Les applaudissements ne s’étaient pas encore tus que je descendis l’escalier menant au deuxième balcon. Un juin de garrigue y transformait les dames du vestiaire en figurantes sans emploi. Leur regard privé d’objet m’apprit que j’étais devenu invisible. Tout à coup des loges se libérèrent, et je sus qu’en bas je n’éviterais pas la foule. Ce que j’appréhendais ? Qu’on me saisisse le bras, fasse retentir mon nom sous les caissons dorés et les cartouches historiés de bacchantes. Or, le récital s’étant terminé tôt, il me serait encore loisible de gagner le coude du fleuve en aval. J’y ferais, parmi les grues qu’on destine à la casse et sous les marquises de verre fêlé des anciens comptoirs Urbach, le point d’une journée réclamant une mise au net. Trop de détails irremplaçables, de perceptions abruptes, de foucades trahissant l’inconnu qu’on abrite en soi – sans omettre l’amie perdue et retrouvée, dont la réapparition, cet après-midi, devait être revécue au ralenti – risquaient sinon de s’émousser. En revanche, si mon essai de clarification, encouragé par l’isolement de ces vestiges portuaires, s’avérait satisfaisant, la journée écoulée pourrait revêtir l’ampleur d’une saison, d’un texte aux épisodes maîtrisés. À condition toutefois que l’à-quoi-bon, le « démon de mon cœur », n’entamât point mon intention comme il en avait l’habitude. Quoi qu’il en soit, il me faudrait patienter au moins un an, ou plus, pour que m’échoie une manne aussi substantielle, les autres journées succombant toutes à l’uniformité pour sortir d’une identique matrice. Lire la suite →