultes. Ces petits aux figures barbouillées et aux sourires éclatants ne sont-ils pas l’avenir de l’humanité ? Cet avenir serait-il menacé ? Vous qui aimez tant marcher, allez au cœur des conflits et dites-moi ce qu’il en est de ces sauvageries djihadistes au nom d’Allah. Et si possible, penchez-vous sur la source de cette loi quasi universelle qui pousse l’homme aux conflits. Y a-t-il même une loi ? Je pense à la théorie des catastrophes de René Thom. Toutefois, je ne vous demande pas un article de théoricienne, mais à la fois du ressenti et du pensé. Il me faut de la pâte humaine dans ses dimensions les plus hautes, les plus basses. Allez ! » Lire la suite


Me dire que la seule lettre d’un huissier me coûte l’équivalent de ce me rapporte la vente de trois cents de mes livres.

(À l’heure où les librairies ferment).

N’avoir rien à perdre dans un monde où tout pousse aveuglément à gagner.

Surtout, surtout, ne pas adhérer au clan qui parle de croissance, mais rester au sein de celui qui cultive la richesse.

Taille moyenne. Lire la suite


La colère m’exaspère et va me rendre fou chante Larivaudière dans La fille de Madame Angot. Je n’en suis pas à la folie, mais ma colère ne faiblit pas, car les raisons de la recharger ne manquent guère. Elle se recharge au jour le jour, comme une rhinite ou un eczéma. Les objets qui la provoquent sont multiples et font de moi – au grand désagrément souvent de mes proches – un colérique autrement dit un indigné permanent. J’ai le choix, il s’agira ou bien de l’impossibilité de faire rencontrer morale et politique, comme le démontrent certains dérapages récents ; ou bien de constater l’arrogance des riches toujours plus riches face aux pauvres toujours plus pauvres ; ou bien de m’étonner que d’éminents penseurs (par exemple, Jacques Rogge) continuent à se lamenter au sujet des dérives du sport, comme si celles-ci n’étaient pas inscrites dans la réalité même du sport (de « haut niveau », et encore). Lire la suite