Life went on, and the erosion of democracy and constitutional rights was slow and hardly noticed.

Howard Fast, Being Red

À JeF et Athena, Cleveland OH, qui nont pas de pétrole À Issa Ait Belize, Tilff BE, qui n’en a pas plus

L’Arbre du Ténéré est mort. Au même instant naquit l’Empereur qui venait du pétrole.

L’Arbre du Ténéré est mort. Le vieil acacia solitaire, qui avait vécu plus de trois siècles en allant puiser des traces d’eau à cent coudées de profondeur dans le sable de l’oued desséché, a été heurté par un camion. Phare du désert, il était le point de ralliement des caravanes, le trait d’union entre les hommes qui marchent. Et lorsque ceux-ci ont préféré rouler, son sort fut scellé. Le feuillage de l’ancêtre avait offert une ombre bleutée et apaisante à de nombreuses souffrances. Il n’en reste aujourd’hui que grises poussières invisibles dans l’erg infini. Ses branches discrètes avaient recueilli les bavardages de générations de caravaniers, et cette mémoire fut condamnée. Son tronc avait inscrit au centre des cartes de l’Afrique un repère infaillible qu’un monument métallique prétend aujourd’hui remplacer. Mais les racines de notre arbre, plongeant au cœur de la matière, s’étaient mêlées à celles des premiers arbres du monde pour assurer la pérennité de la grande fraternité des Êtres. Lire la suite


Depuis des mois on patiente, on guette, on suppute. Comme tout le monde, la bécasse attend. Pour un peu, pense-t-elle (elle a presque honte de cette pensée), on espérerait que ça vienne à la fin, c’est trop dur d’imaginer les bombes, les microbes, les scuds, les lambeaux de peau qui flottent aux branches des arbres calcinés ; les hurlements des blessés sous les sifflements des sirènes et le tonnerre des mitrailles, on n’en peut plus, c’est comme si la guerre était déjà là, comme si on la vivait, comme si elle avait déjà eu lieu. Et quand elle aura lieu, elle n’aura plus la moindre importance, une sorte de réplique de la guerre du Golfe, un non-événement. Par contre, l’imaginaire en ébullition, les nerfs à vif devant cet interminable sursis, cette guerre suspendue, ces va-et-vient de diplomates, d’inspecteurs, de journalistes, de photographes, de commentateurs qui se mêlent à la foule de Bagdad, qui écoutent les conversations, tentent de percer le secret de ce peuple fier, imprenable, que galvanise le dictateur, tout ce virtuel, oui, l’événement ne sera pas la guerre à l’Irak, il est dans cette attente interminable, ici, maintenant. Lire la suite


Le bon maître est celui qui tout en réchauffant l’ancien est capable d’y trouver du nouveau !

Confucius

Il faut que je parle de ma peur à Tarass…

Au temps des bars, j’avais un père qui m’aimait… Tarass !

Hello, dad ! White House, Sunday 16 Lire la suite


Diplômé de l’école hôtelière de Namur, Raoul Fourneau – un nom prédestiné – travailla quelques années en cuisine, puis en salle, dans une maison bruxelloise dotée de trois étoiles dans les guides spécialisés. Il y acquit une formation professionnelle d’excellente qualité. Il pensa alors à s’établir à son compte et à exploiter une auberge à la campagne, un genre d’établissement dont raffolent les citadins cherchant pour leur week-end la tranquillité et une table aux mets raffinés.

À l’époque, Raoul avait retrouvé une élève ayant fréquenté la même école que lui. Francine Gérardy s’y connaissait aussi en cuisine. Elle vous mijotait des plats à vous faire saliver, utilisant surtout des produits du terroir et se souvenant de vieilles recettes familiales. Raoul et Francine avaient l’âge de penser au mariage. Ils se rencontrèrent régulièrement et décidèrent bientôt d’unir leurs destinées. Lire la suite


I have a dream

Martin Luther King

Pour Bob Merril et Michel Joiret

C’est quand j’ai papillonné des feuillures, ce matin, que le constat s’est imposé : c’était arrivé. Une rage à faire tomber les dents… la boîte à vif… les nerfs… mes pauvres nerfs… Lorsque j’ai ouvert les yeux, c’était déjà là. Lan-ci-nant. Pas palpable mais là… diffus, mais à écorner les cocus. Strident, mais… Des ratiches, j’en ai plus beaucoup… ça devrait donc limiter les risques d’infection, non ? On se dit ça, mais faut croire que pas. Lire la suite


Le Bushland est le pays des aigles USA. De tous les aquilidés, les USA sont les plus grands, les plus forts, les plus puissants du monde. Ils règnent dans les airs, sur la terre et sur les mers. À l’arrivée des USA, le pays était habité par des oiseaux au plumage chatoyant à dominante rouge, qui vivaient en petites colonies et en très bonne intelligence avec les bisons alors fort nombreux. Les USA détestèrent ces oiseaux indigènes au premier coup d’œil, leur firent une chasse impitoyable et parquèrent les rares survivants, complètement déplumés, dans des cages. Lire la suite


« Entre désastre et mensonge, peu importe, nous avons fait ce que nous pouvions, la poussière retombe sur des villes dévastées et les hommes tentent une fois encore de se ressaisir devant mes caméras, leurs ânes s’effondreront toujours sous leurs coups de bâtons et leurs femmes, enfouies sous des burkas aux chaudes couleurs de ciel, parviendront une fois de plus à excuser les barbares qui les tannent au nom de leur victoire récente. Elles savent que cela ne durera qu’un temps, que les vaincus d’aujourd’hui viendront la nuit trancher de nouvelles gorges, alors, elles tentent de sauver leur tête en la faisant disparaître sous des plis de coton aérien… Bin Laden court le monde, les morts acquiescent dans des sépultures de sable et les vivants rêvent de revanche… Je n’ai plus rien à faire ici, je sens que mes os se glacent à l’idée des réjouissances qui vont suivre. Je me sens loin de tout cela déjà, les mines, la misère, les traditions et la modernité la plus sotte achèveront ce que les chefs de guerre auront épargné. Il est temps de rentrer chez moi et de concentrer les forces qui me restent à combattre là où le mal empoisonne, c’est au pays que je dois forcer la bête à reculer, c’est décidé, je rentre. » Lire la suite


 

C’étaient deux police blacks

Qui pratiquaient le slang

Ainsi que le colt cobra

Ils m’plaquent au mur du Bronx

Et je défie quiconque

De ne pas avoir les foies :

« You’re under arrest ! »

Serge Gainsbourg

« Chaque nation, dans chaque région, doit se décider : soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes. »

(George W. Bush) Lire la suite


— Entrez.

Le type passe la porte. Il n’est pas content. Ce n’est pas le psychiatre avec qui il a rendez-vous. Comme cela se fait-il ? Et pourquoi, bon Dieu ? On aurait dû le prévenir ! Inadmissible ! Et puis, le remplaçant est cent pour cent black, avec une tête de violeur, de condamné à mort.

— Installez-vous.

Le type s’assied devant le bureau du psychiatre, à califourchon sur la chaise, comme s’ils allaient avoir une discussion aussi simple et efficace qu’un western. Il y a du défi dans ses yeux. D’ordinaire, si on le voit pour la première fois, on n’a pas envie de casser la figure d’un psychiatre. Celui-ci a remarqué les mâchoires serrées et les zygomatiques crispés de son vis-à-vis. Il se dit que, après tout, chacun fait ce qu’il peut. Ce n’est pas toujours adéquat, cela provoque souvent des chocs en retour, mais enfin, les gaffeurs, les complexés, les suicidaires, ça existe et ça fait vivre les psychiatres. Lire la suite


La petite planète où nous sommes est dans la main d’un seul petit homme et l’on voudrait que cela fonctionne ? Depuis que le monde a cessé d’être bipolaire, jamais il n’y eut une telle concentration de pouvoir en aussi peu de dépositaires. En un seul, en fait : la structure politique des États-Unis est ainsi conçue, son président est investi d’une autorité telle que l’on ne peut que sourire amèrement à l’idée que cette même nation se donne pour la première démocratie au monde. Laissez dès lors ce même potentat sans rival à l’échelle de l’astre tout entier, et vous avez la situation que nous sommes en train de vivre : Ubu-Roi, non pas comique, mais cosmique.

Au temps de l’un de ses prédécesseurs, Richard Nixon, les caricaturistes allaient bon train. Peu de présidents furent autant haïs. Le pauvre homme, qui était loin d’être un petit saint, mais qui avait une certaine stature d’homme d’État, sous le mandat duquel l’homme marcha sur la Lune et l’Amérique se mit à parler avec la Chine connut, avant la destination, toutes les épreuves, et en particulier celle du ridicule. Il fut plus parodié que quiconque, eut droit à un pamphlet dévastateur par un des plus grands écrivains de son temps (le « Tricky Dickie » de Philip Roth) était devenu la tête à claques de son époque. À côté de lui, George W. Bush semble étonnamment épargné. Roth s’est contenté de dire, devant une caméra de télévision, qu’il était un âne. Arthur Miller a déclaré, pince-sans-rire, qu’il lui semblait mal préparé pour le job. Pour reprendre une expression chère à une grande dame du journalisme récemment disparue, il semble que la consigne ait été donnée de ne pas tirer sur une ambulance. Lire la suite