Un soir, je venais d’avoir sept ans, mon grand-père m’a emmenée au Salon de l’Harmonie, où la fanfare du village répétait pour le concert annuel la Septième de Beethoven. J’étais assise sur le porte-bagages du vélo, à peine gênée par l’instrument qui barrait le dos du musicien.
Je ne m’attarderai pas sur la répétition elle-même car seul le retour à la maison me paraît digne d’être narré. La pente joyeuse de l’aller s’était transformée en rude montée et mon grand-père peinait à pédaler lorsque notre bicyclette déclara forfait : la chambre à air de la roue avant était à plat et nous n’en avions pas de rechange ; de toute façon, nous ne nous voyions pas, à une heure pareille, ouvrir la trousse accrochée sous la selle, sortir les outils et démonter le pneu, sans bassine ni rustines… À l’époque, il n’y avait guère d’éclairage public, donc, dès la nuit tombée, pour peu qu’il y ait des nuages, nos campagnes picardes étaient plongées dans l’obscurité. La lampe du vélo, avec sa dynamo, qu’on entendait ahaner à chaque coup de pédale, nous avait retiré sa lumière. Lire la suite
