Décidément, le cyclisme, ça me poursuit. Pourtant, j’y ai renoncé. À quinze ans. Lors de mon anniversaire.

— Un vélo ? Tu veux un vélo ? Qu’est-ce que tu vas faire d’un vélo ? Tu veux faire le Tour de France sans doute ? Tu veux battre Eddy Merckx ? Je te préviens, Charlotte ! Ne crois pas sortir d’ici sur un vélo ! Tu n’iras pas à la rue là-dessus ! Alors, un vélo pour rouler en rond sur l’herbe du jardin, si tu veux ! Mais ça ne roule pas bien sur l’herbe, un vélo, n’oublie pas ça ! C’est toi qui vas tondre le gazon ? C’est toi qui vas passer la tondeuse chaque jour pour que ça roule bien ? Et abîmer la pelouse ensuite avec les roues d’un vélo ? Lire la suite


Aussi loin qu’il m’en souvienne, une année, un jeune homme au talent reconnu assurant à la télévision que sa participation était prématurée.

Et l’année d’après, une victoire avec un écart en dizaines de minutes sur les poursuivants.

*

Il est des moments où grandir semble n’appartenir qu’aux autres, où la gloire se trouve déjà dévolue. Lire la suite


Pour papa

Ses longs cheveux, lavés de frais, lui descendent à la taille, plus bas peut-être, difficile à dire tant qu’elle est assise.

Les mains aux doigts entrecroisés sagement posées sur les genoux, elle est parfaitement immobile. Seuls ses deux pouces, infatigablement, se caressent, se contournent, se tournent autour, rotation constante, tranquille. Lire la suite


Avant de me lancer dans l’écriture d’Une paix royale, un roman où j’évoque au moins autant les rois de la petite reine que ceux qui régnèrent sur la nation, il m’arriva de rencontrer certains d’entre eux que, dans l’enfance, j’avais particulièrement admirés. Plus tard, ils parurent avoir apprécié le livre, et participèrent même à son lancement au nord du pays et aux Pays-Bas alors que, dans sa version française, il était déjà poursuivi en justice. Lire la suite


Et si le Tour de France était la huitième merveille du monde ? Un monument, certes, mais vivant, mobile (ô combien), une installation — pour user du jargon esthétique contemporain — qui convoque un pays, le plus légendaire qui soit, et le met à contribution comme décor et protagoniste d’une épopée sans pareille ?

Il y a des tours dans d’autres contrées, souvent inspirés de ce prototype, comme il y a des Académies, des Comédies sur le modèle hexagonal, mais il n’y a qu’un Tour, que l’on a traduit dans d’autres langues, qui est devenu Giro, Vuelta, Ronde, mais qu’il suffit de nommer pour qu’on sache qu’il ne peut être que de France, d’une France conquérante, qui passe les frontières, enjambe les mers, annexera peut-être un jour d’autres continents, des planètes pourquoi pas, en demeurant pour autant le Tour, à savoir une promenade pédalante par les routes de France et de Navarre. Lire la suite



Comme chaque fois que nous nous déplacions, le voisin du dessous sortait sur le palier et nous criait dessus dans la cage d’escalier, nous décidâmes d’apprendre à voler.

Nous découvrîmes avec un ravissement enfantin que des ailes nous avaient poussé et que nous pouvions nous déplacer d’une pièce à l’autre sans toucher le sol, sans que résonnent nos chaussures ni que crisse le plancher. Mais, inévitablement les portes grinçaient lorsqu’on les ouvrait ou fermait. Les chaises, lorsqu’on s’asseyait, produisaient un peu de bruit qui devait s’entendre à l’étage du dessous. Toutefois notre déplacement aérien avait éliminé la source principale de bruit et nous pensions de bonne foi que l’époque des récriminations et des plaintes était dorénavant révolue. Lire la suite


En Tunisie, depuis des années, les internautes qui chattent contre le gouvernement sont enfermés. Internet est censuré. Lors des manifestations, seules quelques photos prises par les GSM parviennent en Europe. Les manifestants demandent du pain, du travail et la liberté.

Le 17 décembre 2010, un jeune marchand ambulant à qui on avait retiré sa licence s’est immolé par le feu. Ce geste a mis le feu aux poudres. Les jeunes de Tunisie ont appelé sur Facebook à descendre dans la rue. Car les jeunes savent détourner toutes les censures ; ils sont experts en logiciels. La rue s’est mise en mouvement. Les tripes du peuple ont vibré. Tunisie hurlante, des corps tabassés, des voitures de police renversées, des slogans hurlés et brandis, « Ben Ali dégage ». Il a dégagé, le 14 janvier 2011. C’est la révolution du jasmin.

De tout cela, Il reste un imaginaire, qui allumera l’étincelle des futures révoltes. Un raz de marée de blogueurs passant les frontières, envahissant tout le Maghreb, jusqu’au Moyen-Orient, la Jordanie, le Yémen… Lire la suite


Certains sont du soir, d’autres du matin, et Robert Botilde, étant du matin, avait au saut du lit enclenché son panoptic afin d’y renouer le contact avec ses semblables et comme qui dirait reprendre conscience de la réalité.

La réalité, effectivement, puisqu’il avait suffi à Robert de dicter son passe à l’ouïe de l’appareil multimédia — Rob-Bot, en dissociant bien les syllabes – pour se retrouver plongé en direct et selon son choix dans les lieux les plus chauds de la planète : soit sur le site Democrazy où se jouaient différents moments forts de la libération de ceux que les voix off des commentateurs qualifiaient, de façon insistante, de champions de la démocratie… Lire la suite


Si au moins le gros lard en pyjama de soie engoncé dans les rayures côtelées de son pantalon s’était éclaté la panse sur la Nadar, j’aurais pu exister ce 23 janvier. Il y aurait eu des bouts de chair orange partout sur le landau de son môme boule de gras, du ketchup humain sur la barrière, et franchement, ç’aurait rendu un bel effet fond-forme — de quoi se gargariser les neurones avec ce qu’on a appris, on s’ennuie pendant dix minutes parce qu’on connaît déjà tout ça, mais ça occupe, ça éloigne l’angoisse pendant ce court laps de temps, ça permet à l’air de gagner des parcelles de poumons et il fait un peu plus tempéré sur les tempes.

Mais non, bien sûr, ce 23 janvier je n’ai vu que la gueule de beauf des amis de Mélanie et la même mini-gueule de gnou des mioches des amis de Mélanie, avec tant de prépositions et de distance je me demande même plus pourquoi j’ai pas l’impression d’exister dans leur petit tas. Eux, ils vivent un truc, les connexions sont établies, on dirait, moi, leur réel, je le vois pas, j’ai juste l’air con, du coup, je parle pas, pas vraiment, je sais même pas ce qui sort de ma bouche c’est tellement jamais moi, que pour sentir quelque chose il faudrait que la panse du gros lard se prenne la Nadar mais c’est pas le cas. Lire la suite