Planter là devant soi les amazones, c’est entreprendre une fois encore le grand voyage, celui des constructions et des perceptions. Soit trois types d’amazones : les originelles, celles de la Grèce antique — Penthésilée et Hippolyte —, celles du xviiie siècle et même du romantisme, façon Lady Montagu et Esther Stanhope (mais on peut aller jusqu’à Mata-Hari) et puis les Modernes, avec Xena la Guerrière et aujourd’hui toutes les bandes de filles déterminées à s’affranchir du mâle, poussées dans le dos par la « on-culture » des magazines féminins qui est conscience de classe, moulage de fesse et sent la fosse. Lire la suite


« Ethan Storm, le porte-parole de la Ligue Porneia, se refuse encore à tout commentaire. Il est toujours impossible d’affirmer avec certitude que les actionneurs qui ont fait la une ces dernières semaines sont membres de la Ligue. »

— Roh, ces putains d’actionneurs ! On va en entendre parler encore longtemps ?

Phil changea de chaîne, jusqu’à tomber sur la rediffusion d’un match de baseball. Suzan restait silencieuse. Elle ne savait qu’en penser. Elle n’était pas née à l’époque de l’adoption du décret de 12. Elle n’avait donc pas connu l’avant. Les actionneurs soulevaient le lourd couvercle posé par le décret. Ça la titillait, elle n’était pas certaine de comprendre pourquoi. Elle aurait voulu en parler à Phil. Ça n’était sans doute pas une bonne idée. Lire la suite



Quelque chose viendrait dans la transparence, dans cet air insouciant qui enrobe le vert des végétations. Dans ces lueurs solaires qui parfois trouent la canopée pour chauffer l’humus et faire briller les couleurs des grenouilles venimeuses.

Une respiration inusitée, un souffle traversé.

*

Accorder au serpent ses raisons d’être lent. Lire la suite


Au début, aucune carte ne mentionnait la présence de la base. D’évidents motifs de sécurité justifiaient le luxe de précautions qui avaient entouré sa création : la mission qui lui avait été confiée, et dont on savait qu’elle prendrait du temps, était d’une telle ampleur qu’elle ne pouvait supporter d’être distraite par des importuns et des curieux de toute nature. Financée par un groupe de philanthropes (et ainsi mise à l’abri de l’influence supposée néfaste des États et des gouvernements), cette mission n’avait pourtant rien de secret ; et il ne fallait pas voir une mauvaise allure dans l’isolement qui, depuis le début, avait entouré ses activités et l’avait préservée des regards inquisiteurs. L’équipe était constituée surtout de scientifiques de diverses disciplines, mais aussi d’artistes et de penseurs réputés pour leur indépendance d’esprit. La tâche qui lui incombait était aussi immense que d’extirper la mélancolie de l’âme humaine. Et au fond, c’était presque cela… Lire la suite


Amazone, amazone, amazone, Amazone. Le fleuve et la guerrière, deux puissances que seule la majuscule distingue. Le plus long cours d’eau de la planète, puisqu’il s’écoule sur 6 800 kilomètres, au débit de quelque 230 000 mètres cubes d’eau à la seconde, doit son nom, dit-on, à ces femmes armées d’arc aux flèches empoisonnées qui opposèrent une résistance forcenée aux conquistadors. Lire la suite


Elle roulait depuis dix minutes, la main droite tournant frénétiquement la commande de la radio, à la recherche compulsive d’une chanson qui lui ferait oublier qu’elle était en train de suivre un cercueil sur l’autoroute.

Elle avait été tirée du lit deux jours plus tôt par le téléphone. Il était six heures cinq du matin, trop tôt pour un sondage d’opinion ou pour un démarcheur vinicole. Elle s’était précipitée vers l’engin en se prenant les pieds dans les cartons éventrés, toujours remplis des vestiges de son ancienne vie. Elle avait peu dormi, trop peu ! Cette presque chute cumulée à un réveil brutal lui firent décrocher le combiné à moitié en larmes et rageuse. Lire la suite


1.

Si Belgritte s’intéressa au Tour de France, ont écrit de nombreux critiques d’art, s’il réalisa le cycle des Victoires d’étape (je souris à ce mot cycle surgi spontanément sous ma plume), c’est parce qu’il voulait rivaliser avec les célèbres Footballeurs de Nicolas de Staël. La plupart de ces confrères ont même consacré des pages prétendument bien renseignées à la profonde influence que de Staël aurait eue sur le grand peintre belge, ne se privant pas de faire remarquer que l’un et l’autre se connurent à l’Académie de Saint-Gilles et qu’on les vit souvent traîner ensemble tard le soir dans les bistrots qui bordaient, à quelques pas de cette école d’art, la jolie place de forme ovale qui porte le nom de Parvis de Saint-Gilles. Lire la suite



Papa-maman, ma douce enfance et Bruxelles qui sentait le gentil chocolat, vous ne m’aurez pas à ce petit jeu, auquel je préfère celui des plus exquis des cadavres : ceux qui traînent dans les placards.

Le plus notable des miens est un geste de consommation compensatoire : une grosse bagnole, une Espace deuxième génération (1995), V6 automatique, 17 litres pour faire cent bornes, pardonnez-moi Seigneur, mais vous me l’avez fait payer très cher. Elle a commencé à perdre de l’huile dès la livraison, l’alarme se déclenchait sans cesse et l’électronique défaillante bloquait le démarreur par temps de pluie. Néanmoins, une Espace quand on se retrouve seul pour les vacances d’été avec un petit garçon de deux ans, c’est déjà une activité en soi, du temps qui passe tout seul. On peut même dormir dedans. On peut se consacrer à l’enfant. Lire la suite