À la mémoire
de Jeanne et Margret
d’Avram et Ahmed
qui auraient pu jouer ensemble
Criquelions, avril 1944. À peine descendue dans l’abri (creusé au jardin par mon père et notre voisin), je m’aperçois que j’ai oublié ma poupée. Je remonte aussitôt les quelques marches de terre battue. « Maïe ! Reviens ! » Je n’écoute pas. Je cours à la maison. Trop tard ! La bombe explose, le déplacement d’air est si fort que je suis projetée au sol puis traînée sur les cendres de la cour. J’ai les mains, les bras, les genoux, les jambes en sang. « Quand on désobéit, on est toujours puni, » martèle ma mère en nettoyant mes plaies à l’éther puis en les badigeonnant de mercurochrome. Maman est partagée entre la peur, la colère, le soulagement : cette fois encore nous sommes en vie, cette fois encore la maison est debout. Lire la suite
