Jeudi 16 novembre – À la chaîne TV5 Monde qui l’interrogeait à propos de son dernier album, paraît-il très réussi, Carla Bruni a déclaré que son mari était « le meilleur homme politique que la France ait jamais connu ». D’après elle, il aurait aussi brillé en tant que « psychanalyste ou prêtre, dans tous les métiers qui impliquent de parler aux gens. Il a un immense talent pour cela. » L’usage de la cocaïne fait des ravages ces temps-ci dans le monde su spectacle.

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Longue, infiniment longue période de traitements et souffrances confondus où je fais connaissance avec la vie d’hôpital, son vacarme permanent, crissements de charrette dans le couloir et nourriture infecte, remugles et horaires imposés, dignes d’une vie de caserne, cris de patients séniles et grands éclats de rire quand il fait nuit, encore. Et puis ces infirmières qui se succèdent sans cesse, démultiplication des tâches, et puis cet infirmier surgissant dans la chambre au beau milieu de la nuit, lampe vissée sur le front, étrange spéléologue me détaillant comme s’il découvrait le cadavre amené par le flux d’un cours d’eau souterrain, que sa grosse voix d’outre-tombe semble vouloir ressusciter.

Et moi je suis ailleurs, où il ferait meilleur, à échafauder les scénarios de rêves que ma raison profonde mène à leur terme empli de nostalgie. Sommeiller, cauchemarder jusqu’au grand jour où tout s’ébroue et puis impose l’évidence qu’il va falloir remettre ça, vie mécanique, bardée de processus, de protocoles, de règles qui me donnent le vertige, qui me feraient rendre l’âme en cet endroit censé me régénérer…

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Avec Jacques De Decker, nous avons décidé de publier des fragments du récit auquel Alain Dartevelle consacrait les moments dépourvus de souffrance lors de ses séjours en hôpital. Comme dans les nouvelles rassemblées dans le denier recueil qu’il a publié (Dans les griffes du Doudou, chez Ker), nous retrouvons ici l’humour et le sens de la dérision dont Dartevelle, avec élégance, revêtait la noirceur et la petitesse de ce qui l’accablait.

En guise d’hommage au nouvelliste fidèle à la revue Marginales, il nous a semblé indispensable de faire figurer, une dernière fois, son nom au sommaire de la revue qu’il nourrissait d’un talent singulier qui nous manquera désormais. Ce texte est précédé d’un hommage que j’avais souhaité rendre aux obsèques, très discrètes, de l’écrivain montois et dont une version intégrale a paru dans Le Carnet et les Instants. Lire la suite


« Hé ! Flupke ! »

J’ai relevé la tête du banc de finissage et je l’ai vue dressée à l’entrée de l’échoppe – haute, cambrée, d’une classe infinie. Mes mains tannées de cirage et de graisse se sont frottées au tablier, j’osais plus avancer.

« Tu te grouilles, dis ? Ça urge ! » Lire la suite


Cette nuit-là, dans un bar où nous avons nos habitudes mon pote et moi, il m’a dit : « Si tu savais le mal que l’on me fait. Mais, bordel, qu’on me donne l’obscurité puis la lumière ! Alors, ouais, j’aurai l’envie d’avoir envie ! »

Il s’est mis à pleurnicher : « Oh, Marie, Marie, si tu savais… » Marie-Anne, c’est sa copine. Depuis qu’elle l’a largué, il est carrément devenu un fou d’amour. Lire la suite


Je fête aujourd’hui mes 100 ans. Mais je ne l’avoue pas. Non par coquetterie, mais parce qu’il est d’usage de réclamer l’euthanasie à 80 ans, le jour où l’on quitte la vie active. Que de souvenirs accumulés depuis 1946 ! L’âge aidant, les souvenirs chaleureux submergent tout ce qui fut contraire ou affligeant. En ce moment, assis à la terrasse de « La Cyberauberge du Cheval blanc », je vois défiler des images de l’Expo 58. Il n’est pourtant pas si loin ce temps où nous ne portions pas de puce, résumant notre personnalité. Il y avait encore des serveuses prenant les commandes, passant un torchon sur la table, ramassant l’argent (encore une victime collatérale du progrès), l’amabilité généreuse. Aujourd’hui, il suffit de s’asseoir pour qu’un robot japonais vous apporte votre bière, après analyse de vos données, de vos préférences et de votre état d’esprit. Je n’ai jamais aimé la bière. Je le dis à la serveuse de plastique, de rouages et de clés USB et commande un jus d’orange. Elle se met en mode « perplexité », lance le programme « alternatives », cligne des yeux (comment s’habituer à ce ronflement suivi d’un clac, au moment du clin d’œil ?), dit « bien enregistré », emporte la bière et revient, porteuse d’un verre de jus d’oranges garanties bio et MAO (Mise À l’Orangeraie). Elle semble grogner, mais ce n’est que la mise en route de sa fonction vocale : Lire la suite


À Arnaud de la Croix

Phil : HALLYDAY MANIA, STOP !

Amaury : Tu vas te faire lyncher ! Même notre philosophe Daniel Salvatore Schiffer s’y est mis, dans Le Club de Mediapart : « Samedi, 9 décembre 2017, midi. La France s’apprête à rendre un hommage populaire, des Champs-Élysées à l’église de la Madeleine, à Johnny Hallyday, disparu à l’âge de 74 ans, emporté par un incurable cancer des poumons, trois jours plus tôt, dans la nuit du 5 au 6 décembre. » Lire la suite


Le regard vif, la cravate impeccablement nouée, il entra dans la salle et avança jusqu’à une table où l’attendait un homme au visage buriné par le soleil et les années. À son approche, l’homme se leva et lui tendit la main.

L’homme s’interrogeait : que faisait-il là, comment y était-il arrivé ? Et d’ailleurs, pourquoi avaient-ils rendez-vous ?

— Bonjour, Monsieur.

— Bonjour, Monsieur, comme vous y allez. Appelez-moi Jean. Pas de cérémonie entre nous. Comment, de mon côté, préférez-vous que je m’adresse à vous ? Lire la suite


Je me fais appeler Jimmy Holyday. Je ressemble fort physiquement au chanteur presque homonyme, que j’ai tué dans la nuit du 5 au 6 décembre, celle où, dans le pays d’origine de son père, la Belgique, Saint-Nicolas descend par la cheminée pour déposer dans les maisons des jouets pour les enfants sages. Je l’ai tué parce qu’il me portait ombrage. Nous sommes nés le même jour en 1943, pendant la deuxième guerre mondiale. Son père était une espèce de saltimbanque nommé Léon. Je crois que ce prénom a inspiré une chanson d’Annie Cordy, une autre Belge. Mon père à moi était aussi belge et s’appelait Gaëtan-Honoré. Il était d’une famille aisée et militait dans les milices rexistes de Degrelle. Il a failli aller se battre sur le front de l’Est, mais je venais de naître, et il a préféré rester auprès de ma mère plutôt que défendre l’Europe contre les hordes asiates du bolchevisme. À la libération, il n’a guère été inquiété. Il avait commencé assez tôt à alimenter les caisses de la Résistance (royaliste) pour que ses péchés de jeunesse soient pardonnés et vite oubliés. Il a fait une belle carrière dans la magistrature finissant en qualité de conseiller à la Cour de Cassation. Ma mère, prénommée Lutgarde, était membre de la bourgeoisie francophone de Flandre. Comme femme de magistrat, elle ne travaillait pas, du moins pas pour un salaire. Elle s’occupait de choses et d’autres de la culture et présidait l’association des amis de l’opéra. Elle est morte en 1991, d’un malicieux cancer, réconfortée, comme on dit, par les sacrements de l’Église. Elle a suivi mon père de huit ans. Lui, devenu grand officier de l’ordre de Léopold, a été retrouvé dans une chambre d’hôtel victime d’un AVC. La dame avait eu le temps de se tailler en catimini. Pour éviter le scandale, l’entourage du défunt a prétendu qu’il était mort en état d’épectase. Personne ne fut dupe ; mais on fit semblant de croire à cette fable théologique. Lire la suite


En guise de prélude à notre prochaine ode contre un anthropocide,

Les accords d’un vieil oud sur une longueur d’onde bien peu de propagande,

Puisés au fond de l’oued qui arrose Bagdad berceau des Abassides,

Adressent à votre bled secoué d’algarades allant jusqu’à l’immonde,

Hélas où tout se scinde en querelles morbides et funestes apartheids,

Ce chant bizarroïde lancé par un aède à sa Shéhérazade.

Qui où quand suis-je ? Capturé par la police des Affaires humanitaires et de l’Immigration, mon seul refuge est un asile intérieur en suspens hors l’espace et le temps. Je ne veux d’autre sépulture, pour ma geste ancestrale, que la langue des origines. Lire la suite