Aux amis de Georges Simenon

Depuis que la NASA a lancé sur le marché la machine à remonter le temps, la vie terrestre – dois-je le rappeler ? – a changé de fond en comble. Tout le monde veut remonter le temps. Tout le monde veut entreprendre au moins un voyage dans le passé, et tout le monde a d’excellentes raisons de le faire, d’être projeté à telle ou telle époque, proche ou lointaine, de l’histoire de l’humanité. Le slogan commercial de la NASA est bougrement malin : « Voyager dans le temps, c’est retrouver le bon vieux temps. » Lire la suite


J’aurais dû roupiller là-haut, dans la bergère face à la fenêtre. Les essuie-glaces peinent à balayer la neige du pare-brise, je n’y vois quasi plus. Heureusement, cette route qui dégringole entre les sapins, j’en connais chaque lacet, depuis quatre ans que je la parcours. Un laid matin, j’avais trouvé mamma étendue et frigorifiée sur le carrelage de sa cuisine. Ça fait deux heures, avait-elle prétendu, mais ce pouvait être deux jours. Une chambre se libérait dans l’ancien sanatorium de B* transformé en maison de retraite, que dirigeait une amie. Pas la porte à côté, mais j’avais l’assurance qu’elle y serait chouchoutée. Le lendemain, je l’installais. A-t-elle compris qu’elle finirait ses jours dans l’institution où la silicose, après une décennie de lutte oh combien haletante, avait emporté mon père trente-sept années auparavant ? Lire la suite


traduit par Stéphanie Follebouckt

Mercredi 11 novembre 2015

On est la onzième heure du onzième jour du onzième mois.

En fait, pas exactement. Plutôt neuf heures et demie après la onzième heure du onzième jour du onzième mois. Mais on est tout près (c’est pas comme si c’était Noël). Lire la suite


Il est des moments où l’histoire fait le dos rond. Tout va si mal, les enjeux sont si opaques, les perspectives semblent sans issue. Un sentiment diffus nous envahit peu à peu, une nostalgie si prégnante que l’on aimerait autant que le temps s’arrête, et même qu’il reparte en arrière. Une nostalgie s’impose, dispose comme d’un pouvoir aimanté, nous attire vers le passé, parce que vu dans le rétroviseur, il semble comblé de tous les dons. Étrange sensation, à rebours des règles même du devenir, qui suppose qu’on s’y abandonne, puisqu’il n’est pas de marche arrière possible. Lire la suite


Mardi 1er décembre – Hier, le journal La Voix du Nord, issu de la Résistance, présentait une photo sombre de Marine Le Pen en son Une avec un titre en pleine page : Pourquoi une victoire du FN nous inquiète. Rebelote aujourd’hui avec un dossier annoncé en première page : Marine Le Pen et le FN ne sont pas ce qu’ils disent. Ces gestes courageux seront-ils efficaces, utiles ? Réponse dimanche soir lors des résultats du premier tour des élections régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Lire la suite


 

Extrait d’Acéphalopolis, juin 2014

1

Un grand silence noir déploie son voile sur Jérusalem en Atlantide. L’acteur en scène devine sous lui l’abîme sans visage des origines, puis il regarde le plafond de la voûte céleste avec ses nuages et ses anges. La force tellurique ne se représente pas, quand la puissance cosmique génère une pléthore de créations imaginales. Si figurent des monstres au sein du peuple des statues, ces chimères ailées métamorphosent les énergies naturelles en œuvres de culture. Mais le chaos n’a guère de langage pour se dire. Le propre de l’homme n’est-il pas de contempler les nuages ? Lire la suite


 

Donc, avant tout, fut Abîme ;
Puis Terre aux larges flancs,
assise sûre à jamais offerte à tous les vivants,
[…] et Amour, le plus beau parmi les dieux immortels.(1)

Najat.

Cet hiver-là, je vis le doute et la crainte s’emparer des visages, s’installer dans les rues, occuper les conversations ! Cet hiver 2015 qui allait commencer dans quelques jours. Comme d’habitude, juste avant Noël. Quant à moi, jamais je ne pus traverser sereinement le long et humide tunnel de décembre, si faiblement éclairé, et l’appréhension commençait au changement de solstice, le 21 juin, très exactement. Jamais je ne pus supporter l’élargissement des nuits, l’obscurité étalée sur nous, les lumières crues des lampions partout répandues. Les boules trop colorées. La brusque joie des fêtes, l’ambiance souvent artificielle de famille et de chaleur. Je me sentais toujours hors de ce temps impie. Détourné et récupéré. Comme perverti. Lire la suite


 

Extrait d’une fiction inédite

La fenêtre donne sur la guerre qui a décimé mon enfance, la fenêtre donne sur les cris de ma mère. Mes mains empoignent la crémone mais, vidées de leurs forces, elles retombent feuilles mortes. Je dois sauter dans le vide pour rejoindre le jadis. Peut-être suis-je au rez-de-chaussée car des massifs de roses et des sapins maigres me font face. J’ai l’âge de la pluie qui se met à tomber, j’ai cent fois l’âge du pigeon qui débusque des vers de terre entre les dalles de la cour, entre les dalles de ma mémoire. Un pas me coûte une vie. De la table au lit s’étend le désert du Sahara. Le plus têtu, c’est mon pied gauche qui fait mine de se diriger vers la droite puis suspend son vol. Certains de mes membres sont caractériels, surtout à l’approche du soir. Voulez-vous vous distraire, Sarah, prendre un bain d’images télévisuelles ? Comment expliquer à l’aide soignante que je ne veux plus du dehors ? Que plus rien ne filtre du monde, voilà mon souhait, que rien ne contrarie mon grand retrait. Je travaille à faire le vide en moi, à me dépeupler de tout. L’actualité politique, les faits divers, la météo, les livres, les connaissances, le genre humain, tout passe par-dessus le parapet. Lire la suite


 

Comme tout semble petit de là où nous sommes.

Je ne dirais pas lointain car nous nous sentons encore très proches.

Mais le spectacle de chaque être, le parcours de chaque vie, jusqu’au ballet de la terre lui-même, tout nous semble miniature maintenant que nous avons pris la distance éternelle. Lire la suite


 

S’agit-il de valeurs ? De bonté ? Ou simplement de la nécessité d’accueillir ceux qui perdent leur patrie ? Le devoir peut être simple et quotidien, mais souvent très difficile. Son contraire absolu est la haine, je l’ai écrit et mon texte vient d’être traduit en roumain : Ura est o boala, la haine est une maladie.

En ce moment, il s’agit pour l’Europe de faire face aux nouveaux venus qui bouleverseront complètement notre équilibre déjà bancal. Mais… : Nouveau Venu, tu es mon frère et tu es ma sœur, mon père, ma mère et mon petit qui deviendra grand. Que faire d’autre que de t’accueillir ? N’avons-nous pas déjà suffisamment d’ennemis sur terre ? Ce sera difficile pour nous et les sauveteurs sont rarement aimés. Lire la suite