Jamais un écrivain véritable n’a eu pour fonction d’approuver le monde.

Guy Scarpetta, à propos de Thomas Bernhard, L’âge d’or du roman

L exil, le silence et la ruse… Vous connaissez, Monsieur, ces trois mots de Joyce, comme seules armes de l’artiste… Suis-je un artiste ? C’est le moment d’en juger. La prison peut-elle être un exil ? J’ai fini par le penser. Un exil intérieur au creux de la société, en son cœur corrompu, un trou par lequel, attaquée par la gangrène, sa gangrène, elle se viderait peu à peu… Le silence ? Oh ! Il m’a été prescrit, forcément… Mais surtout, je me le suis imposé, sans le savoir, comme une feuille blanche sur laquelle je réécrirais ma vie… Lire la suite



Autant le dire d’emblée : je ne suis guère fier de l’épisode qui va suivre. D’aucuns y verront une faute professionnelle d’une gravité inqualifiable. Je ne puis leur donner tort. Ce qui me pousse à en faire ici ce récit ? Le dessein de me libérer d’un poids qui depuis deux ans m’accable. Une confession, en quelque sorte. Lire la suite


Paris – Roland-Garros – 7 juin 200315 heures – 16 h 30 Qu’il était beau le temps où le Congo était encore belge comme le racisme l’était à la messe coloniale, les zoos humains aux non-droits de l’homme non blanc, l’Oncle Paul à Spirou, Blondin à Cirage, Tintin au capitaine Haddock, le scout au curé, le curé à sa (manu)cure, le cochon au boudin de Liège, Baudouin à Fabiola, Roger Moens au 800 mètres, Eddy Merckx au tour de France (avant le tour de taille), Jacques Brel aux Marquises, Annie Cordy aux mercières, et la belgitude aux futurs mariages princiers… Lire la suite


Françoise. Une Fillette de dix ans, à la frimousse éveillée, pleine de charme. Un prénom évoquant un parfum de glace à la vanille. « Un vrai garçon manqué, disaient ses parents. » Avec, pourtant, un reste de sentimentalité naïve. Chaque soir, pour s’endormir, ne lui fallait-il pas serrer contre elle son nounours en peluche reçu un jour, à la Noël ? On avait beau se moquer d’elle à ce propos, Françoise ne parvenait pas à trouver le sommeil sans cet ami de toujours. À côté de cela, pas de poupée, pas de dînette, pas de corde à danser. Rien que des amusements plus virils, tels que billes, barres, voire petite guerre que se livraient les gars du voisinage. Lire la suite


Le titre, tel celui d’un conte cher à Sade, est tombé sur mon courriel ; c’est au lendemain de l’accession des deux tennisseuses belges au sommet de leur art ; par la même occasion, elles choient aux deuxième et troisième places, au loto japonais du classement professionnel mondial, désigné par l’acronyme ATP ; moins folklorique et moins négligeable, elles bénéficient des avantages financiers que constituent les sommets correspondants des rémunérations en vigueur dans leur sport. Justine et Kim : milliardaires ? Lire la suite


J’ai toujours aimé le Tour de France. Et puisque c’est la centième édition, la radio et la télé diffusent des portraits de ceux d’avant, Coppi et Rivière, Poulidor, Anquetil et Darrigade, Merckx et Ocana. Luc Varenne s’acharne sur son micro et tient au bout du fil une victoire belge. À la télé, les images en noir et blanc se perdent dans la brume des Pyrénées ou flottent sous le soleil de Strasbourg. Lire la suite


L’arabesque d’un pas, qui a quitté le sol, jusqu’au bras opposé, qui tient une raquette, ce tracé est heureux. Sur l’envol d’une balle qui touche une autre ligne, qui décoche la force, elle règne et s’affirme. (Degas l’eût-il connue, que tout musée l’acquiert !) Son domaine est de feu, d’une brique pilée, défini de traits blancs que sa course domine. L’effort se noue et se détend aux quatre coins de ce rectangle où tout se joue, en revers, au filet, la souplesse régnante. De la rigueur à la nuance, que de muscles conviés, que de poses reprises. Le temps facture les erreurs et toujours gagne, sauf sur soi-même, si l’on se trouve. Panem et circenses ? Mais gratuite est la grâce…


Mes compatriotes sont des cons.

Voilà ce que je me disais pendant mes années d’université, en ces temps désormais historiques où un certain Eddy Merckx faisait la une des journaux.

En affirmant la connerie de mes compatriotes, je ne voulais pas me poser en élite. Non : selon moi, je n’étais pas isolé à penser de la sorte, j’étais dans la « normale » du Belge sensé. Cons étaient ceux qui gaspillaient leur temps à suivre les élucubrations de cet Eddy au lieu de fréquenter des gens fréquentables, comme Madame Bovary, Don Quichotte ou Manon Lescaut. Lire la suite