Jacques est assis sur une chaise à l’avant-scène, il regarde dans une énorme lunette vers le public. Le reste de la scène est assez sombre mais on devine un homme couché dans un fauteuil.

jacques : La terre a tremblé.

zek : Qu’est-ce que vous dites ?

jacques : La terre a tremblé.

zek : Attendez, je vais dessiner. Il le faut n’est-ce pas ? Donc, vous dites ?

jacques : La terre a tremblé. Lire la suite


La MOndoVIsion® égrenait son chapelet de messages sanitaires de bon aloi, comme tous les matins à la même heure. Arnold n’y faisait plus attention mais il savait, la MoVi® le lui avait appris, que ça lui rentrait malgré tout dans le crâne. Bien pratique : il devenait moins bête sans faire d’effort. Il se contentait pour l’heure d’ingurgiter le petit-déjeuner idéal, conçu sur mesure par son ASSistant Ménager PersonnelTM. Il termina rapidement ce savoureux repas et s’apprêta pour le trajet vers son lieu de travail. La manœuvre se résuma à enfiler des pantoufles, confortables vestiges des siècles passés. Il se dirigea ensuite nonchalamment vers son EXTension HAbitable MODulaireTM et s’installa dans le large siège qui trônait dans cet espace cubique sans aucune décoration. Une paroi descendit devant Arnold. Son siège pivota de cent quatre-vingts degrés pour faire face au mur du fond. Une image s’y forma et le monologue de la MOndoVIsion® reprit pour accompagner le passager de l’ExtHaModTM dans son voyage. Arnold ne prêta aucune attention au bruit qui accompagna la phase de détachement. Pas plus qu’il ne se soucia de l’accélération. Et le cadet de ses soucis était l’absence totale de fenêtre dans le module comme dans tout son minuscule domicile. Pourquoi se préoccuper de l’Extérieur quand on avait tout ce qu’il fallait chez soi ? Lire la suite


« Bravo au peuple du monde ! »

Quel prétentieux encouragement, n’est-ce pas ? Cette prétention n’est pourtant pas ressentie lorsqu’un « Bravo au peuple de… » (au choix, en cette période multirévolutionnaire) s’affiche sur le « mur » d’une page Facebook. Si l’écrivain qui félicite un peuple est prétentieux et l’internaute ne l’est pas, comment évaluer le propos ? C’est simple : il suffit de le dire. Dites : « Bravo au peuple d’Égypte », par exemple dans une soirée entre amis, dans l’autobus ou dans votre baignoire. Vous serez saisi même si cela ne vous noie pas. Lire la suite


— Maître, vous avez la parole.

— Je vous remercie, Monsieur le représentant général des citoyens. Il m’échoit donc la lourde tâche de défendre ici le juge Coppens pour les graves préventions qui sont retenues contre lui. L’instruction a été menée à charge et à décharge par les instances compétentes, à savoir l’Association nationale des journalistes professionnels. Conformément à la règle, tous les éléments de l’enquête, à tout le moins ceux acceptés par les instructeurs, ont été soumis à l’avis des citoyens par voie de référendum sur internet et de publication dans tous les grands quotidiens en ligne. La nation entière connaît donc les détails de l’affaire, sauf que…

— Maître, nous savons tous cela. On vous demande de défendre votre client, pas de nous donner un cours. Le peuple connaît parfaitement les règles de procédure pénale. Poursuivez, mais soyez concret, et restez dans le cadre de la mission qui vous est impartie. Puisqu’on n’a pas encore supprimé les avocats, il faut bien que nous vous écoutions…

— Eh bien, Monsieur le représentant général des citoyens, je vous l’annonce alors d’emblée : je demande l’acquittement de mon client. Lire la suite


Le Tour 2012 ralliera Tournai.be

repartira d’Orchies.fr

 

Passera Passera pas

j’irai fixer mon maillot jaune

sur la carte Google Maps

Nous sommes cent

nous sommes mille

avec nos dossards blanc cassé

numérotés estampillés

Nom Prénom Ville Titre

Vu

y a déjà le bourgmestre et le maire

les ténors du Basket Templeuve

trois confréries du Carnaval

l’entraîneur de l’Excelsior et celui des Minimes

Sam du Café des Sports

la famille Lemoyeu

le poète Raoul de Saint-Guidon

Message Pas message

ton cri du cœur

plus grand qu’un ex-voto

plus trash qu’un folder

« Je porte mon soutien pour que ça se réalise » (Jean-Guy Sapin, sic)

Nord Éclair et Voix du Nord

en français en picard en flamand

On y va

Va pour le Tour

Un pavé au clavier

« Paris-Roubaix nous sauvera »

Cliquera Cliquera pas

sur l’écran de la Boucle

y a des drapeaux vengeurs

des phrases à cueillir

J’irai chuter sur vos routes

J’irai cracher sur vos pompes

et mousser

dans vos éprouvettes

J’écrirai au karcher

des prénoms prestigieux

Alberto Sylvère Eddy Lance

Ce jour à 18 h 42

je plante mon tee-shirt virtuel

sur le planisphère maillot jaune


On n’habite pas un pays, on habite une langue.

Une patrie, c’est cela et rien d’autre.

E.M. Cioran

Il avait lu, des années auparavant, le journal d’un cinéaste allemand qui, apprenant la nouvelle de la maladie d’une amie, critique de cinéma qu’il chérissait, avait voulu faire à pied le trajet entre Munich et Paris pour la rejoindre. Selon une croyance qui a jeté sur la route des millions de pèlerins de toute religion, ce cinéaste pensait que la lenteur et l’effort du voyage à pied incitent le dieu auquel on croit à exaucer la prière qu’on lui adresse. Et conduisent au salut du marcheur. Ont-ils raison ? Et est-ce le mot qui convient ? Mais, toute rationalité suspendue, je me suis demandé quelle était la prière de Paul A., cet homme avec qui j’avais entretenu une relation aussi passionnée que distante, quand il entreprit de marcher du sud de l’Europe, où son cheminement l’avait mené, jusqu’à Bruxelles. Et si, au-delà de son propre salut, un autre miracle l’attendait au bout de sa route. Lire la suite


Toutes les révolutions ont secoué le joug et l’oppression, sauf la toute dernière. Qui voit les jeunes gens adorables déambuler le long des avenues équipés d’oreilles technologiques.

Ces prothèses sont des éclats d’obus ; leurs saccades tirent au bazooka dans la tête.

Libre ?

Est-ce liberté de déambuler en autiste ? Lire la suite


Vous, les hommes, avez tendance à voir les réalités de votre seul point de vue et, notamment, que les anges évoluent uniquement dans les cieux, les espaces aériens, des lieux infinis que nous disputerions aux dieux. Assange leur préférait les caves, les souterrains, les bunkers. Il sortait de vos schémas mentaux, raison pour laquelle il échapperait à vos capacités de compréhension. C’était un être de la nuit, obscur, secret, replié sur lui-même. Le sculpteur Joseph Geefs en avait donné, dans un marbre de la salle des statues du xixe siècle, une représentation assez fidèle en lui collant les ailes aux épaules et le long du corps qu’il avait longiligne et diaphane. Des ailes de chauve-souris qui disaient sa nature nocturne. Son corps d’éphèbe, sa chevelure blanche qui captait les rares lumières auxquelles il s’exposait et ses sourcils d’albinos qui augmentaient son étrangéité rappelaient l’essence angélique d’Assange. Il avait un regard perçant, mais furtif, en particulier quand il devait plonger dans celui des femmes, de sorte qu’il n’avait jamais eu la joie de le laisser errer plus de trente secondes dans les yeux d’une belle qui l’aurait regardé avec une même intensité complice. Assange était seul, bien que connecté à des réseaux multiples. Lire la suite



Pour utiliser un lieu commun, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe.

Personne ne s’y attendait. Même dans ses rêves les plus fous, aucun politicien, aucun observateur du Landerneau politique belge, aucun citoyen responsable n’avait imaginé qu’elle aurait pu survenir un jour.

Et si brutalement.

Personne, non.

Nulle part. Lire la suite