Là-bas, loin au-dessus, le ciel de juillet entasse des collines aléatoires que le vent déforme et disperse en direction du sud-est. En bas, cloué au sol, Lunus fume une cigarette allongé sur le plancher de la cour. La fumée monte après quelques hésitations, aspirée par le vent, le ciel, les collines mobiles.

La mort rôde depuis sept mois. Pas seulement ici, dans cette cour. Elle traîne autour de Lunus. Sans relâche. Où qu’il se déplace, elle l’accompagne. En tous lieux. En dehors de la chair. En suspens de la chair. Quelquefois, elle se matérialise au creux de son ventre. A l’improviste. Sans qu’il puisse en comprendre les causes. Lire la suite


« J’ai fait un rêve », affirmait

Le Pasteur Martin Luther King.

« Faisons un rêve!», proclame

Cet homme neuf

En nous ouvrant les portes

D’un nouveau monde enchanteur»

Chanson électorale,

 octobre 2008

Une biographie, ça s’invente

Louis-Ferdinand Céline

 

Barock Ousmane Obamo II est le premier saint politique de l’histoire de l’humanité. Fait remarquable à son époque pour une personne de couleur, il s’est imposé comme celui que chacun, brusquement dépourvu de repères éthiques et économiques, attendait désespérément. Surgissant au plus fort d’une tourmente financière d’envergure planétaire, alors même que les nations basculaient dans l’angoisse d’une récession traînant après elle les spectres de la guerre et de la misère, il a su incarner le désir d’un changement généralisé. Lire la suite


La scène est à la Maison Blanche.

— Mister President… (grand sourire contraint) George… Double you…

Ya… (il claque sa main dans le dos de son hôte qui, lui, reste la main tendue dans le vide.)

— Ya ? Que… ? Ah oui ! Double ya… À la texane. (En sourdine) Que me vaut l’honneur de rencontrer mon prédécesseur ? Lire la suite


Des briques en papier journal compressé, des débris de toutes sortes, des déchets glanés au fil des promenades, des saletés sans pareil reconverties en combustibles, c’était ça sa vie. Tenir avec la merde des autres, la façonner pour l’enfourner ensuite dans la gueule de son brûle-tout, tout au fond de la cuisine.

Il a tout brûlé jusqu’à ce que la cheminée s’encrasse et que ce soit la maison qui prenne feu, un soir de dimanche, quand tout le monde cuvait les malheurs du jour et se préparait à la fatigue de la reprise. Ça avait flambé si vite que sa femme partie faire quelques courses découvrit un tas de brandons presque éteints à son retour. Lire la suite


Il ne se passe pas de jours que nous menions à l’abattoir les plus purs de nos élans.
Henry Miller

Henry Miller demeure un des écrivains sur lesquels on se méprend le plus. Miller n’était pas qu’une fashion tendance, un effet de mode, c’était de l’action pure.

Tantôt rabelaisien, tantôt gourou pornographe, esclavagiste du sexe, peintre obnubilé par l’épure de la calligraphie chinoise, ou papillon de nuit par la pensée bouddhiste. Tantôt prophète visionnaire du « dérapage américain ». Longtemps après sa mort, les craintes de Miller envers son pays tombent pile. Les Américains, et leur puritanisme hypocrite. Les grands justiciers de la planète, les donneurs de leçon. Les plus grands pollueurs du monde, les pionniers des OGM. L’empire du fric à jolie façade. Le signe de croix d’un George W. Bush… Lire la suite



Aïna ne comprend toujours pas de quoi ou de qui ils parlent.

L’essentiel est qu’ils ne se disputent pas. Assis à même le sol, ils attachent en bottes les carottes, l’air sérieux, affairés, mais avec quelque chose d’électrique dans les gestes et une lueur dans le regard. Pourtant le petit matin est calme et clair, la chaleur d’ici peu rayonnera dans la cour. Que se passe-t-il ?

Aïna pense aux cyclones, mais ce n’est pas la saison. Le dos douloureux, elle soupire sans bruit, puis voit son petit garçon, l’enfant de Salma qui se redresse et secoue le bras de sa mère.

La voix de celle-ci s’élève, mais ce n’est pas contre l’enfant, c’est qu’elle veut toujours avoir le dernier mot. Lire la suite


Histoire : des violences qui s’interposent en de multiples champs, dès les débuts de l’Amérique : conquérants assaillants de terres abruptes et de leurs occupants. Ces rudiments pour la naissance d’un peuple, on ne s’en sépare pas si aisément. Ces corps qui donnent la mort, des westerns, pénétrant la culture d’armes à feu : on ne se défait pas si brutalement. Même dans les réflexes d’enfants déprimés par leurs sentiments d’échec ou d’exclusion, par des misères, par des stigmates de pauvreté. « De sang-froid » dans la violence profonde du sang. Et, il n’y a pas si longtemps, dans des règlements de compte au sommet politique. Puis, le pétrole. Les assujettissements internes et externes ; les intérêts, quand ils ne passent pas par des armes de flammes ont un capitalisme impitoyable qui leur fait écho d’une manière symbolique. Grande armée, troupes où des individus ne cessent d’engendrer le sang.

Pour que le changement soit radical, il eût été intéressant que le président soit une femme noire, et lesbienne, qu’au-delà des races, ce soient les genres qui disparaissent, et toutes les classifications obsolètes qui limitent les capacités d’être, sous le regard sanctionnant de la masse. La pensée, la décision, l’incarnation ; au centre de la grande nation, la synthèse harmonieuse de l’androgynie en lieu du masculin et du féminin, si ennuyeux dans leurs répétitions normatives et étriquées. Entant, j’entendais chanter sur un disque de complaintes révolutionnaires : « La couleur tombe et l’homme reste ». Il n’y a pas d’impact sans stratégie ou organisation, même élective. Et voilà que la couleur noire des esclaves, des bannis de la réussite et de la dignité, s’élève au sommet du pouvoir. Lire la suite


En voilà un qui est entré. Pas dans la petite Europe, mais dans la Grande Amérique. Mal placé/bien placé : nègre pour les blancs, blanc pour les nègres ; jolie couleur café au lait ; un pied de chaque côté de la barrière pigmentaire. Et il a osé. Il y a cru. Il est entré dans le cercle des sommités.

Aussi grâce à ce cher G.W. Bush qui, avec l’aide de ses précieux conseillers, a presque mis à genoux l’Amérique et le monde.

Grâce à lui, le peuple états-unien a voulu d’urgence trouver un chemin de traverse.

Ils ont appelé Barack. Lire la suite


La obamamania atteint de plein fouet la bécasse. Elle aurait pu se contenter de vivre simplement, de vaquer à ses petites affaires, de temps à autre écrire un articulet selon la demande de son rédacteur en chef. Mais, dès la parution à la télévision de ce grand Noir dégingandé, élégant. (Attribué à Obama, dégingandé aussitôt se mue en élégance.) Dès sa parution donc, lors d’un meeting pour l’investiture du parti démocrate, ce grand Noir inconnu, mais si apaisant, si enthousiasmant, si calme de propos, si évident dans ses convictions, si sûr de son fait et de sa personne, si « indubitable » à cette heure de dégringolade et de déprime, qu’il avait crevé l’écran. Hillary Clinton en a même pleuré de dépit. Quant à John McCain, le héros de la guerre du Vietnam, il avait beau agiter ses bras, il n’avait pour atouts que d’être un héros de la guerre du Vietnam et sa couleur de peau.

Elle avait frappé à la porte de son rédacteur en chef. L’avait supplié de l’envoyer à Chicago interviewer le sénateur Obama. Il avait refusé net : trop cher. Et puis, avait-il ajouté conciliant, vous n’avez qu’à regarder les télévisions, vous avez assez d’imagination pour mettre du liant, colmater les vides… comme si vous y étiez… faire semblant que vous l’avez rencontré… les lecteurs n’y verront que du leu… La bécasse est écœurée, dans un reportage rien ne vaut le contact ! direct, l’écoute de la voix, capter les mille impondérables qui rôdent autour d’une personnalité. Elle avait eu cette chance avec Saddam Hussein, descendant des Perses, tenant tête à la horde des nouveaux Mongols déferlant des USA. Toi Bush, barbare inculte, fourrageur de poux. Elle en avait décousu avec celui-ci et son axe du bien, avait même éprouvé une certaine pitié envers Saddam Hussein, mort pour rien, pendu par la bêtise d’un seul homme, Bush. Lire la suite