Je m’appelle Jean-Marc Carassou et, depuis dix-sept ans, je suis le maire de B., une commune du Calvados, à une vingtaine de kilomètres de Deauville. Il y a chez nous, d’après le dernier recensement, quatre mille trois cent quarante-sept âmes. Je dis « âmes » en pensant au célèbre roman de Jim Thompson, 1 275 Âmes, le numéro 1000 de la Série noire, que j’ai lu à sa parution en 1966, l’année même où je me suis engagé au Parti du Renouveau normand dont l’acronyme PRN est connu de tout le monde en Normandie.
À l’époque, je voulais devenir romancier. Je rêvais d’écrire des romans policiers musclés, des polars comme on ne le disait pas encore, un peu à la manière entraînante de James Hadley Chase que j’admirais beaucoup, dont j’avais lu et relu tous les livres, et que je considérais alors comme le plus doué des auteurs du genre. J’ai le souvenir d’avoir commencé une vague histoire de trafic d’organes qui se déroulait sur la Côte fleurie et de l’avoir abandonnée après le troisième chapitre, faute d’avoir pu trouver une bonne idée pour entamer le quatrième. Lire la suite
