À Godarville, dans l’entité de Chapelle-lez-Herlaimont, le Café des Amis reste ouvert fort tard. Des hommes d’un certain âge, que la perspective de retrouver la douceur du foyer n’enchante guère, y descendent jusqu’à plus soif des bières dont chacune est censée être la dernière. Ce soir-là, Cesare Lupino, descendant d’une obscure famille du Mezzogiorno dont le chef, il y avait déjà belle lurette, était venu chercher à nourrir dignement sa grande famille en arrachant de la houille des entrailles alors encore fécondes de la Wallonie, était en retard. Il entra sur le coup de vingt et une heures, en se faisant accompagner par la porte restée ouverte d’une forte bouffée de pluie (Gus Verdoodt, le Flamand, se hâta lentement de venir la refermer), rouge d’excitation, les derniers cheveux qui lui restaient en bataille, et lança à la cantonade :
« C’est fait, dit-il, l’ONU vient de décider de mettre le monde en soins palliatifs. » Lire la suite
