« Et pourtant, ils sont largement tolérés, quand ils ne sont pas annoncés par la presse. Un article du Courrier de Memphis, en 1921, prévient les lecteurs : « Lynchage possible de trois à six nègres ce soir ». Les forces de l’ordre n’interviennent pas, complices ou débordées. Quant aux lyncheurs, souriants sur les photos de l’époque, les enquêtes n’aboutissent jamais, leurs auteurs étant invariablement définis comme « un groupe d’hommes non identifiés ».

Foi de quidam, Rolle (nom d’emprunt) ne s’était pas attendu à un tel déferlement. Lire la suite


Bien avant de recevoir le prix Goncourt, Marie Ndiaye a déclaré monstrueuse la France de Sarkozy. « Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : « La droite, c’est la mort ». Pour moi, ces gens-là représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible ».

De tels propos, c’est plus que ne peut en supporter l’obscur député UMP, Eric Raoult. D’une belle envolée écrite, il propose au ministre de la Culture, d’astreindre tout lauréat du prix Goncourt au « devoir de réserve » au nom de la cohésion nationale… Lire la suite


Au-delà de toutes les hécatombes, quand viendra l’heure d’offrir digne sépulture aux milliards de victimes, que fera-t-on de ce cadavre-là ?

Je ne sais venue d’où cette idée m’a traversé l’esprit.

Soupèsera-t-on quels avaient été, en ces temps apocalyptiques, les avantages comparatifs de la peste et de la famine, de la guerre et de la mort par moyens archaïques ? Fera-t-on le tri ? Si l’on considérera sans doute que ces quatre cavaliers de la prophétie biblique avaient pu être les principaux destinataires de tous les progrès techniques, par procédés chimiques et physiques appropriés, négligera-t-on dans le charnier les dépouilles ayant connu l’arme blanche ou les simples coups, la corde pour les pendre ou le croc du boucher ?

Et que fera-t-on de ce cadavre-là ? Lire la suite



D’accord, Madame, je n’ai rien d’un enfant de chœur.

Le plus drôle, c’est que je l’ai été. Deux ans, trois peut-être, la mémoire fout le camp. Mais les odeurs me restent, écœurantes, chêne ciré, encaustique des cuivres, moisi de la sacristie, naphtaline des surplis, mixture de fleurs fraîches et fanées, puis l’encens, l’encens, qui vous imprégnait tout, les cheveux, les habits… Lire la suite


Il se trouva un jour être devenu le dernier écrivain à ne pas rédiger ses textes sur ordinateur. Ce n’est pas qu’il méprisait la technique (on disait autour de lui « technologie », ce qui était fautif, mais il s’y était fait, comme au reste) moderne, mais de voir courir la plume de son stylographe sur les pages de son cahier à spirale latérale le remplissait d’une joie que le tapotage du clavier d’un PC n’était pas capable de lui apporter. Il avait assisté à des essais, dans l’intention d’aligner ses mœurs scripturaires sur celles de ses collègues, mais les textes que la chose produisait lui paraissaient maladroits et inélégants. De la plume avant toute chose, se répétait-il chaque fois qu’il se décidait à écrire. Ses lecteurs ne s’en plaignaient apparemment pas, car ses livres se vendaient plutôt bien, et la critique lui était généralement favorable. L’un des ténors dans cette honorable activité l’avait bien un peu brocardé sur son obstination à écrire au stylographe. « Ne vous sentez-vous pas un peu ringard ? », lui avait-il demandé. Il en avait convenu, un peu, peut-être beaucoup, mais sans en éprouver la moindre des culpabilités. Lire la suite



La porte fermée, il ouvre son ordinateur et se met à écrire.

Le monde, tout à l’entour ne l’ennuie pas particulièrement, il en souffre même plus qu’il ne voudrait, il pressent de terribles catastrophes qui s’annoncent entre deux pages de pub, non, ce monde, il y est logé à la même enseigne que son voisin et ceux d’en face et de plus loin encore qu’il ne peut voir ou entrevoir les limites de son monde mais ce qu’il sait c’est que dans cet appartement, celui qu’il occupe depuis bientôt dix ans, des choses l’encombrent, des êtres manquent, des corps s’emmêlent dans ses souvenirs.

Mais ce monde est en lui et il ne peut se désencombrer de chaque chose qu’il a entassée lentement au début, mais la vitesse s’accélère, et il lui reste de moins en moins de place pour trouver sa place à lui. Lire la suite


Elle est trop grosse, elle est trop maigre, elle ne correspond pas aux normes. Elle subit le regard désapprobateur des passants lorsqu’elle ose s’attarder et s’offrir au soleil des terrasses.

Il n’y en a que pour les mannequins tout droit sortis des magazines et des publicités ; sur les affiches, les écrans de télé.

Elle sent combien elle dérange.

Elle ne sera jamais conforme. Lire la suite


Quelque part dans un royaume improbable, perdu dans l’univers.

Ce sapin est vraiment limite. Je suis certain qu’à l’écran on doit voir que les boules sont les mêmes chaque année. Au fond tant mieux, ils penseront que les économies ont commencé. J’ai chaud. Cette étiquette me gratte. C’est quand même scandaleux, ce costume que je n’ai même pas choisi et qu’on m’a facturé le prix d’une Alfa Roméo. Alfa Roméo que je n’aurai jamais d’ailleurs. Il y a des choses qu’on ne choisit pas. Une vie par exemple.

Soupir chargé. Lire la suite