À Monique Dorsel
— Le corps, Grillandi ! Le corps, on l’oublie…
J’ai longtemps connu, comme d’autres, la tentation des cimetières. Et, en écrivant tentation, je pense fascination. Mais, enfin, l’âge non pas venant (n’est-il pas toujours là, dès le premier jour ? Et même avant, dès la conception, cette rencontre paradoxale, volcanique et miraculeuse, voluptueuse et sordide, où deux êtres, soudain béats du plaisir d’exister, se mettent en tête, ou plutôt en corps, de donner la vie et d’imposer aussitôt à cet être à peine conçu une mort imparable ?) mais grossissant, s’amplifiant, tel un corps s’épaississant de chairs inutiles, il m’apparaît qu’être fasciné par les lieux où la mort vous attend est suicidaire, pire risible : j’apprends peu à peu à narguer celle que les poètes-chanteurs populaires nommaient jadis la camarde, plutôt que de la frôler, me tenant à distance d’elle comme d’une prostituée qui me fut attirante mais que je sais aujourd’hui périlleuse. Avec la maturité moins bredouillante, on apprend, sinon à raisonner ses élans, au moins à ordonnancer ses aventures. Et à déceler, dans les tentations, les pièges. Dans les fruits, les vers… Lire la suite →