J’ai « fait » six Tours de France. Très précisément ceux millésimés de 1960 à 1965, c’est-à-dire un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître. Ou si peu.

Lors de « mes » Tours de France tout le monde pédalait et à la fin c’était Anquetil qui gagnait. En tout cas, dans cette séquence, il en gagna quatre sur six. C’était un peu monotone, j’en conviens.

Heureusement il y avait Poulidor. Lire la suite


Pour la seconde fois en un demi-siècle, les œufs de Pâques, en sucre et en chocolat, ont fondu dans l’herbe. Les mains enfantines les palpent, dans la rosée du matin, comme les pneus plats d’une bécane.

Il fait très chaud en ce tout début de printemps. Une faible brise fait osciller les tiges de graminées recouvertes d’un fin duvet blanc. Ces plantes te rappellent les semaines de vacances passées, chaque saison, à Mélin, avec François ton frère jumeau, dans la grande ferme des Fortemps bordant la place du village garnie d’un canon, vestige de la guerre de 14-18, sous un monument dédié aux Morts pour la Patrie. Ce canon a vu défiler une ribambelle de pelotons de petites reines lors des courses dominicales. Mais c’étaient les princesses aux nattes dorées et aux fines gambettes qui attiraient avant tout nos regards. Lire la suite


29 juin 1976 : J’ignorais que des otages étaient retenus dans un avion israélien sur l’aéroport d’Entebbe par des fedayin palestiniens.

29 juin 1976 : J’ignorais que la Commission européenne avait décidé de subventionner les agriculteurs touchés par une sécheresse exceptionnelle.

29 juin 1976 : J’ignorais qu’Eddy Merckx n’avait plus qu’une courte fin de carrière devant lui.

29 juin 2011 : Je sais que deux journalistes français sont retenus en Afghanistan par des talibans. Lire la suite


En 1949, j’avais près de neuf ans alors, mes parents et mes frères habitions une assez vaste maison sise à Wavre, au chemin des Flamands, devenu, allez savoir pourquoi, chaussée des Gaulois, une voie au revêtement encore fort rudimentaire. Cette année-là, qui vit la victoire de Fausto Coppi, le Tour de France traversa la petite ville du Brabant wallon, où il remonta la chaussée de Bruxelles. J’allai le voir passer à hauteur du passage à niveau sur la ligne Louvain-Charleroi (elle passait à l’arrière de notre jardin, et je ne me lassais jamais du spectacle des trains, en ces temps de locomotion à vapeur). Dans la caravane se trouvait une fourgonnette surmontée de haut-parleurs diffusant une chanson de Line Renaud fort à la mode cet été-là : Ma cabane au Canada. L’on disait dans le public que la chanteuse était présente dans le véhicule. Je ne l’ai pas vue mais j’ai cru la rumeur, toutefois pas jusqu’au point d’imaginer qu’elle remettait elle-même la chanson, en continu, tout au long du parcours de l’étape. Lire la suite


Oui Monsieur, bien sûr, enfance et Tour de France, nostalgie quand tu nous tiens, Bahamontes l’Aigle de Tolède, Bobet, Robic et compagnie, vas-y petit, appuie sur les pédales et baisse la tête t’auras l’air d’un coureur, mais oui monsieur, je sais l’interminable traversée des Landes, l’ascension du Tourmalet, les brûlures du soleil sur la peau, les chutes dans les descentes, du sang de la sueur et des larmes, oui Monsieur, je sais tout cela, et j’ai en tête des guirlandes de souvenirs que je tais par manque de temps pour les énumérer. Lire la suite


Les bicyclettes ou les vélos ont évolué depuis leur enfance : plus légers, plus rapides, changements de vitesse et dérailleurs s’accordent à l’effort. Des cadres profilés, des secrets de fabrication quant au métal, de la selle au guidon, de la roue aux pédales, chaque élément est objet d’attention, de mise au point. Tout est sur mesure pour affronter le terrain et l’adversaire, pour gagner en force et en souplesse une épreuve. Bientôt le grand périple en France et déjà celui d’Italie, la chaleur saisit les tendons et les muscles. Les paysages défilent, les étapes se succèdent.

Au matin, le journal attend son lecteur. En première page, deux titres frappent. Une interrogation : « Libérable pour bonne conduite ? » et une affirmation : « Cyclisme. Weylandt se tue au Giro ». Lire la suite


El árbol que tú olvidaste

Siempre se acuerda de ti,

Y le pregunta a la noche

Si serás o no feliz.

Atahualpa Yupanqui

Entre deux tétées, ma fille a conduit Eva, son aînée de deux ans, au cours de natation. Ma femme les accompagne. Elles m’ont laissé sur les bras la petite Célia, sept semaines depuis avant-hier. Ou plutôt, dans les bras : la porte refermée sur sa mère, elle s’est mise à pleurer.

J’arpente donc le living, la serrant sur mon cœur. Lire la suite



Cette année-là, la course prit son départ dans un petit village calme. C’eût été une situation banale si on n’y fêtait pas en même temps le concours des meilleurs cochons. Beaucoup avaient été envoyés de loin, sélectionnés pour leur grognement le plus expressif ou bien pour l’élégance avec laquelle ils plongeaient leur groin dans l’auge. Mais d’autres avaient été choisis pour leur comportement civique, leur aspiration à des rôles plus nobles que celui de fournisseur de côtelettes. Une occasion inédite leur avait été fournie par des docteurs en médecine humaine : à court de dons d’organes, on s’était mis à recruter des donneurs chez la race porcine. Et certains cochons, fiers d’avoir les organes les plus proches de l’homme, avaient émis un grognement par lequel ils exprimaient leur « consentement informé » pour le don d’un de leurs reins. Lire la suite


Quand j’étais petit, j’étais vraiment petit. Tout petit.

Ce qui n’empêchait pas un goût immodéré pour l’aventure et la découverte.

Mon papa, qui a toujours été un homme ingénieux, m’avait construit un bathyscaphe à ma taille pour me permettre de voyager dans les conduits des égouts. Lire la suite