À l’instar des tours de San Gimignano érigées au XIIe siècle ou la « Trump Tower » à notre époque, les riches vivent dans la verticalité de puissants phallus dorés, quant aux pauvres, ils gisent sur l’horizontalité du sol boueux ou aride, de la neige, ou du bitume fissuré.

 

Nicole, bénévole dépressive du Samu social, m’a ramassé au pied de la plus haute tour du monde, où chaque terrasse abrite une piscine. Ivre mort, je raclais le sol de mes incisives. Elle m’a transporté au camping Rosetta qui s’étale juste à quelques mètres de la « Goldman Sucks Tower », là où traînent les tamponnés de la vie. Du haut de la tour, les habitants sirotent des cocktails en regardant les ratés ramper dans la fange. Leurs enfants font des concours de crachats en leur direction. Lire la suite


Que demande le peuple ? Ou, pour le dire de façon moins connotée : que demandent les populations, aujourd’hui ? La réponse me paraît plus claire que jamais : elles demandent plus de pouvoir.

Pourquoi ? Parce que les gouvernements dirigeants, depuis quelque temps, manifestent une image de grande faiblesse et d’esprit obstiné d’inadaptation. La demande de pouvoir des populations est fille d’une trop longue politique de la déception. Lire la suite


Cela s’est passé quand j’étais ministre de l’Emploi, dans un gouvernement communautaire de centre-centre, pour le parti du Citoyen. Je ne me souviens pas de la date exacte mais cela s’est déroulé juste après le deuxième mandat de Trump et avant l’installation du 46e Président des États-Unis. Son élection sur Koh-Lanta m’avait tenu éveillé des nuits durant, décalage horaire oblige. Son nom m’échappe, mais je me souviens de son audimat : 45 % de parts de marché. Cette procédure de désignation avait été instaurée par l’administration trumpienne afin d’assurer la participation maximale du peuple américain au processus démocratique. Et cela semblait fonctionner : le plus futé avait survécu et pouvait dès lors chausser les charentaises présidentielles pour arbitrer, en direct, les combats de lobbyistes dans la boue. Lire la suite



On ne présente plus Désiré Dudu, que certains surnomment DD ou Dédé.

Lors du seul et unique voyage de quatre jours que j’ai effectué dans son beau et vaste pays, j’ai eu l’occasion de constater à quel point il était populaire, à quel point il était aimé par son peuple, et surtout à quel point il était chéri et adoré par les femmes. Les statistiques prétendent que quatre-vingt-cinq pour cent d’entre elles votent pour lui depuis des années et des années – en fait, depuis qu’il est arrivé au pouvoir, il y a plus de trois décennies. Lire la suite


Il était une fois un pays, véritable don béni du ciel, dont le sol recelait des réserves minérales en quantité innombrable. Ignorant l’existence de celles-ci, la population vivait de la manière la plus simple qui soit, se contentant de la cueillette, de la chasse, de la pêche et des cultures vivrières.

Un beau jour, un explorateur échoua dans cet Eldorado inconnu. Il avait du flair ! Il fit venir des prospecteurs, qui décelèrent presque partout des trésors. Du jour au lendemain, ce pays passa sous le joug colonial. Joug ? C’est ainsi que la colonisation a toujours été considérée, mais le colonisateur éradiqua l’esclavage, la lèpre, la maladie du sommeil et construisit, en plus d’hôpitaux et d’écoles, des routes et des chemins de fer. Belle occasion pour les bons pères à la longue soutane blanche et à la non moins longue barbe grise de faire leur apparition pour évangéliser les indigènes. Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes. Heu… presque tout, car les frustrations ne peuvent jamais manquer lorsqu’on est colonisé. Lire la suite


Le texte qui suit n’est pas une fiction, mais un récit. Je me suis efforcé de reconstituer une de ces rencontres qui d’habitude nourrissent les nouvelles ou romans dans lesquels je les insère parmi des inventions imaginaires. Je n’ai ici modifié que le nom de la jeune femme dont je témoigne de quelques bribes de vie, confiées naguère et quelques lieux qui pourraient l’identifier. Pour le reste, tout est vrai ou plutôt conforme au souvenir que j’en ai conservé. Pour le reste, seules les exigences de l’écriture ont imprimé à ce texte la part de subjectivité qu’impose la fragmentation de la narration.

Je suis un piéton des villes. Partout où il m’est donné de passer quelques heures dans une métropole, je ne me prive pas de l’arpenter au hasard des rues que je découvre au fur et à mesure que mes pas m’y entraînent. Ce sont des déambulations sans but ni raison. Je marche simplement, comme si j’appartenais à la ville inconnue ou que j’essayais d’en donner l’illusion. Je m’arrête devant les vitrines des magasins, j’y entre parfois. J’évite les lieux que m’auraient indiqués les guides touristiques que j’abandonne à l’hôtel. J’essaie de me perdre. À Bruxelles, où je vis depuis près d’un demi-siècle, je pratique aussi cet exercice de curiosité et d’étonnement. Bien sûr, il m’est très difficile de m’égarer dans la capitale européenne que je dois aujourd’hui connaître mieux que n’importe quelle autre cité. Pourtant, se modifiant sans cesse, elle m’offre toujours son lot de surprises. Celles-ci sont parfois des rencontres. Lire la suite


Dune du Pyla, 11 octobre 2015

 

Donald l’a repérée dès son apparition sur la terrasse de « La Co(o)rniche » où il discute avec Alain Juppé « the fucking mayor of Bordeaux » comme il l’appelle. Ce n’était pas une négociation facile, Juppé semblait contrarié, limite agacé. « French Bullshit » pense Donald. Du coin de l’œil sous sa mèche blonde, il surveille les allées et venues de cette jeune rousse aux cheveux lisses le long de la piscine à débordement qui semble prolonger la vue sur le bassin d’Arcachon et le banc d’Arguin. – « Beverly Hills style bitch »- mais quelque chose d’un peu distrait et méprisant dans son allure lui dit qu’elle fait partie des « rich and famous » ! Lire la suite


Jeudi 1er décembre – François Hollande renonce. À l’ouverture des journaux télévisés de 20 heures, alors que l’on s’attendait à ce qu’il annonce sa candidature, en une voix blanche et quelque peu hésitante, il déclare qu’il ne concourra pas à la prochaine élection présidentielle. Ce soir, et surtout demain matin, toutes les réactions, de quelque côté qu’elles viennent, contiendront des mots comme élégance, lucidité, courage… Dans quelques mois, les gens de gauche commenceront à dire timidement qu’ils regrettent François ; et un peu après, des livres paraîtront, des émissions naîtront dans le paysage audiovisuel pour démontrer que ce quinquennat n’était pas si mauvais. Entre-temps, le peuple de France aura choisi le successeur ; et il est fort peu probable que Manuel Valls, malgré son dynamisme, sa volonté, sa force de conviction, parvienne à l’emporter. Comme en 2002, il est même possible que la gauche doive choisir entre la droite dure (Fillon) et la droite encore plus dure (Le Pen). Mais on peut toujours rêver. L’époque semble figée tandis que l’actualité ne cesse de transformer les incertitudes en surprises. Lire la suite


Ubu roi est une pièce de théâtre d’Alfred Jarry (1873-1907) publiée en 1896 dans la revue Le Livre d’art puis dans un volume édité au Mercure de France. Ce « drame en cinq actes en prose, restitué en son intégrité tel qu’il a été représenté par les marionnettes du Théâtre des Phynances en 1888 » (c’est le sous-titre exact de l’édition originale) est créé en décembre 1896, à Paris, par la troupe du théâtre de l’Œuvre, dirigée par le comédien Lugné-Poë. Lire la suite