La parenté spirituelle, fondée sur le rituel du baptême, a été instaurée dès le VIe siècle par l’Église, dans une perspective de sublimation de la parenté charnelle basée sur la relation sexuelle.

Alors, la mère raconta cette grande aventure, ces heures si particulières chargées d’émotion, de peurs, de fragile magie.

La faille anthropologique dans la réflexion bioéthique amène à envisager des dérogations et non plus des interdictions. La parenté au sens large peut devenir un choix indépendant de la génétique. Lire la suite



Je devrais commencer par l’histoire d’un homme jeune. Beau, évidemment. Apollon l’emporte toujours sur Quasimodo. La grâce d’un personnage tout juste post-adolescent séduit d’emblée le lecteur, me dit-on. Et je désire être lu.

Un peu de sueur perle sur sa poitrine. Subtilement hagard, comme on peut l’être après les délicieuses joutes de l’amour. Le délice partagé est chavirant. Épuisant. La femme soupire et gémit d’un souffle. « M’aimes-tu vraiment ? » Elle retrouve les accents précieux et minauderies du cinéma français, années trente — Suzy Delair, Micheline Presle, Danielle Darrieux. « M’aimes-tu vraiment ? », comme si cela induisait une réponse ! Lire la suite


Je m’appelle Gustave. J’ai dix ans. Je n’aime pas mon prénom Gustave. Et encore moins depuis qu’on est allés visiter la ferme avec l’école. Il y avait là un cochon qu’ils avaient appelé comme ça. Un gros machin rose tout dégueulasse qui pataugeait dans la boue et le caca. Du coup, en classe, dès que la maîtresse prononce mon prénom, ils se mettent tous à grogner. Mais ce n’est pas pour ça que je raconte cette histoire. Ce truc-là, c’est juste pour me mettre en rogne un peu plus. Depuis deux semaines, je dois aller voir un psychologue. Il s’agit d’un monsieur qui pue le cigare froid, qui porte d’énormes lunettes et qui pose plein de questions comme les flics dans les séries télévisées. Sauf que c’est nettement moins drôle. Maman m’a dit que le monsieur est une sorte de docteur qui va m’aider à surmonter mon « traumatisme ». Ils en ont discuté ensemble avant que le monsieur ne commence à m’interroger. Ils parlaient entre adultes, comme si je n’étais pas là. Je déteste ça. Apparemment, c’est l’école qui veut que je vienne le voir parce que j’ai des problèmes de comportement. À cause du « traumatisme », justement.

traumatisme : n.m. (1855 ; gr. traumatismos). Méd. Ensemble des troubles provoqués par le trauma dans l’organisme, choc traumatique (plus courant que Trauma). Traumatisme crânien, chocs violents avec ou sans plaie. Lire la suite


Nous sommes quatre penchés sur ce berceau. Quatre, c’est au moins un de trop. Dans l’histoire de la Belle au bois dormant, la quatrième marraine, c’est la sorcière.

L’image que je garde de lui est celle d’un être en mouvement. Les muscles saillants, courant autour du stade. Les bras tendus, vissant une lampe. Les jambes fléchies, taillant un rosier. Et répondant à mes questions, entre deux gestes concentrés sur d’autres préoccupations. « Il est où, Dieu ? » demande l’enfant. « Au sommet du pommier », répond le père. Tout était dit. Et moi qui passe ma vie à parler, à m’agiter, à vouloir prouver. Lui, il était là, planté à jamais comme un pommier au milieu de mon enfance. Si Dieu est au sommet de l’arbre, papa est toujours à côté de moi. Je suis né dans cette croyance. Lorsqu’on ramassait des coquillages, il connaissait le nom de chacun d’entre eux et me le disait, sans que je doive le demander. Pour que je sache, que je grandisse. Tu seras un homme, mon fils, cette phrase semblait l’habiter. Le poème de Rudyard Kipling était affiché derrière son bureau. Lire la suite



Le petit royaume de Lowanie est en émoi.

Le prince héritier Guillaume, fils unique du roi Harold, vient en effet d’annoncer qu’il allait se marier… avec un homme.

Des rumeurs couraient depuis belle lurette sur l’homosexualité du prince : on l’avait souvent vu en compagnie de beaux jeunes hommes. Il se chuchotait aussi qu’il avait refusé les avances de la princesse Valentine, du Luxemark voisin, qui était pourtant la plus jolie fille à marier du Gotha et que bien d’autres princes convoitaient sans succès. On sait pourquoi maintenant. Le roi Harold en avait été tout à fait dépité : il avait tenté de convaincre son fils qu’il s’agissait là d’une union idéale pour redorer le blason du royaume légèrement écorné par les récents scandales suscités par la passion du roi pour la chasse à l’éléphant et ses excès de vitesse au volant de voitures de grand luxe. Mais Guillaume avait tenu bon et maintenu qu’il entendait faire un mariage d’amour. Lire la suite


Tout avait brûlé. L’appartement, les meubles, les livres, les photos, les souvenirs, les raisons de rester. Il était parti. Il avait loué un meublé, faisait ses heures au travail, écoutait la musique du monde se désaccorder. Il venait de quitter l’orchestre, les oreilles vides, le cœur enfin léger, il avait rompu.

Il fallait tenir ses nerfs pour les détendre parfois dans de brèves et laborieuses jouissances et regarder la neige tomber en été sans surprise. Il était devenu un vague salaud à force de se regarder de travers. Il esquivait, mâchait ses frustrations comme une vieille chique et crachait son jus en attendant mieux

Ses amis disparaissaient sans reprendre contact, des femmes traînaient dans sa mémoire et aucune dans son lit. Il avait peu de temps et trop de choses encore à faire. Il regardait la terre comme un endroit familier qu’il oublierait vite. Quelques coins de ciel l’obsédaient. L’océan s’éloignait de lui à chaque nouvelle marée

Il ne se prenait plus pour quoi ni qui que ce soit, un peu de liberté lui avait allégé les épaules et il sentait que son temps commençait à se muer en souvenir. Son médecin lui avait donné sept mois, une éternité. Sept ans, sept jours, sept mois… Ça ne changeait pas grand-chose à l’affaire, l’irrémédiable panne devait arriver alors tant qu’à faire, autant qu’il en connaisse les circonstances. Lire la suite


Lorsqu’elle ouvrit cette encyclopédie en plein ciel (elle avait trente-trois minutes de trajet et donc de lecture entre Mégalo Pékin et New New York) et qu’elle se plongea d’un claquement de doigts neuroniques dans l’histoire critique et comparée des accouchements de l’Époque Industrielle, elle ressentit un trouble dysphorique qu’aucun instrument ne put diagnostiquer.

L’homo sapiens sapiens était un arriéré qui ne se prenait plus pour un chimpanzé, murmura-t-elle. Lire la suite


Vous me demandez pourquoi j’ai fait cela, ou plutôt pourquoi j’ai obligé mon copain Victor à le faire avec moi. D’abord, je vous signale que je n’ai forcé personne. Victor est plus grand et plus gros que moi, et s’il n’avait pas voulu, je ne serais jamais arrivée à le contraindre à quoi que ce soit. Il était tout à fait d’accord, et même plus que ça. Je crois qu’il en avait envie au moins autant que moi et même beaucoup plus, mais pas pour les mêmes raisons. J’aime beaucoup Victor. Si je me marie un jour, ce sera avec lui. Il est gentil, il est beau, il me fait rire et il super-balèze en jeux vidéo. À l’école, il est le meilleur en sciences, il dit qu’il sera un savant quand il sera grand. Lui aussi, il m’aime bien. Une fille sent ces choses-là, croyez-moi. D’ailleurs, s’il ne m’aimait pas, il n’aurait jamais accepté de faire cette expérience avec moi, et je ne comprends pas du tout pourquoi on me pose toutes ces questions, pourquoi ça fait un tel drame. En tout cas, moi j’ai forcé personne. C’était juste une sorte d’expérience scientifique.

Bon, je veux bien tenter de vous expliquer. Mais il faut que je commence par le début, le tout début qui remonte très loin, sinon vous ne comprendrez jamais rien. Lire la suite