Il s’appelait Oscar (correction : c’est toujours son nom, étant encore de ce monde, au moment d’écrire ces lignes). Naissance, enfance, adolescence, âge adulte, déclin, vieillesse à Molenbeek-Saint-Jean, commune paisible connue à l’international, mais pas pour cette qualité. Lire la suite


En cette année, enfin, le HCP, Haut Commissariat aux affaires Psychiatriques va naître.

Des massacres, des désastres, des cataclysmes nouveaux ont révélé leur origine récurrente dans les probables déviations de tous ordres et systèmes depuis la création du Vide connecté et des Réseaux d’ignorance. Mais les débats sont houleux et produisent ce que produisent les débats : d’autres débats. Lire la suite



Toute cette histoire a commencé par l’enlèvement, suivi du viol, de la jeune Europe par Zeus, le dieu qui se croyait tout permis.

On frémit à l’idée de ce qu’il fit subir à l’innocente jeune femme. Chaque soir, dominateur et jaloux, il retrouvait Europe sur sa couche et elle souffrait les derniers outrages. Lire la suite


Bien sûr, la 25e heure n’avait jamais sonné. Ou alors seulement dans les rêves imbibés des habitués rentrés chez eux après la fermeture. Un alibi pour boire un peu plus, pour s’installer dans les profondeurs apaisantes de l’alcool. S’offrir une heure supplémentaire et sombrer, en apesanteur liquide. Un fuseau horaire impossible, un jour qui se couche plus tard, une nuit rabotée. L’heure bleue aurait pu faire l’affaire. Ce moment entre le jour et la nuit, entre chien et loup, lorsque le ciel s’habille d’un bleu plus foncé que celui qui a présidé la journée. Non, le propriétaire avait opté pour La 25e heure, ces soixante minutes qui n’existent pas, cet espace-temps durant lequel tout est permis, durant lequel plus rien n’a d’importance. C’était sans doute l’enseigne la plus énigmatique du quartier. Les autres bistrots avaient des noms assez conventionnels : Le Général, Le Savoye, Le Carrefour, Le Damier. Je les ai tous essayés quand je me suis installé avenue M., pour voir si l’un d’eux pouvait devenir mon bar de quartier, pour estimer si un ancrage était possible. Un soir, après maintes désillusions, j’ai poussé la porte de La 25e heureLire la suite


Le Grimod, rue Franklin à Bruxelles, derrière le siège des institutions de l’Union européenne : c’est ce qu’on a pris l’habitude d’appeler un « établissement branché », ce genre de restaurant, dont on trouve les brillantes publicités dans de luxueux magazines en couleurs, qui le sont tout autant et qui vous font croire, d’une manière sournoise, vicieuse et pavlovienne, que la vie est une vallée de plaisirs perpétuels – limousines allemandes, voitures de sport britanniques et 4×4 nippons, montres suisses High-Tech, vêtements griffés, caviar, foie gras, huîtres Gillardeau, truffes d’Alba et sushi à profusion, champagnes millésimés, grands crus classés de Bordeaux et vieux climats de Bourgogne, lingeries sexy (féminines et masculines), déco design italienne et scandinave, apparts (belges) de trois cents mètres carrés avec « vue imprenable » à deux pas de la forêt de Soignes ou à trois, à peine, de la réserve du Zwin, et j’en passe. Lire la suite



traduit de l’anglais par Fabienne Gondrand

 

À ma mère, Carolina

 

La nuit, sous le ciel d’hiver de la Bolivie, enveloppée dans le jardin vaporeux des rêves, l’âme d’Aurora vagabonde, visite la vieille maison en bois de ses grands-parents, la seule qu’ils aient eue et qu’elle connaît grâce aux photos, sa mère est encore jeune, adolescente, en train de nourrir les perruches ou de balayer les surfaces, de repasser les vêtements de la famille sans une once d’amertume, aucun sentiment d’injustice. Lire la suite


Sur la grande bleue démontée, un navire en perdition dévie vers la côte. Une haute falaise érigée de rochers pointus menace l’embarcation qui tangue furieusement, malmenée par la tempête. La mer courroucée déroule sa colère, démonte sa houle et ses vagues violentes éclatent de tous côtés. En butant sur la paroi rocheuse, inébranlable mur, elles se fracassent et renvoient vers le ciel l’écume rageuse. À peine plus au large, un frêle esquif lutte aussi contre les vagues. À la vue du bateau, une lueur d’espoir s’allume dans les yeux des migrants entassés dans le fond de l’embarcation. Frissonnants et déboussolés, ils invoquent leurs ancêtres. Des appels au secours montent en chœur des gosiers assoiffés, mais les cris de détresse de ces gens en quête d’un eldorado mythique n’arrivent pas aux oreilles des occupants du bateau. Lire la suite


Après une tranche de vie 7h-15h dévolue quotidiennement à la création solitaire, Frédéric, la quarantaine confortable, traverse la rue, gagne son deuxième bureau et ce job étudiant prolongé, un coup de foudre pour un microcosme et des horaires, s’immerge dans la matière humaine.

Vers 15h30, il monte l’allée en zigzag qui mène au bâtiment scolaire centenaire lové dans l’angle d’un plateau arboré. Avec plaisir, toujours. Ah, il aperçoit Juliette, la douzaine d’années blonde et azur, et son père, une sorte de hippie BCBG descendant le pan supérieur du Z. Lire la suite